Anticiper l’aide, c’est la rendre plus efficace

Chris Simoens
09 juillet 2019
Comme le démontre un projet pilote de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) au Soudan avec le soutien de la Coopération belge au Développement, les dommages causés par une sécheresse extrême peuvent se voir limités grâce à une réponse précoce aux signaux de détresse.

Les crises dues à des conditions météorologiques extrêmes surviennent cinq fois plus souvent qu'il y a 40 ans. En cause : le changement climatique. C'est le cas au Soudan, l'un des pays les plus arides d'Afrique où la survie de 70 % de la population rurale dépend de l'agriculture, elle-même soumise aux caprices des précipitations de plus en plus irrégulières.

L'État du Kassala, l'un des plus vulnérables du Soudan, compte non moins de 1,8 million d'habitants dont de nombreux « agropasteurs », des agriculteurs qui combinent l'agriculture traditionnelle, non mécanisée, avec l'élevage d'un peu de bétail. Les cultures de mil et de sorgho, ainsi que l'élevage de quelques moutons, chèvres et vaches dépendent fortement des pluies.

 

Action précoce

Les besoins augmentent de manière inversement proportionnelle aux ressources, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) souhaite donc fournir une assistance plus efficace aux personnes dans le besoin. L'une des options serait d'intervenir plus rapidement, avant même qu'une crise majeure telle qu'une sécheresse extrême n'atteigne son paroxysme.

À Kassala, la FAO a testé l'efficacité de cette approche « Early Warning Early Action ». L'Organisation a également établi un partenariat solide avec les agences locales et nationales afin d’obtenir une indispensable vue d'ensemble de la situation.

Elle a également mis en place un Secrétariat technique pour la sécurité alimentaire avec le soutien de l'Union européenne. Cette unité assure le suivi rigoureux de plusieurs indicateurs parmi lesquels la sécurité alimentaire des familles, la santé et les mouvements des cheptels, les maladies animales et végétales ainsi que la disponibilité en eau.

En août 2017, le système EWEA a pu faire ses premières preuves. En effet, deux indicateurs ont basculé dans le rouge et révélé des mouvements inhabituels de bétail et de longues périodes de sécheresse. Cette situation s'est aggravée en septembre et en octobre.

Vue du dessus d'une femme dans une hutte donnant un bol d'aliments concentrés pour animaux à une chèvre.
© FAO

La FAO a donc décidé de mettre en œuvre une « action précoce » dans le but de protéger les animaux de 5 000 familles vulnérables sélectionnées, dont chacune possède de 3 à 12 petits animaux. Cette intervention passait notamment par:

  • la vaccination et le vermifuge de 30 000 animaux ;
  • la fourniture de 600 tonnes d'aliments concentrés pour animaux et 30 tonnes de pierre à lécher enrichie de compléments minéraux ;
  • un suivi encore plus attentif de la sécurité alimentaire des familles

Lorsque la sécheresse a atteint son apogée en mai 2018, la FAO est intervenue plus rapidement face à la crise. La mobilisation de fonds supplémentaires, y compris auprès de l'UE, s'en est également trouvée facilitée.

 

Retour sur investissement

La FAO, qui souhaitait connaître très précisément l'impact de cette « action précoce », a envoyé ses collaborateurs interroger les familles bénéficiaires de l'aide afin d'en dresser le bilan : la valeur des animaux qui ont survécu, la perte financière évitée grâce au maintien des animaux en bonne santé et le lait supplémentaire produit. Le calcul final a révélé que l'investissement de la FAO d'un montant de 64 dollars par famille a rapporté 431 dollars à chaque ménage. Chaque dollar investi a donc rapporté 6,7 dollars aux bénéficiaires !

 

Chaque dollar investi a donc rapporté 6,7 dollars aux bénéficiaires !

Tohaj Mussa déclare : « Je craignais de devoir acheter du pain pour garder mes animaux en vie ». Aujourd'hui, la santé de ses animaux est si bonne qu'ils sont en mesure de se reproduire. Elle possède désormais 7 animaux au lieu de 5. « Je n'ai pas besoin d'acheter du lait ni d'aller au marché ». Pour un agropasteur comme Tohaj, perdre du bétail revient à se ruiner et entrer dans une dangereuse spirale de pauvreté, réduisant à néant la dignité et l’estime de soi.

Le lait et les produits laitiers occupent une place extrêmement importante dans ces familles vulnérables. Saviez-vous qu’un demi-litre de lait par jour apporte 25 % des calories et 65 % des protéines nécessaires à un enfant de cinq ans ? Des animaux bien nourris et en bonne santé peuvent produire du lait en quantité. Ils se développent en taille, en valeur et peuvent également aider au transport ou à la culture des terres.

Un homme traie un animal pendant qu'une femme avec un enfant le regarde.
© FAO

« Auparavant, je m'approvisionnais au marché en aliments coûteux pour mes animaux qui n'étaient jamais rassasiés. Grâce au soutien de la FAO, mes bêtes sont saines et produisent du lait. J'en vends d'ailleurs une partie - également sous forme de ghee et de yaourt - sur le marché et aux voisins », déclare avec satisfaction Amna Mahmoud Mohammed.

Un suivi minutieux de la situation et une action précoce permettent donc à l'aide humanitaire d'apporter une aide beaucoup plus efficace aux personnes dans le besoin.

La FAO a également testé l'action précoce dans deux autres pays avec le soutien de la Belgique. Consultez les brochures de la FAO sur le test en Mongolie et à Madagascar.

La Belgique soutient l'aide humanitaire de la FAO

 

Depuis 2014, la Belgique soutient le fonds d'urgence SFERA (Fonds spécial pour les activités d'urgence et de réhabilitation), qui permet à la FAO de répondre rapidement aux situations d'urgence. En 2014, la FAO a mis en place une composante « Action précoce ». Objectif : (1) prévenir une catastrophe ; (2) limiter l'impact d'un événement prévu ; (3) réaliser des investissements ciblés afin de pouvoir agir plus efficacement en cas de menaces spécifiques. La Belgique a soutenu le volet « Action précoce » en 2017 et 2018 en y consacrant 1 million d'euros par an. En 2019, notre pays versera 1,5 million d'euros.

Aide humanitaire Soudan
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