De 0 à 210 000 dollars

Jasmine Mushi - Rikolto
17 octobre 2018
Des agriculteurs tanzaniens construisent leur avenir sur la culture des fruits et légumes
 
Rikolto (Vredeseilanden) aide les agriculteurs tanzaniens à répondre à la demande croissante de fruits et légumes frais. Jasmine Mushi, conseillère en agroalimentaire chez Rikolto en Afrique de l’Est, nous en parle.

 

En Tanzanie, l’horticulture est le secteur agricole qui connaît la croissance annuelle la plus rapide avec un taux de 9 à 13 %. L’un des groupes que nous avons soutenus ces quatre dernières années a créé, à partir de rien, une organisation de plus de 700 agriculteurs générant un chiffre d’affaires annuel de 210 000 dollars. Cette organisation s’appelle « Muungano Wa Vikundi Vya Horticulture », MUVIKHO en abrégé. C’est leur histoire que je veux partager aujourd’hui.

Je suis fière de faire partie de ce processus et je me réjouis particulièrement  de l’opportunité offerte à 320 femmes et 280 jeunes de mieux rentabiliser leur travail car ces groupes sont souvent exclus. Les défis à relever restent nombreux, mais MUVIKHO fonctionne bien et les agriculteurs en récoltent les fruits.

 

Jasmine Mushi - Conseillère en agroalimentaire

Portrait de Jasmine Mushi
© Rikolto

MUVIKHO englobe plusieurs groupes de producteurs de légumes. Cette organisation faîtière en compte aujourd’hui 15 qui travaillent les terres situées en haute et en basse altitude dans les environs d’Arusha. Cette diversité leur permet de proposer une variété de légumes sur les marchés locaux et d’exportation.

Rikolto (Vredeseilanden) a apporté son soutien à MUVIKHO dès sa fondation en 2012. Notre équipe a contribué à l’élaboration de ses plans d’entreprise pour lui permettre de conquérir les marchés locaux et d’exportation. Nous nous concentrons sur les fruits de la passion, les pois et les haricots verts. La demande pour ces produits augmente fortement.

Nous avons également aidé MUVIKHO à devenir fournisseur de services auprès de ses membres. L’organisation a commencé par offrir un soutien agro-technique, et propose désormais aussi une aide au niveau de la commercialisation et de la signature des contrats.

La demande de fruits et légumes est très élevée, mais la production coûte cher. Rikolto nous a aidé à gérer ces risques en améliorant les connaissances de nos agriculteurs et en nous soutenant dans la recherche d’un capital de départ.

 

Jeremia Thomas Ayo - MUVIKHO

La certification GlobalGAP a changé la donne

Un changement important a eu lieu en août 2016, lorsque MUVIKHO a obtenu sa propre certification GlobalGAP, une sorte de label garantissant la sécurité alimentaire (Good Agricultural Practice). Auparavant, ils vendaient leurs produits exclusivement à l’entreprise exportatrice qui sponsorisait leur certification GlobalGAP. L’entreprise, en tant que propriétaire de la certification, dictait toutes les conditions : prix, volumes, calendriers de production. À présent, l’organisation possède sa propre certification et n’est dès lors plus liée à un seul acheteur. MUVIKHO peut collaborer avec plusieurs exportateurs et détermine elle-même lequel offre les meilleures conditions.

Lorsque les agriculteurs ont eu connaissance des nouveaux débouchés commerciaux et des services fournis par MUVIKHO, un nombre croissant de ces exploitants ont formé leur propre groupe afin de rejoindre l’organisation qui a donc connu une croissance rapide et ne cesse de progresser. Aujourd’hui, elle est considérée comme le mouvement par excellence des producteurs de fruits et légumes.

 

Des défis…

Aujourd’hui, les gens considèrent naturellement MUVIKHO comme une véritable réussite. Toutefois, il s’agit de ne pas oublier que les membres de l’organisation ont dû relever de nombreux défis. En premier lieu, ils ne savaient pas quelles cultures choisir. Ils se concentrent désormais sur les cultures présentant des débouchés commerciaux prometteurs. Notre équipe Rikolto les a aidés à analyser le marché. Ensuite, nous avons invité des experts en agronomie à Arusha. Certains venaient même du Kenya, étant donné que certaines cultures telles que les fruits de la passion n’ont été que récemment introduites en Tanzanie.

Par la suite, MUVIKHO s’est progressivement lancée dans les affaires sans prendre trop de risques. Je les ai aidés à mettre en place leur modèle économique et à élaborer un plan d’entreprise quinquennal. Ils ont mis une partie de ce plan en œuvre, et notamment le développement d’un système permettant d’évaluer le niveau de qualité des légumes et fruits en leur attribuant une note de manière à répondre aux attentes des acheteurs internationaux. À présent, ils veulent tirer parti de leur parcours et de leur plan d’entreprise afin d’obtenir des prêts bancaires et ainsi aider davantage d’agriculteurs à les rejoindre. L’accès au capital constitue l’une des principales difficultés auxquelles ces derniers sont confrontés.

Récemment, j’ai rendu visite à un des groupes d’agriculteurs les plus isolés qui commercialisent leurs produits grâce à MUVIKHO : Umoja Machimer. Il compte 48 membres et les agriculteurs cultivent des pois mange-tout de la variété Sugar Snap (des pois frais à la saveur douce), des haricots et d’autres légumes-feuilles. Les collines offrent un cadre merveilleux, mais ces agriculteurs doivent faire face aux plus grands défis. Ils doivent emprunter des routes impraticables en cas de pluie, ils sont mal approvisionnés en électricité et n’ont pas accès à l’eau courante ni aux transports en commun.

Malgré ces circonstances, nous leur avons permis de créer une entreprise prospère. Ils produisent des pois mange-tout commercialisés dans les supermarchés aux Pays-Bas, en Belgique et au Royaume-Uni. En outre, ils cultivent des légumes-feuilles destinés au marché du frais et aux supermarchés locaux.

La croissance rapide de MUVIKHO montre que les agriculteurs cherchent une organisation qui sert leurs intérêts et ouvre de nouvelles perspectives. MUVIKHO a su attirer les agriculteurs grâce à la qualité de ses services et à sa faculté à accroître leur pouvoir de marché.

Jeune paysan montre deux gros brocolis
© Rikolto

… à la réussite

La clé ? Eh bien, nous avons tout d’abord rémunéré MUVIKHO pour recruter un agronome, chargé de former les agriculteurs à la conservation des données, aux bonnes pratiques agricoles et au classement des produits. Ensuite, nous avons aidé Umoja Machimer à négocier de meilleurs contrats. Enfin, lorsque les liens entre Umoja et MUVIKHO se sont renforcés, cette dernière a pu procéder à la négociation des contrats en son nom. Aujourd’hui, MUVIKHO verse elle-même la rémunération de l’agronome grâce aux revenus découlant des services fournis à ses membres. C’est un grand pas en avant.

À mes yeux, cette avancée marque le début d’un projet de plus grande ampleur : la croissance rapide de MUVIKHO montre que les agriculteurs cherchent une organisation qui sert leurs intérêts et ouvre de nouvelles perspectives. MUVIKHO a su attirer les agriculteurs grâce à la qualité de ses services et à sa faculté à accroître leur pouvoir de marché. Une bonne connaissance du secteur économique leur permet désormais de choisir leurs collaborateurs. Ils peuvent établir des relations à la fois avec les commerçants locaux et les exportateurs. Les négociations ont lieu à chaque saison, c’est-à-dire 2 à 3 fois par an, ce qui leur permet, si nécessaire, de changer d’acheteur. Par conséquent, les agriculteurs de MUVIKHO livrent leurs produits dans de bien meilleures conditions.

Je suis confiante en l’avenir des agriculteurs avec lesquels je travaille, étant donné que l’horticulture offre actuellement de nombreuses possibilités. La coopération avec les agriculteurs de MUVIKHO constitue une grande source de satisfaction. Les agriculteurs et agricultrices travaillent avec beaucoup de sérieux et ce professionnalisme permet un développement rapide.

Jasmine Mushi - Conseillère en agroalimentaire

Les chiffres indiquent une augmentation des ventes et des profits. Dans le passé, le nombre très élevé de légumes refusés par les acheteurs a posé un gros problème. Durant la saison des pluies, le taux de refus pouvait atteindre 50 %. Les retards dans le transport engendrés par la présence de boue sur les routes avaient des conséquences dramatiques sur la qualité des produits. Lorsque l’offre était élevée au début de la saison, les acheteurs prétextaient mille excuses pour justifier que les légumes ne répondaient pas à leurs normes de qualité : trop mûrs, couleurs étranges, mauvaise taille des cosses,… En outre, certains ne voulaient même pas restituer les produits en question.

À cause de cette situation, les agriculteurs ont subi de grandes pertes et certains ont dû cesser leurs activités. Nous avons donc soutenu la construction de hangars équipés de systèmes de refroidissement au charbon, où les légumes sont préalablement triés en fonction de leur qualité. Ces systèmes permettent d’éviter les pertes causées par les longs trajets entre les fermes et les chambres froides des exportateurs. Grâce à cette méthode, le pourcentage de refus est passé de 25 % en 2013 à 5 % en 2017.

 

Deux mains prennent un paquet de haricots dans le rayon légumes d'un supermarché
© Rikolto

En se tournant vers les marchés d’exportation extrêmement exigeants, les agriculteurs ont beaucoup appris sur la façon d’atteindre et de conserver une norme de qualité déterminée. Ces marchés leur ont fourni un revenu supplémentaire indispensable. Par ailleurs, les exportations se font par voie aérienne, ce qui bien entendu génère une forte émission de CO2. Le transport maritime n’est pas une option puisque les légumes pourrissent lors des longs trajets. Pour rendre MUVIKHO vraiment durable, nos collègues encouragent les agriculteurs à cibler de nouveaux marchés dans la région, où les consommateurs exigent également une haute qualité et sont prêts à y mettre le prix.

Quelques chiffres

 

  • Le chiffre d’affaires annuel de MUVIKHO s’élève à plus de 210 000 dollars.

 

  • MUVIKHO a conclu 10 contrats de vente avec 8 entreprises depuis l’obtention de la certification GlobalGAP : Serengeti Fresh, Mara Farming, Proxy Fresh, Frigoken, Homeveg, Flamingo, AXZ Ltd et Seedco Companies.

 

  • L’organisation se focalise sur les denrées très prisées, à savoir les fruits de la passion, les pois et les haricots : elle a vendu 232 tonnes de haricots verts et 52 tonnes de pois aux exportateurs ; les supermarchés locaux ont acheté 10 tonnes de légumes.

 

  • Nombre de membres : création en 2012 – 817 membres en 2017.

 

  • Les jeunes constituent la majorité des horticulteurs : 280 membres de MUVIKHO ont moins de 35 ans.

 

  • Les taux de refus sont passés de 25 % en 2013 à 5 % en 2017.

 

  • En 2016, la forte concurrence entre les entreprises pour décrocher des contrats avec MUVIKHO a entraîné une augmentation de 20 % du prix des pois et haricots verts payé par les entreprises exportatrices.

 

  • En moyenne, le revenu des agriculteurs a augmenté de 500 dollars par an.

 

Tanzanie Agriculture Entreprenariat
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