Bâtir un monde plus juste grâce au commerce équitable

Fanny Lamon
15 avril 2019
Améliorer l’accès au marché des producteurs du Sud et promouvoir le commerce équitable et durable, tout en lançant le défi de faire de la Belgique le pays du commerce équitable, tels sont les objectifs poursuivis par le Trade for Development Centre (TDC). Comment s’y prend-il pour y parvenir ? Précisons.

Dans son récent rapport d’activités, le TDC - un programme de la Coopération belge au Développement, exécuté par Enabel, l’Agence belge de Développement - reprend les réalisations accomplies au cours de la période 2014-2018. Ces quatre dernières années, le TDC a apporté son appui à des milliers de petits agriculteurs établis dans le Sud afin d’améliorer leur accès au marché.

Au total, ce sont 122 organisations de producteurs et micro-, moyennes et petites entreprises (MPME), soit quelque 110.994 bénéficiaires, à travers 17 pays qui ont pu bénéficier du soutien du TDC. De l’Amérique latine à l’Asie du Sud-Est, en passant par l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne, le Sahel et l’Afrique des Grands Lacs, le TDC y est intervenu dans dix secteurs de production, à savoir le café, le cacao, l’huile et les plantes aromatiques et médicinales, le thé, les fruits et légumes, les noix, le tourisme, l’artisanat, l’or et le bois. Concrètement, le TDC procure aux agriculteurs tant des moyens financiers que des connaissances et un savoir-faire pour pouvoir innover et entreprendre par eux-mêmes tout en développant leur activité de façon durable.

Comment le commerce équitable et durable est-il un outil de réduction de la pauvreté et un levier de développement ? Explications au travers de quatre secteurs qui ont bénéficié du soutien du TDC.

Concrètement, le TDC procure aux agriculteurs tant des moyens financiers que des connaissances et un savoir-faire pour pouvoir innover et entreprendre par eux-mêmes tout en développant leur activité de façon durable.

Redynamiser la caféiculture en Afrique et en Amérique latine

Dans le secteur du café, 19 MPME, soit 61.602 bénéficiaires, ont reçu l’appui du TDC. C’est notamment le cas en RD Congo, où malgré le sol, le climat et l’altitude propices à la caféiculture, les conditions de vie des petits agriculteurs sont difficiles car contraints de quitter leur champs suite aux violences extrêmes qui ravagent le pays. Pour redynamiser la production, le TDC a financé des formations relatives à la culture d’ombre, aux pesticides naturels et au compost fait maison. Résultat ? Une certification bio et équitable de leur café. Qui dit café de meilleure qualité, dit hausse des exportations et donc des emplois et des revenus.

De quoi redonner espoir à des ex-soldats et rebelles qui troquent désormais leurs armes pour des caféiers. Dans le pays voisin, en Ouganda, quelques trois milles agriculteurs ont bénéficié d’un coaching en marketing. Grâce au TDC, ils ont pu investir dans un nouveau logo, des cartes de visite, des dépliants et même un site web. À présent capables de mieux se présenter à des clients potentiels et en mesure de recommander leurs produits « specialty coffee », les caféiculteurs ougandais peuvent vendre à un prix nettement plus élevé. Le prix moyen de vente  a ainsi progressé de 39,45 %.

Autre continent mais même missions. En Amérique latine, pays renommé pour son café arabica, le TDC a soutenu un projet spécifiquement pour les jeunes agriculteurs. Pourquoi ? Parce que de plus en plus de jeunes ne veulent plus travailler dans le secteur du café mais préfèrent chercher du travail dans les grandes villes. Tous âgés de moins de 30 ans, ils ont donc été formés sur les critères à remplir pour que leur café réponde aux exigences élevées du marché des « cafés de spécialiste ». Devenus experts en la dégustation, ils ont intégré un groupe de spécialistes internationaux à même de comparer et d’évaluer les cafés des quatre coins du monde. De quoi remotiver les jeunes à travailler dans la caféiculture.

Divers types de grains de café sont exposés en Tanzanie.
© TDC

Du cacao de haute qualité très convoité à l’étranger

La Côte d’Ivoire, le Pérou, la Bolivie et le Vietnam sont des pays producteurs de cacao par excellence. Pourtant, les cacaoculteurs y sont confrontés à des plans vieillissants. Qui plus est, leurs connaissances à propos de la culture sont souvent limitées. Pour assurer l’avenir de leur production, le TDC a fortement mis l’accent sur leur durabilité. Ainsi, 639 cacaoculteurs ivoiriens, 850 péruviens, 167 boliviens et 387 vietnamiens ont été formés aux processus de fermentation, de séchage et de stockage des fèves de cacao. En améliorant la qualité de leurs produits et en obtenant une certification bio et équitable, ces cacaoculteurs ont renforcé leurs relations commerciales avec des importateurs majeurs d’Europe et des Etats-Unis, de plus en plus friands de chocolat pur (contenant au minimum 70% de cacao). De quoi pouvoir dorénavant jouer dans la cour des grands.

Ainsi, 639 cacaoculteurs ivoiriens, 850 péruviens, 167 boliviens et 387 vietnamiens ont été formés aux processus de fermentation, de séchage et de stockage des fèves de cacao.

Stop au gaspillage de mangues au Mali

Un autre secteur dans lequel le TDC n’a pas ménagé ses efforts est celui des fruits. Penchons-nous sur une success-story malienne. Le Mali est l’un des principaux producteurs de mangues. Pourtant, en 2015 dans le Sud du pays, 20.000 tonnes de mangues, sur les 30.000 produites, ont dû être jetées. La raison : impossible de les vendre, faute de clients. La commercialisation s’est donc avérée un aspect crucial sur lequel travailler. C’est ainsi que 19 coopératives de Yanfolila ont appris à tenir à jour et à interpréter les données relatives à la production.

En plus, des enquêtes ont aidé à cartographier les variétés de mangues les plus populaires et à adapter la production en fonction de ces préférences. Ce coaching en marketing a insufflé aux agriculteurs la confiance nécessaire pour rechercher eux-mêmes de nouveaux clients. Et le succès a été quasi instantané. En deux ans, les coopératives ont multiplié par quatre leur chiffre de vente, tout en réduisant de 60% leur pourcentage de mangues invendues. Les producteurs ont alors vu leurs revenus progresser de 635%. 

 

De la mode éthique conçue au Pérou

Le commerce équitable n’est pas uniquement affaire d’alimentation. En effet, dans l’artisanat aussi les producteurs peuvent développer des produits éthiques. Les régions de Puno et Cuzco, au Pérou, sont réputées pour la tradition ancestrale de tissage et de tricot de laine d’alpaga. Le TDC y a financé une série de formations aux techniques de tissage traditionnelles afin de leur offrir de nouvelles opportunités économiques.

Les travailleuses, majoritairement des femmes puisque les hommes partent de plus en plus à la recherche d’emplois dans les mines, ont pu alors travailler à la collection ética de lujo (luxe éthique) de Royal Knit (une entreprise familiale péruvienne membre de l’Organisation mondiale du commerce équitable). Une collection qui a même été présentée à deux salons internationaux. Les points positifs : la création de 200 nouveaux emplois pour des femmes et l’émancipation des travailleuses qui se sont associées afin de mieux organiser leur production. Ce qui leur a permis de mieux combiner travail et ménage.

Une femme péruvienne tricote un vêtement en laine d'alpaga.
© DGD/S. Buyst

Faire de la Belgique le pays du commerce équitable

Un autre volet de l’action du TDC vise non plus les producteurs, mais les consommateurs. Et si l’on faisait de la Belgique le pays du commerce équitable ? Tel est le défi que s’est lancé en 2016 le TDC. L’idée est simple : si nous options tous, consommateurs, associations, décideurs politiques, horeca, écoles, pour des produits équitables, nous pourrions vraiment faire la différence pour les producteurs dans le Sud. La campagne la plus connue du TDC est la Semaine du commerce équitable (début octobre) pendant laquelle, dans toute la Belgique, les projecteurs sont braqués sur le commerce équitable.

Trois objectifs animent cette campagne : créer un moment de communication commun pour les acteurs du commerce équitable en Belgique, accroître la visibilité du commerce équitable dans les médias et encourager la société civile à mettre le commerce équitable en lumière. À cette occasion différentes activités sont organisées : dégustations de produits équitables dans les supermarchés, balades urbaines à la découverte d’adresses équitables au centre de Gand,  festival de mode équitable et durable (M-Fair) à Malines, et même un petit-déjeuner équitable au Parlement européen et un concours de cuisine équitable entre échevins molenbeekois …

Devenir le pays du commerce équitable, ça se mérite ! C’est pourquoi le TDC a défini sept objectifs à atteindre d’ici 2020 :

  1. 95% des Belges ont déjà entendu parler du commerce équitable ;
  2. Chaque belge achète pour environ 15 € de produits équitables par an ;
  3. Toutes les grandes chaînes de supermarchés belges offrent des produits équitables ;
  4. 51% des communes belges sont des communes équitables ;
  5. Plus de la moitié des provinces belges sont des provinces équitables ;
  6. 80% des parlements/ministères fédéraux, régionaux et communautaires achètent au moins 2 produits équitables ;
  7. Le commerce équitable est cité dans la presse à 600 reprises chaque année.

Bâtir un monde plus juste grâce au commerce équitable et durable, voilà le précepte du TDC !

 

Consultez le rapport complet ici.

Commerce équitable Cacao Café Textile
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