2030, c’est maintenant: un plan pour les ODD

Sophie Carreau
02 octobre 2019
Une équipe internationale indépendante de 15 scientifiques - dont notre compatriote Jean-Pascal van Ypersele - a réalisé un rapport concernant la progression des Objectifs de Développement durable (ODD). Il a été présenté en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York (septembre 2019).

Ce document est complémentaire au rapport annuel sur les ODD. Il vise à identifier les secteurs dans lesquels plus d’efforts sont à fournir en faveur du développement durable, et ceux où les progrès rapides sont possibles.

Tout d’abord, le rapport reconnait les changements positifs depuis l’adoption des ODD. Les pays ont en effet pris des initiatives pour préserver l’environnement, pour limiter le réchauffement climatique et pour mettre en place une meilleure utilisation des sols et des océans. Le secteur privé a également adapté la direction de son modèle commercial. Celui-ci tient désormais compte des normes de durabilité. La société civile et les ONG se sont, elles aussi, mobilisées en faveur du développement durable.

Malgré ceci, atteindre les objectifs de 2030 semble compliqué. Le rapport démontre en effet que le modèle de développement actuel n’est pas durable. Cela implique que les progrès rapportés par le rapport risquent d’être anéantis par l’aggravation des inégalités sociales et le déclin de l’environnement naturel. 

Mais la communauté scientifique dresse aussi le portrait d’un avenir plus optimiste, si les politiques de développement prennent des trajectoires drastiquement différentes. Elle souligne aussi qu’une meilleure compréhension des multiples interdépendances entre chacun des 17 ODD est primordiale pour définir et réaliser ces politiques.

Les scientifiques affirment le besoin de transformer en profondeur notre système, notamment dans le domaine de la consommation, de la production, de l’alimentation, de l’énergie et du développement urbain.

Une transformation intégrale

Si la globalisation a contribué à réduire la pauvreté, à créer de l’emploi, à accorder l’accès à une plus large gamme de produits et à susciter l’innovation, elle a cependant eu de lourdes conséquences sur les normes de travail et l’environnement. Perpétuer les modes actuels de production et de consommation éloigne les possibilités d’atteindre les objectifs fixés pour 2030.

Les scientifiques affirment le besoin de transformer en profondeur notre système, notamment dans le domaine de la consommation, de la production, de l’alimentation, de l’énergie et du développement urbain. Ceci ne peut être fait que grâce à une action coordonnée des gouvernements, des entreprises, des communautés, de la société civile et des individus. La science a également son rôle à jouer.

 

Un appel à l’action

Le rapport identifie dès lors une série d’interventions afin d’atteindre la réalisation des ODD et leurs cibles au cours de la prochaine décennie.

Le bien-être humain

Si des progrès considérables ont réalisés en matière de bien-être humain ces dernières années, 8,6% de la population mondiale était considérée comme « extrêmement pauvre » en 2018. Celle-ci est concentrée dans la région sub-saharienne d’Afrique, ainsi qu’en Asie du Sud.

Les scientifiques soulignent l’importance de l’accès universel à des services de base de qualité afin d’éradiquer la pauvreté et d’assurer le bien-être humain. Parmi ces services, on compte l’accès aux soins de santé, à l’éducation, à des infrastructures d’eau et d’assainissement, à un logement et à la protection sociale.

De plus, le rapport souligne l’importance de mettre fin à la discrimination juridique et sociale, en renforçant les syndicats, les ONG, les groupes de femmes et autres organisations communautaires. Ceux-ci sont tous des partenaires importants dans la mise en œuvre des ODD.

Il faut dissocier la croissance économique des activités qui conduisent à la dégradation de l’environnement.

Une économie juste et durable

Il faut dissocier la croissance économique des activités qui conduisent à la dégradation de l’environnement. Il est également nécessaire de lutter contre la pauvreté, de réduire les inégalités sociales, de genre, de revenus et de promouvoir une société plus juste qui prend en compte les différences et le handicap.

Dans les pays les plus pauvres, des niveaux de croissance élevés sont encore nécessaires afin d’assurer les services sociaux et la mise en place d’infrastructures de qualité. Cependant, il ne faut pas que la « croissance à n’importe quel prix », en faisant fi des dégâts engendrés, soit l’objectif des politiques. Les pays développés doivent, entre autres, limiter leur utilisation de combustibles fossiles et de plastique, et encourager les investissements publics et privés en adéquation avec les ODD.

De telles transformations ne doivent pas se faire sans anticipation. Il faut pallier à la perte des emplois inhérents à l’abandon des combustibles fossiles. Il est également nécessaire de promouvoir des activités de substitution et permettre ainsi la mise en place de moyens alternatifs de subsistance.

 

Un système alimentaire équitable et durable

Les systèmes alimentaires et énergétiques sont également des domaines qui nécessitent de grands changements, car ce sont des éléments clés pour la santé et le bien-être humain. Tels qu’ils fonctionnent actuellement, ils mènent le monde vers un point de non-retour environnemental.

Aujourd’hui, environ 2 milliards de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, 820 millions sont sous-alimentées et, pourtant, le taux de surpoids augment dans presque toutes les régions du monde. Il faut, d’une part, assurer la sécurité alimentaire et la nutrition des pays en développement, et d’autre part, réduire l’impact environnemental des systèmes de production alimentaire des pays développés. Une des solutions est de réduire le gaspillage alimentaire et la dépendance aux protéines animales.  

Cela requiert cependant des innovations technologiques ainsi que des changements politiques, institutionnels et culturels pour mettre en place un système équitable et durable.

Une raffinerie de pétrole et de gaz
© Shutterstock

Un système énergétique réformé

Notre système énergétique doit être complètement revu pour permettre l’accès à l’énergie à tous. Actuellement, 1 milliard de personnes, principalement en Afrique sub-saharienne, n’ont pas accès à l’électricité. Plus de 3 milliards de personnes doivent, par conséquent, cuisiner à l’aide de combustibles solides polluants (comme la biomasse).

L’utilisation de l’énergie renouvelable sur le total d’énergie fournie a augmenté de 5,4% ces dix dernières années. Cependant, les subsides directs et indirects en faveur des énergies fossiles continuent de dépasser ceux en faveur des énergies renouvelables.

Les solutions pour améliorer cette « fracture énergétique » doivent être spécifiques aux contextes de chaque pays, avec des combinaisons d’énergie pour pallier à l’utilisation d’énergies fossiles. Les acteurs de la société doivent donc s’engager à garder au centre de leurs stratégies de développement économique l’accès universel à de l’énergie abordable, fiable, moderne et « propre », pour que l’économie mondiale soit totalement « décarbonisée », conformément à l’Accord de Paris.

Plus de 3 milliards de personnes doivent, par conséquent, cuisiner à l’aide de combustibles solides polluants (comme la biomasse).

Cuisiner sur un feu de bois au Ghana
© Shutterstock

Un développement urbain durable

Le rapport conclut que, si la tendance démographique actuelle continue, les villes abriteront plus ou moins 70% de la population mondiale.

Pour atteindre les ODD, les dirigeants doivent travailler main dans la main avec tous les autres acteurs de la société pour développer des villes plus compactes et efficaces, mieux desservies par les transports publics. Ils doivent également assurer l’accès à un travail décent, des services publics efficaces, des espaces publics attractifs et sécurisés et ce, peu importe le genre, l’âge, l’origine ethnique et le handicap des individus.

Les industries et les services devront eux aussi s’orienter vers des solutions fondées sur la nature et sur les progrès technologiques, afin d’acquérir, par exemple, une meilleure gestion des déchets.

 

Les biens communs et l’environnement

On insiste également dans le rapport sur la préservation des biens communs et de l’environnement mondial comme l’atmosphère, les océans, les rivières, les lacs ou les forêts. Il faut inverser la tendance de surexploitation actuelle, afin de maintenir la stabilité des écosystèmes naturels et laisser le temps à la nature de renouveler nos ressources.

Les gouvernements, les communautés locales, le secteur privé et les acteurs internationaux doivent donc travailler ensemble pour conserver, restaurer, utiliser durablement les ressources naturelles et traiter plus efficacement les déchets.

 

En conclusion

Le rapport plaide pour l’utilisation des ODD comme cadre théorique de tous les programmes politiques mais aussi pour une collaboration optimale entre les différents acteurs de la société afin de mettre en place une transition vers un modèle de développement plus durable.

 

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