Confortable, le cabinet d'aisance?

Mia Van Aken
01 octobre 2013

L'assainissement est plus important que l'indépendance.

Gandhi
L’assainissement reste un défi majeur. En voici différents aspects…

Bien que l’accès à l’eau potable soit amélioré substantiellement, un retard important persiste en matière d'accès à l'assainissement. 2,6 milliards de personnes n’auront toujours pas accès à un assainissement amélioré en 2015. Le monde n’atteindra donc pas cette cible des objectifs du Millénaire pour le développement. Encore 1,2 milliard sont contraints de déféquer à l’air libre, avec tous les risques importants de maladie que cela implique et il y a 2 millions de décès par an faute d’hygiène et de sanitaires corrects.

 

Latrines, outil de développement

Les latrines – souvent pas plus qu’un trou au dessus d’une fosse d’une certaine profondeur qui a été recouverte - sont le mode d'assainissement  de base le plus utilisé dans le monde. Par rapport à une toilette, les latrines possèdent une technologie moindre. Le but d'une latrine est à la fois d'assurer la santé de ses usagers en contenant ou en évacuant les excréments, et de protéger l'environnement.

Elles sont utilisées depuis assez longtemps mais rappelons-nous cependant que les plus grandes demeures royales n’en étaient même pas encore équipées au 18ème siècle.

 

Dignité

Une latrine a également d'autres fonctions du point de vue de l'usager, et ces fonctions sont d'ailleurs souvent plus importantes lors du choix de l'acquisition d'une latrine ou de l'amélioration du système existant, bien plus que les raisons de santé. Une latrine permet de bénéficier d'intimité, un point crucial notamment pour les femmes (dans certaines cultures, elles ne doivent pas être vues allant faire leurs besoins) ; la défécation en plein air est également associée à un statut inférieur, elle est symptôme de pauvreté, tandis que l'utilisation d'une latrine permet de conserver ou de regagner une certainedignité. Une latrine est également un élément de la culture : ne pas en avoir peut être source de honte lorsque l'on reçoit des visiteurs, en posséder peut être source de prestige. De même, disposer d'un type de latrine « améliorée » ou d'une toilette peut aussi donner un certain statut social. 

La majorité des latrines réalisées dans les pays en développement sont des latrines sèches du fait de leur faible coût et du manque d’eau important dans de nombreuses régions où la consommation ne peut parfois même pas atteindre 20 litres /jour/personne alors qu’une seule chasse d’eau en consomme déjà une dizaine de litres.

Dans les encadrés vous retrouvez deux exemples de projets où les latrines et les leçons d’hygiène ont amélioré la vie des enfants et des adultes.

Des toilettes durables dans les écoles marocaines

 

Une petite école à TTamegroute, située aux confins de la vallée du Drâa. Des élèves qui chantent « Nous devons travailler pour l’environnement car c’est bon pour notre santé; notre environnement c’est notre vie… » Les chants de ces enfants semblent un peu figés et répétés mais leur engagement est pourtant sincère et volontaire.

Afin d’améliorer l’environnement et le cadre de vie au sein des écoles, et particulièrement des jeunes filles*, le secrétariat d’état Marocain, chargé de l’eau et de l’environnement a mis au point, avec la Coopération belge au Développement, un programme de promotion des principes de développement durable au niveau des écoles rurales.

Un accès aux toilettes dans les écoles fait partie du programme et à l’école écologique de Tamegrout des blocs sanitaires, fonctionnant avec des eaux récupérées ont été installés.

L’école, qui a également installé le système d’arrosage par goutte à goutte dans son potager et dans son jardin organise dans les autres écoles de la région des ateliers environnementaux et des projets de sensibilisations, entre autres sur la récupération et le rationnement de l’eau.

Ces actions servent d’outil pédagogique et de bases de données pour développer les mêmes principes dans environ 300 autres écoles Marocaines.

Ainsi ces projet environnementaux au sein du secteur scolaire peuvent faire tâche d’huile, avoir un impact sur tous les intervenants - enfants, professeurs, parents d’élèves - car l’éducation environnementale est importante afin que tous respectent l’eau et adoptent un meilleur comportement écologique.

* L’assainissement favorise la scolarisation des enfants, en particulier pour les filles. L’accès à des latrines fait augmenter les taux de scolarité : avec l’existence d’installations sanitaires séparées, on constate une hausse des inscriptions des filles (dixit OMS).

L’OMS nous dit…

 

« L’absence d’installations d’assainissement oblige les gens à aller déféquer à l’air libre, dans les rivières ou à proximité des endroits où les enfants jouent et où l’on prépare la nourriture, ce qui augmente le risque de transmission des maladies. En Inde, le Gange reçoit 1,1 million de litres par minute d’eaux d’égout à l’état brut, chiffre alarmant quand on sait qu’un gramme d’excréments peut contenir 10 millions de virus, 1 million de bactéries, 1000 kystes parasitaires et 100 œufs de vers intestinaux. »

« La diarrhée, le choléra, la dysenterie, la typhoïde et l’hépatite A sont autant d’exemples de maladies transmises par l’eau contaminée par des déjections humaines. En moyenne, 115 personnes par heure meurent en Afrique de maladies associées à un mauvais assainissement, au manque d’hygiène et à la contamination de l’eau. »

« Les objectifs du Millénaire pour le développement ont fixé une couverture mondiale de l’assainissement de 75% d’ici 2015. On estime à 14 milliards de dollars par an le coût pour arriver à cette étape. Entre autres gains sanitaires, on estime qu’à l’échelle mondiale, l’assainissement réduira le nombre de cas de diarrhée de 391 millions par an. »

 

www.who.int

Soyez propres comme les chats!

 

En Éthiopie, 36 millions de personnes (à savoir 40% de la population) font leurs besoins en plein air. Ainsi ce phénomène de la “défécation en plein air” est-il très répandu, même dans les zones du programme de Caritas international, près d’Adigrat (p. ). Les communautés locales sont donc encouragées à aménager des latrines et reçoivent des cours d’hygiène. La sensibilisation de la population s’effectue néanmoins plus facilement via les écoles: ce que les enfants apprennent, ils le répètent à leurs parents.

Lors d’activités ludiques, les enfants découvrent comment les excréments peuvent transmettre dans l’eau et la nourriture des organismes contaminants par le biais des mains, des mouches ou des inondations. Ils sont encouragés à être propres comme les chats et à se laver les mains avec du savon.

Néanmoins, se laver les mains requiert de l’eau. Pour ce faire, il faut placer des cuves de 10.000 l pour collecter l’eau de pluie; l’adjonction de chlore rend cette eau potable. Une solution qui peut cependant parfois “prendre l’eau”. C’est pourquoi le programme Caritas mène une étude sur le traitement chimique de l’eau de pluie.

Une pompe à eau est installée quand c’est possible pour puiser de l’eau souterraine, mais le pompage s’avère difficile pour les enfants plus petits. La solution? Une pompe électrique, mais cela demande des moyens supplémentaires.

Bien sûr, des latrines et des robinets où les enfants peuvent se laver les mains sont aussi installés. Des espaces séparés pour filles et garçons, à distance, sont privilégiés, car les filles ne se sentent guère à l’aise dans les blocs mixtes, qui sont même parfois une cause de décrochage scolaire. Malheureusement, toutes les écoles n’ont pas les moyens financiers nécessaires à ces aménagements distincts.

L’amélioration de l’hygiène a un impact notable sur les résultats scolaires des enfants. Ces derniers sont bien moins souvent malades et gagnent aussi du temps, car c’en est fini de puiser l’eau.

Chris Simoens
 

doe als de kat

 

Assainissement
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