65,5 millions de réfugiés, six réalités

World's Best News
07 août 2017
Dans son rapport annuel « Global Trends » 2016, l'Organisation des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avance le chiffre de 65,6 millions de réfugiés. Jamais auparavant un si grand nombre de personnes n’avaient été amenées à migrer en raison de persécutions, conflits, violences ou violations des droits de l’homme. Le chiffre a doublé en comparaison de l’année 1997. Qui sont ces réfugiés, où vivent-ils ? World’s Best News clarifie le tableau.

Un monde à feu et à sang ?

Le chiffre figure à la une des médias du monde entier, qui dans leur majorité citent les premiers paragraphes d’un communiqué de presse du HCR et font état d’une nouvelle progression du nombre de réfugiés. Par rapport à 2015, 300 000 personnes de plus ont été chassées de leur foyer. Les photos et vidéos qui accompagnent les reportages montrent des bateaux chargés de réfugiés en mer Méditerranée ou illustrent les conditions de vie déplorables dans des camps improvisés. Ces informations confirment notre sentiment que le monde est à feu et à sang et que tous ces réfugiés vivent l’enfer. Le citoyen qui dispose d’informations lacunaires ne peut qu’en déduire qu’à l’heure actuelle, 65,6 millions de personnes errent à travers le monde.

Un tsunami de réfugiés ?

World’s Best News juge essentiel de mettre les évolutions en perspective. Nous tenons à dévoiler ce qui se cache derrière les multiples scénarios catastrophes évoqués en ces termes : tsunami de demandes d’asile, pays noyés sous l’afflux de réfugiés, un monde à feu et à sang. Loin de nous l’idée de minimiser la détresse des réfugiés, mais nous estimons que l’information est incomplète. Nous nous proposons donc de répondre à six questions en nous appuyant sur les données émanant du rapport du HCR.

Réfugiés chiffres

 

1. 65,6 millions de réfugiés livrés à eux-mêmes errent-ils à travers le monde ?

Sur le total de 65,6 millions de réfugiés, 40,3 millions résident toujours dans leur propre pays, même si les circonstances les ont contraints à changer de maison, village ou ville. Ce sont des « déplacés internes ». Prenons l’exemple des Syriens d’Alep qui vivent à Damas, ou aux plus de sept millions de Colombiens, exposés durant trois décennies à la guerre civile et à la grande criminalité, qui se sont réfugiés dans les régions moins dangereuses du pays.

Les 22,5 millions de réfugiés restants séjournent ailleurs que dans leur pays natal. Fin des années 1970, 1,4 million d’Afghans ont franchi la frontière avec le Pakistan et près d’un demi-million d’Érythréens étaient en fuite, 170 000 ayant cherché refuge en Éthiopie et au Soudan. Enfin, 2,8 millions de demandeurs d’asile attendent dans un autre pays d’obtenir un statut officiel de réfugié, plus précisément près de 600 000 en Allemagne, 500 000 aux États-Unis et 10 000 aux Pays-Bas.

2. La majorité des réfugiés ne se trouveraient donc pas en Europe ?

Absolument. Dans le top dix des pays d’accueil se trouve un seul pays européen, l’Allemagne. Le numéro un est la Turquie, qui accueille 2,9 millions de réfugiés. Par ailleurs, c’est sur le Liban que s’exerce la pression la plus forte. Un habitant sur six est un réfugié. Par comparaison, le chiffre est de un sur 361 en Belgique, en 2015.

3. Où vivent la plupart des réfugiés ? Dans la rue ? Dans des camps de réfugiés ?

63 pour cent de la totalité des réfugiés sont installés dans un logement normal. C’est le cas par exemple de la famille yougoslave qui a émigré en Europe occidentale au début des années 1990, ou de la famille palestinienne qui a fui Israël en 1948 pour s’installer au Caire ou à Amman. 29 pour cent des réfugiés vivent dans des camps mis sur pied et gérés par des organisations de réfugiés. C’est le cas d’un grand nombre de Syriens vivant en Jordanie voisine. Quatre pour cent de la totalité des réfugiés vivent dans l’une ou l’autre forme d’hébergement temporaire, par exemple les centres pour demandeurs d’asile en Belgique. Quatre autres pour cent doivent survivre dans des logements de fortune qu’ils ont construits de leurs propres mains, telles des huttes ou des tentes. Leur situation est la plus alarmante de toutes.

 

Quatre autres pour cent doivent survivre dans des logements de fortune qu’ils ont construits de leurs propres mains, telles des huttes ou des tentes. Leur situation est la plus alarmante de toutes.

65,5 millions de réfugiés, six réalités
© Mustafa Khayat

4. Comment expliquer que le nombre actuel de personnes en fuite ait atteint les 65,6 millions, alors qu’en 1997, il s’élevait à 33,9 millions ? Le monde s’est-il détérioré à ce point ?

Non, on ne peut pas dire que le monde soit devenu plus dangereux. Aujourd’hui, le nombre de conflits de grande ampleur et de victimes des guerres a même régressé par rapport à 1997, année qui avait enregistré un nombre de personnes en fuite équivalant à la moitié d’aujourd’hui. La majeure partie des victimes et réfugiés sont maintenant originaires de trois pays : Syrie, Irak et Afghanistan.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, guerres et violences sont en régression constante. En 1951, l’année de la première mesure du nombre de réfugiés, 22 personnes sur 100 000 mouraient en raison des conflits. En 2016, le nombre de morts n’est plus que de 2,1 sur 100 000. Par contre, le nombre de réfugiés a explosé, si l’on compare les quelque 2 millions en 1951 aux plus de 65 millions en 2016.

5. Comment peut-on expliquer le grand nombre de réfugiés dans un monde toujours plus sûr ?

Le fait qu’il est aujourd’hui possible de fuir est l’une des raisons qui expliquent l’afflux de réfugiés. Celui qui craint d’être victime de violences peut facilement prendre l’avion, le train ou l’auto. Par le passé, c’était nettement plus compliqué. Il fallait prendre la route à pied ou dans un char à bœufs.

Grâce aux médias sociaux, on est informé plus tôt de ce qui risque d’arriver, tout comme des possibilités qui s’offrent à nous. Les victimes potentielles peuvent fuir avant que les violences frappent l’endroit où elles vivent. En octobre 2014, les combats ont fait rage pour le contrôle de la ville syrienne de Kobané. La ville a été détruite à près de quatre-vingts pour cent. Entre 35 et 59 habitants ont perdu la vie, un chiffre relativement bas dû au fait que la quasi-totalité des 400 000 habitants avaient déjà pris la fuite.

 

 

Il est aujourd’hui possible de fuir. Celui qui craint d’être victime de violences peut facilement prendre l’avion, le train ou l’auto. Par le passé, c’était nettement plus compliqué. Il fallait prendre la route à pied ou dans un char à bœufs.

Il existe aussi une autre raison, bien différente de la première citée : le nombre de réfugiés retirés de la liste est nettement inférieur au nombre de personnes ajoutées. Il suffit de penser aux Burundais qui ont fui en 1973 vers la Tanzanie voisine, ou aux Vietnamiens qui ont traversé la frontière avec la Chine en 1997. Même s’ils vivent depuis 44 ans ou 20 ans de l’autre côté de la frontière, il s’agit toujours officiellement de réfugiés. Il en va de même pour les quelque deux millions d’Afghans qui, il y a quarante ans d’ici, prirent la route du Pakistan et de l’Iran.

Les 5,3 millions de Palestiniens qui ont quitté Israël en 1948 représentent le plus grand groupe de « réfugiés de longue durée ». 40 000 réfugiés palestiniens de l’époque sont toujours en vie ; il n’en reste donc plus que 0,7 pour cent. Le groupe actuel est constitué à plus de 99 pour cent des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants des réfugiés d’alors. Des 22,5 millions de réfugiés qui vivent à l’heure actuelle dans un autre pays, près de 17 millions de personnes font partie de cette catégorie des « réfugiés de longue durée ».

6. Les réfugiés ont-ils besoin d’assistance ?

Tous les réfugiés n’ont pas besoin d’assistance. Le restaurateur afghan installé à Utrecht ou le dentiste syrien établi en Turquie sont parfaitement capables de se prendre en charge. La situation est bien différente pour les plus de 100 000 réfugiés syriens hébergés dans un camp tel Al Za’atari en Jordanie. La quasi-totalité des réfugiés de ce camp se trouvent sous la protection du HCR. L’organisation onusienne leur offre non seulement des abris, de la nourriture et des soins médicaux, mais également des conseils en matière de procédures d’asile.

La qualité des soins apportés varie d’un camp à l’autre. Alors que les réfugiés à Al Za’atari disposent d’une connexion internet rapide, d’un soutien psychologique et de supermarchés pratiquant un système de paiement par scan de l’iris, la situation des réfugiés rwandais et burundais dans le camp malawien de Dzaleka est très pénible. Une bonne nouvelle par contre : le HCR est en mesure de protéger toujours plus de réfugiés. L’organisation onusienne vient en aide à 36,6 millions des 40,8 millions de déplacés internes. Il y a dix ans, en 2006, un quart seulement des populations déplacées bénéficiaient de cette assistance.

 

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