D4D : la Belgique y croit

par Alice Kabongo et Koen Van Acoleyen
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La Belgique axe sa politique en investissant dans la numérisation comme levier pour le développement. Voici les lignes de force de sa stratégie.

Internet et les technologies numériques font aujourd’hui de plus en plus partie de la vie de tous les jours. C’est vrai chez nous mais ça l’est aussi pour toutes les régions du monde et cette révolution numérique ne fait que s’accélérer. En Afrique, par exemple, l’on peut s’attendre à un taux de pénétration d’internet de 50 % d’ici 2025 alors qu’il est aujourd’hui seulement de 16 %. C’est pour cette raison que, sous l’impulsion du ministre Alexandre De Croo, la Coopération belge au Développement a adopté une politique visant l’utilisation de la numérisation au profit du développement.

Cette politique appelée “numérisation pour le développement” (‘Digital for Development’, D4D) ne considère pas la numérisation comme un objectif mais bien comme un moyen pour arriver à de meilleurs résultats pour atteindre le plus grand nombre de personnes dans le besoin. De plus, la numérisation transformera l’assistance humanitaire et la coopération belge afin d’augmenter son impact sur les Objectifs de Développement Durable (ODD). L’objectif principal sera de connecter les différents acteurs sur le terrain afin de promouvoir l’échange de connaissances et de favoriser les partenariats innovants. Tout ceci sera guidé par deux grands principes : “mettre l’humain en première place” et “ne pas faire de mal”.

Les priorités de la politique de “numérisation pour le développement” sont multiples :

Un meilleur usage des données provenant de sources innovatrices ainsi que traditionnelles. Les données sont indispensables pour la création et le suivi de toute intervention de développement. Mais elles servent aussi à mesurer la progression des ODD et elles permettent aussi aux citoyens de savoir ce que font les autorités. Elles sont donc au cœur des interventions de développement. C’est pour cette raison que la Belgique investira dans la création d’instruments et de politiques nécessaires à la production d’informations utiles basées sur de grands volumes de données en temps réel.

Une toute aussi grande attention sera consacrée aux “données ouvertes”, c’est-à-dire accessible au grand public, dans l’objectif de promouvoir la bonne gouvernance, de faciliter l’aide humanitaire et au développement, de faciliter la gestion des ressources naturelles ainsi que de réduire le risque de désastre.

La numérisation pour des sociétés inclusives : la Belgique veut également utiliser le potentiel de la numérisation afin, d’une part d’augmenter le nombre de bénéficiaires d’une intervention, et d’autre part de réduire les obstacles que rencontrent les groupes les plus vulnérables, afin qu’ils puissent jouir des droits démocratiques, avoir accès aux services de base comme l’éducation et la santé, participer à la vie publique et être financièrement et économiquement inclus dans la société.

La numérisation pour la croissance économique : la numérisation a été reconnue comme une force majeure de création d’emploi, de croissance et de prospérité. C’est pour cette raison que notre pays soutiendra les interventions ayant pour objectif de transformer la numérisation en une force positive de création d’emploi et de promotion de l’entreprendrait socialement responsable.

Toutefois, il est important de compléter cette politique par des stratégies hors-ligne existantes. Par exemple, bien que certaines organisations de la société civile aient des plateformes en ligne ou des groupes sur les réseaux sociaux, la distribution de foyers afin de faire connaitre leur action au grand public reste cruciale. Dans d’autres cas, les tentatives de mobilisation à travers les nouvelles technologies sont infructueuses : un projet en Tanzanie avait pour objectif de récolter l’avis des agriculteurs au sujet de leur l’approvisionnement en eau. N’ayant reçu que 53 SMS d’agriculteurs, ce projet a dû être abandonné. La numérisation n’est pas capable à elle seule de résoudre tous les problèmes. C’est un outil important mais il n’est pas le seul disponible.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la politique, celle-ci dépendra fortement du contexte local. Il faudra utiliser des outils adaptés tels que la téléphonie mobile, une carte d’identité numérique, les médias sociaux, la cartographie, ou encore des détecteurs. Certains éléments de base sont nécessaires : la présence d’équipements informatiques et d’électricité, la présence de personnes capables d’utiliser et de gérer ces technologies, des lois favorables à leur utilisation et une bonne gestion étatique. Là où ces éléments sont absents, la Belgique adaptera sa stratégie ou fera le nécessaire à leur mise en place.

De plus, pour que ces mesures aient un effet à long terme, elles doivent faire l’objet d’une appropriation locale, ce qui veut dire que le public-cible devra apprendre à utiliser ces technologies en toute autonomie. Un transfert de connaissances doit donc s’opérer. Il faut également veiller à l’impact environnemental de ces nouvelles technologies.

Toutefois, la “numérisation pour le développement” n’est pas sans risques et il s’agira de les gérer. On peut distinguer deux types de risques. Premièrement les risques de faisabilité, qui sont les obstacles que les personnes peuvent rencontrer en utilisant des outils digitaux, les difficultés d’accès aux données, etc. Deuxièmement, les risques de faire “plus de mal que de bien”. Cela signifie que l’application des technologies digitales peuvent avoir un impact négatif sur les droits des utilisateurs : affecter la vie privée ou la sécurité des utilisateurs, augmenter leur exposition potentielle à la cyber criminalité, etc.

Cette politique sera mise en œuvre par les acteurs de la Coopération belge au Développement. Mais ils ne travailleront pas seuls. Ils auront des partenaires internationaux comme les organisations multilatérales, la Commission européenne et les autres états membres de l’Union européenne, ainsi que des partenaires dans le secteur privé local et international. Ce secteur privé a notamment un rôle fondamental à jouer dans le développement numérique.

La Coopération belge au Développement a pour objectif d’utiliser les nouvelles technologies afin de rendre ses actions plus efficaces et d’aider le mieux possible les personnes les plus vulnérables.

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