50 ans de coopération au développement au Pérou

Noémie Nyst
01 décembre 2015
La Coopération belge au Développement est arrivée au Pérou un été de 1965. Depuis 50 ans cette année, elle lutte contre la pauvreté, les inégalités et pour un développement durable.

Elle est présente par le biais de 5 différentes modalités de travail.

  1. La coopération gouvernementale qui se réfère aux accords officiels signés entre les deux pays.
  2. La coopération non gouvernementale qui comprend les 20 ONG belges qui travaillent actuellement au Pérou, les organisations de la société civile péruvienne, les syndicats et la coopération universitaire et scientifique.
  3. L’aide humanitaire qui recherche des réponses immédiates et urgentes aux catastrophes et désastres naturels.
  4. La coopération multilatérale: la Belgique participe aux projets de l’Union européenne, de la Banque mondiale et des Nations-Unies.
  5. En appuyant le secteur privé, la coopération belge visé à favoriser un développement économique durable et inclusif dans le pays.

La defensoria atteint plus de 700 districts défavorisés grâce à ses missions itinérantes et a reçu plus de 30.000 personnes et 126.000 cas

Au long des 50 années de travail conjoint, les différents acteurs de la Coopération belge au Développement se sont investis dans diverses thématiques précises qui peuvent se résumer en 5 grands thèmes.

Les droits humains et le genre

Depuis le début des années 2000, la coopération belge s’est investie dans la création et le renforcement de la Defensoria del Pueblo, un service de médiation (Glo.be 1 :2015, p. 13). Grâce à l’appui de la Belgique et d’autres pays via le basket fund, la Defensoría compte aujourd’hui 28 bureaux et 10 modules d’attention à travers le pays. Elle atteint plus de 700 districts défavorisés grâce à ses missions itinérantes et a reçu plus de 30.000 personnes et 126.000 cas. La Defensoría del pueblo a élaboré plus de 60 rapports qui comprenaient des recommandations pour tous les secteurs. Aujourd’hui, elle est pratiquement autonome par rapport aux fonds de la coopération internationale passant d’une dépendance de 80% à 8% en 2015.

Les ONG belges au Pérou ont également été très actives dans le domaine de la défense des droits humains. Dans les années 90, époque caractérisée par une corruption élevée, les ONG se sont focalisées sur les mouvements civils qui luttaient pour sauvegarder les droits fondamentaux de la population. L’appui à la société civile s’est réalisé de diverses manières telles que des actions de dénonciation ou encore le soutien aux prisonniers injustement accusés de terrorisme.

Aujourd’hui, les ONG se focalisent plus sur les droits syndicaux et la défense du droit à l’environnement.

Une petite foule entoure un podium
© Pepe Atocha

L’environnement
Le Programme de développement économique durable et la gestion stratégique des ressources naturelles dans les régions d’Apurimac, Ayacucho , Huancavelica, Junin et Pasco – PRODERN s’est aligné sur les orientations du gouvernement péruvien promouvant la croissance économique inclusive et sociale ainsi qu’une meilleure distribution des richesses. Cela a permis de créer des marchés internes et de lutter contre la pauvreté dans des zones rurales.

Nous ne pouvons parler de projet d’environnement au Pérou sans citer le grand programme de reforestation de Cajamarca. A été créée la plus grande plantation forestière du pays avec plus de 30.000 hectares replantés. Granja Porcón est devenu un modèle de gestion durable qui regroupe plus de 200 espèces forestières et a déjà capté plus de 16 millions de tonnes de CO2. De plus, le village s’est transformé en attraction touristique qui reçoit plus de 10.000 touristes par an.

La santé
Afin de garantir des conditions de vie dignes, les droits sociaux sont primordiaux. La Coopération belge au Développement a donné priorité à l’accès à la santé de qualité en se focalisant sur les populations les plus pauvres et vulnérables (Glo.be 4/2014, p. 24). En collaboration avec l’Assurance Universelle de Santé et avec le Ministère de l’Economie et des Finances, elle lutte pour l’assurance universelle. Depuis le début du travail des Programmes SISTEC et SISFIN, plus de 2 millions de personnes supplémentaires se sont affiliées au SIS en zones rurales et peuvent donc bénéficier de soins de santé.

Un homme donne des explications à un groupe de Péruviens assis en costume traditionnel
© Glo.be

L’agriculture familiale
Beaucoup d’ONG belges sont aujourd’hui actives dans le secteur de l’agriculture familiale. Ce type d’agriculture permet de ne pas détruire les structures familiales et des communautés et assure un modèle durable en préservant la biodiversité. Grâce aux petits producteurs 70% de la population est nourrie.

Autre résultat remarquable : l’appui au secteur cafetier par les ONG belges a notamment permis à la Junta Nacional del Café au Pérou d’intégrer 250 organisations aujourd’hui partenaires. Le secteur du café au Pérou représente 425.000 hectares et 225.000 familles, c’est donc un secteur stratégique dans lequel les producteurs investissent.

La culture
Depuis de nombreuses années, la Coopération belge au Développement appuie des organisations culturelles dans leur développement, cela en grande partie grâce à des subsides octroyés à des « microprojets », des associations, des centres culturels, aujourd’hui reconnus au Pérou et qui ont pu construire un projet artistique solide. Quelques exemples : le groupe culturel Puckllay, Yuyachkani, l’association culturelle Waytay, la Casa Cultural Arenas y Esteras qui par l’intermédiaire de l’art, proposent une transformation sociale pour les jeunes et pour la communauté. Après 50 ans de coopération, plusieurs dizaines de jeunes ont réussi des études supérieures grâce à leurs compétences artistiques.

 

Festivités 50 ans de coopération entre le Pérou et la Belgique

En cette date symbolique des 50 ans de coopération entre le Pérou et la Belgique l’Ambassade de Belgique au Pérou, l’Agence de Coopération technique belge (CTB), l’Agence Péruvienne de Coopération internationale (APCI) et les acteurs de la société civile belge et péruvienne ont souhaité célébrer ces résultats. Les objectifs poursuivis au long de l’année peuvent être résumés en trois points : 1) montrer les nombreux résultats obtenus aux long des 50 ans ; 2) Lancer un processus de réflexion sur le rôle de la coopération belge et de la coopération en général dans un pays à revenus moyens supérieurs comme le Pérou et 3) Renforcer l’identité commune de la coopération belge au Pérou.

Quelques réalisations :

  • Un logo commun de la coopération belge a été créé par l’intermédiaire d’un concours.
  • Une page Facebook qui compte plus de 2000 membres a été créée.
  • Un concours photo pour reconstruire l’histoire de la coopération belge au Pérou a été lancé. Kristien De Frenne de l’’ONG belge TRIAS a remporté le premier prix (voir encadré).
  • Le 16 octobre, un débat très animé a été organisé en collaboration avec le CIES (Académie d’investigation sociale et économique) : Le Pérou atteindra-t-il les Objectifs de Développement Durable ?
  • Pour mettre en avant ces différents produits et partager avec le public péruvien les résultats de 50 années de travail, l’Ambassade, en collaboration avec les différents acteurs a organisé le Festival Belga, Resultados que cuentan. Dans une ambiance familiale et festive, plus de 5000 personnes ont pu profiter des différentes activités. En même temps les problématiques de genre et droits de l’homme, santé, environnement et agriculture familiale ont été présentée au public par l’intermédiaire d’activités ludiques pour petits et grands.
  • Un documentaire a été réalisé. Le documentaire est à l'image des axes de notre coopération : diversité, équilibre de modalités, participation, approche des droits humains. Á voir sur www.youtube.com > “Resultados que cuentan: 50 años de cooperación belga en el Perú”. (nn)
Des enfants péruviens autour de jeux de constructions
© Pepe Atocha

‘J’ai voulu témoigner du dur labeur des paysans’

Un homme charge des sacs de pomme-de-terre

Rencontre avec Kristien De Frenne, prix du public au concours de photos organisé dans le cadre des 50 ans de la coopération belge au Pérou

 

Quel est le sujet de votre photo ?
Un partenaire de Coopagros qui dispose d’environ un hectare et demi de pommes de terre. Coopagros est une coopérative de cultivateurs de pommes de terre qui compte quelque 266 producteurs. Elle octroie des microcrédits, optimalise le produit et vend des semences et engrais.

Quel est le contexte de la prise de vue ?
Je suis responsable de la communication pour TRIAS au Pérou et en Équateur. Lors de ma visite de plusieurs projets locaux en août 2014, les partenaires étaient en train de récolter. J’ai remarqué les pommes de terre bien alignées, prêtes à être expédiées à Lima pour y être vendues. J’ai voulu témoigner du dur labeur des paysans et montrer leur fierté de faire partie d’une organisation.

Pourquoi avoir participé à ce concours ?
Il offrait l’occasion de donner de la visibilité aux activités de TRIAS au Pérou. TRIAS aide les organisations de petits producteurs et d’agriculteurs familiaux en matière d’accès aux marchés, de microcrédit ou de formation continue. Nous apportons l’assistance technique mais nous sommes convaincus que c’est l’individu qui est acteur de son propre développement.

 

Jorden Van De Vreken

Coopération belge au Développement Pérou
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