Cultiver le cacao parmi les tamarins-lions à tête dorée

Chris Simoens
17 avril 2018
Quelle est le meilleur moyen de protéger les tamarins-lions à tête dorée ? Comment leurs voisins les hommes peuvent-ils y contribuer et y trouver leur compte ? Tel est l’enjeu du projet BioBrasil mené par le Centre de recherche et de conservation du zoo d’Anvers dans la forêt tropicale atlantique très fragmentée de Bahia (Brésil).

Réduite à seulement 7 % de sa surface initiale, la forêt tropicale atlantique le long de la côte brésilienne est fortement dégradée. Elle n’est plus qu’une mosaïque fragmentée de bois, de champs, de prairies et de plantations de cacao, pour la plupart des propriétés privées. Dans cette zone affectée, le tamarin-lion à tête dorée doit tenter de survivre. Il s’agit justement de l’une des espèces auxquelles la Société royale de zoologie d’Anvers (SRZA) – qui chapeaute les zoos d’Anvers et de Planckendael – porte un intérêt particulier. Au sein du réseau de zoo européens (EAZA), la SRZA a même pris en charge le programme d’élevage de ce singe unique et menacé.

 

De grands arbres

Le zoo a jugé important d’acquérir dans la nature davantage de connaissances sur cette espèce et ainsi élaborer des actions efficaces en matière de conservation. Comme dans le cadre du Projet Grands Singes au Cameroun, le volet recherche du projet se combine avec un plan d’action pour la protection des tamarins-lions à tête dorée et de leur habitat. Dans ce but, le zoo a lancé le projet BioBrasil à Bahia (Brésil) en 2002. Une équipe dirigée par la chercheuse Kristel De Vleeschouwer (Centre de recherche et de conservation du zoo d’Anvers) veut comprendre les facteurs influençant la survie de cette espèce. Kristel et son équipe cherchent des réponses à plusieurs questions. Comment une colonie de tamarins-lions à tête dorée se forme-t-elle ? De quels aliments ont-ils besoin et où les trouvent-ils ? À quoi ressemblent leurs nids ? Quel est l’impact de la fragmentation et du déboisement sur leur mode de vie ? Quels sont les conflits dans les régions agricoles qui compliquent la cohabitation de l’homme et du tamarin-lion à tête dorée, et comment peut-on les résoudre ?

L’étude montre, entre autres, que les plantations de cacao – en plus de protéger les forêts vierges – revêtent également une grande importance pour cet animal. « À Bahia, les cacaoyers sont cultivés à l’ombre d’arbres locaux. Car pour la mise en place de ce type de  plantation, seul le sous-bois disparaît et les grands arbres demeurent », déclare Jiska Verbouw, spécialiste en communication scientifique de la SRZA. « Ce type de plantations est appelé cabruca par la population locale. Elle génère un cacao au goût spécifique très apprécié, typique de la région. L’abattage du sous-bois et non des grands arbres permet de conserver partiellement la structure initiale de la forêt, essentielle à la survie des tamarins-lions à tête dorée. »

Des études avaient déjà révélé que les tamarins-lions à tête dorée pouvaient survivre dans ces plantations de cacao de type « cabruca ». « Ils trouvent suffisamment de nourriture dans les grands arbres », affirme Zjef Pereboom, chef du centre de recherche de la SRZA. « Ils se nourrissent d’insectes, de graines et de fruits trouvés sur des bromélias qui poussent sur les arbres. Les cavités dans les arbres constituent l’endroit idéal pour construire des nids. »

 

L’aspect gagnant-gagnant est typique de tous nos projets. La population en tire profit – par l’accroissement des revenus ou de la sécurité – et la nature est mieux protégée.

Jiska Verbouw

Sensibilisation

Les habitants de Bahia peuvent donc tirer des revenus des plantations de cacao sans que le tamarin-lion à tête dorée en pâtisse. Malheureusement, même ce type de plantation n’offre pas de garanties. Dans les années 1980, une infection fongique a fortement endommagé la culture du cacao, entraînant une chute spectaculaire de son prix. Les cultivateurs se sont par conséquent tournés vers d’autres cultures ne nécessitant pas la présence de grands arbres, avec des conséquences évidentes pour les habitants de ces derniers.

C’est pourquoi BioBrasil met fortement l’accent sur la sensibilisation des communautés locales en vue d’une meilleure coopération. L’équipe de Bahia entretient des contacts étroits avec la population locale. En 2016, une école a été fondée, où les enfants rencontrant des problèmes sociaux ou des difficultés d’apprentissage reçoivent un soutien supplémentaire en dehors des heures d’école normales pour des matières de base telles que les langues et les mathématiques. Une fois par semaine, ils suivent un cours spécifique d’éducation à l’environnement, un thème qui fait d’ailleurs office de fil rouge dans les autres cours. Dans un jardin scolaire spécial, les enfants apprennent à travailler sur les aptitudes sociales, la collaboration et le respect de la nature. En prenant soin des plantes locales, ils réintègrent la nature dans leur vie quotidienne. C’est ainsi qu’en 2018, BioBrasil a aménagé une pépinière et organisé un parcours d’apprentissage interactif à travers la forêt brésilienne en collaboration avec le programme Nature Connect de WAZA, qui vise à rapprocher les enfants et leurs familles de la nature.

 

Une fois par semaine, ils suivent un cours spécifique d’éducation à l’environnement, un thème qui fait d’ailleurs office de fil rouge dans les autres cours.

Enfants dans une classe
© KMDA - BioBrasil

BioBrasil sollicite également les agriculteurs locaux et l’ensemble de la communauté à s’investir dans ce projet. Des ateliers pratiques leur permettent de comprendre les techniques agricoles biologiques et de les appliquer dans leur (propre) propriété, pour ainsi concilier activité économique agricole et nature. « L’utilisation d’engrais naturels et la plantation d’arbres locaux associée à des cultures telles que les arbres fruitiers (bananiers,…) – mode d’exploitation portant le nom d’« agroforesterie » – constituent des moyens d’atteindre cette complémentarité. Ces techniques permettent d’imiter la stratification de la forêt », affirme Verbouw. « Dans la propriété d’un agriculteur ayant pris part au projet, une plantation de cacao durable côtoie une plantation traitée avec des engrais chimiques et des pesticides. La qualité du sol et la taille des fruits étaient nettement supérieures dans la plantation durable, une preuve naturellement très convaincante qui a incité d’autres agriculteurs locaux à se tourner vers l’agriculture durable. »

Le programme BioBrasil est entièrement exécuté par une solide équipe brésilienne dirigée depuis Anvers par Kristel De Vleeschouwer. Comme pour le PGS, ce projet sera, à terme, totalement délégué aux Brésiliens. « L’aspect gagnant-gagnant est typique de tous nos projets », conclut Verbouw. « La population en tire profit – par l’accroissement des revenus ou de la sécurité – et la nature est mieux protégée. »

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