9 façons de nourrir le monde de manière durable

Romain Guns
29 août 2018
Aujourd’hui, l’agriculture industrielle, ainsi que l’élevage de masse sont devenus des phénomènes plutôt inquiétants. Dangereux pour l’homme mais aussi pour la planète, ils contribuent à la destruction des écosystèmes (terrestre et maritime) et tuent à petit feu les petits agriculteurs. Ces phénomènes participent aussi au réchauffement climatique en réduisant les ressources forestières et en engloutissent une bonne partie des réserves d'eau potable.

Notre rapport à la nourriture a fortement évolué au cours du siècle dernier. On dit souvent de l’alimentation qu’elle est un fait social, transformant la société. De nos jours, partout dans le monde, le patrimoine culinaire est devenu une attraction touristique à part entière, argument de choix pour attirer les masses. Mais cette « touristisation » de l’héritage culinaire de certaines cultures entraîne une surproduction ainsi qu’une surconsommation de produits dans bien des régions du monde, alors que dans d’autres, la faim ne fait qu’augmenter.

Dans un rapport conjoint de la FAO et de l’Université d’Oxford, cette dernière affirme : « ce que nous mangeons est important pour notre santé mais aussi pour la planète. Pourtant, seuls quelques gouvernements ont montré l’exemple en formulant des recommandations en faveur d’une alimentation avantageuse, capable de faire face à deux des défis les plus pressants de notre époque, à savoir : garantir une bonne alimentation pour tous et lutter contre le changement climatique ».

Manger de manière citoyenne ne doit pas être une punition, mais une affaire de connaissance et d’attention 

Pierre Feillet

Les spécialistes se limitent à mesurer l’impact de l’alimentation sur l’eau, les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie. Mais si l’on souhaite obtenir une vision globale des conséquences sur notre environnement, il faudrait également tenir compte de l’impact sur la biodiversité, de la dispersion de produit chimiques dans l’eau, les sols et l’air et de la destruction des forêts. Cette empreinte globale de l’homme sur la planète étant difficilement mesurable, nous n’en avons qu’une représentation limitée, voire biaisée. Cependant certains auteurs comme Pierre Feillet rappellent qu’il est tout à fait envisageable de « bien se nourrir » tout en réduisant notre impact sur l’environnement et même sur le réchauffement climatique.

Des pistes permettant de relever les défis d’une alimentation durable existent.Goodplanet.be en propose dans un dossier réalisé avec le soutien de la fédération Wallonie-Bruxelles et de Bruxelles environnement.

 

1. Respectons la saisonnalité des produits

Même si tous les modes de transports sont polluants, certains le sont plus que d’autres. Notons aussi que la surchauffe des serres de culture hors-saison, produit environ 18 fois plus de gaz à effet de serre que la culture des produits saisonniers. 

 

2. Favorisons les circuits de type court et la proximité avec les producteurs

Outre l’impact positif sur l’environnement de par la réduction des déplacements et donc des émissions de différents gaz , il s’agit aussi de soutenir les agriculteurs qui ont parfois du mal à survivre.

 

3. Préférons l’agriculture biologique

Elle nécessite 20% d’énergie en moins que l’agriculture dite « conventionnelle », et n’utilise peu ou pas de produits toxiques pour notre santé ou pour la biodiversité. Même si sa valeur nutritionnelle et environnementale est difficile à vérifier à ce jour, d’un point de vue sanitaire, l’alimentation biologique semble tout de même l’emporter. L’agriculture biologique offre également une protection des sols sur le long terme. Ceux-ci sont victimes de bien des maux dû à un mauvais entretien, une surexploitation ou un manque de connaissance. Cela empêche leur régénération ainsi que leur perduration. Maintenir un sol sain est pourtant simple, mais nécessite une attention et des soins particuliers comme peu de perturbations et une couverture aussi régulière que possible.

Groupe de femmes travaillant un champ de riz à Madagasacar
© iStock

4. Evitons le gaspillage alimentaire

Evaluons mieux nos quantités et recyclons nos restes. Selon la FAO, la nourriture gaspillée chaque année à travers le monde aura demandé pour être produite  un volume d’eau comparable au débit annuel de la Volga (fleuve russe) et émis approximativement 6% du total des émissions de gaz à effet de serre.

 

5. Utilisons l’eau de manière optimale

La production alimentaire durable et l'utilisation efficace de l'eau vont de pair et représentent un facteur important pour une alimentation durable. Par conséquent, l'irrigation devrait être aussi économique que possible. Un sol bien entretenu avec suffisamment de matières organiques et une biosphère saine (organismes vivants allant des bactéries aux vers) retient en effet mieux l'eau et permet donc une économie de celle-ci.

 

6. Privilégions les produits peu, voire pas transformés

De par des chaînes de production allongées et complexifiées, les aliments industriellement transformés exigent une forte production d’énergie.

 

7. Mangeons moins de viande

La surconsommation de viande implique un élevage intensif qui nécessite quantité de végétaux pour nourrir les animaux. Comme l’affirmait en 2006 la FAO : « les productions animales ont un impact considérable sur les ressources mondiales en eaux, terres et biodiversité et contribuent donc fortement à l’effet de serre ». Manger moins de viande représente aussi un réel bénéfice, notre apport en protéines animales étant bien trop élevé par rapport aux protéines végétales.

Cuisine d'un restaurant en Afrique du Sud avec beaucoup de casseroles sur la cuisinière.
© iStock

8. Economisons de l’énergie en cuisinant plus intelligemment

Par exemple, la cuisine au gaz moins énergivore et plus avantageuse qu’une cuisine sur plaques électriques.

 

9. Mangeons du poisson d’élevage en bonne conscience

Le poisson issu de « fermes d’élevage européennes » représente à ce jour plus de la moitié de la quantité de poisson consommée dans le monde (53%) et présente un bilan satisfaisant. L’efficacité alimentaire de ces poissons en terme nutriments apportés est considéré comme satisfaisant comparé à que ce que l’on peut obtenir lors d’autres élevages. La FAO souligne que l’aquaculture peut fournir des aliments nutritifs à faible empreinte carbone, surtout si cette dernière favorise les espères herbivores. 

 

In fine, reste-t-il un espoir ?

Ne baissons pas les bras, rien n’est perdu. En effet le ralentissement de la croissance démographique constaté par la FAO et l’OCDE devrait entrainer une diminution de la demande et de nouveaux gains de productivité dans le secteur ! Cette décroissance est due d’après le Secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria et le Directeur général de la FAO José Graziano da Silva, à une stagnation de la consommation d’aliments de base par habitant et à une nouvelle baisse du rythme de la croissance démographique mondiale. Ce dernier affirme en effet qu’après la révolution verte, nous avons aujourd’hui besoin d’une révolution durable. Il faut donc que l’on adopte des pratiques alimentaires durables, fournissant des aliments sains et nutritifs avec pour objectif final de préserver l’environnement et la biodiversité.

Comme évoqué plus haut, nos habitudes alimentaires ont en effet une influence sur les paramètres environnementaux de notre planète. Le transport des aliments vers notre assiette est en effet responsable d’environ 20 à 25 % des émissions de gaz à effet de serre et de 10 % des dépenses énergétiques de notre planète. C’est donc dans notre alimentation que se pose la question de notre responsabilité environnementale pour les générations à venir.

Sécurité alimentaire
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