De la migration à l’entrepreneuriat, un avenir pour le Sénégal

Romain Guns
24 septembre 2018
Comme beaucoup le savent déjà, le Sénégal à l’instar de bon nombre de ses voisins, est aujourd’hui en proie à une forte migration meurtrière.  Pour contrer ce phénomène inconscient, de multiples initiatives de terrain tel que le projet PARERBA de l’agence belge pour la coopération au développement (Enabel) voient le jour dans le pays.

Comme s’interroge, lors d’une interview au journal De Tijd, Aida Seck, une jeune sénégalaise diplômée de l’Université de Paris : « Comment le Sénégal peut-il devenir un pays prospère si tout le monde le quitte ? »

En effet, la migration constitue l’un des problèmes majeurs dans la zone du Bassin arachidier.  Aveuglés par des idées préconçues au sujet d’argent facilement et rapidement gagné sur le vieux continent, presque tous les jeunes sénégalais veulent aller en Europe, parfois même au péril de leur vie. Pourtant, l’économie sénégalaise ne se porte pas mal, bien au contraire. Cette dernière atteint en effet une croissance de 6 à 7 % chaque année mais ne suit malheureusement pas la croissance démographique. Pour les jeunes de moins de 25 ans qui sont prêts à tout, migrer vers l’Europe reste, un moyen de vivre une vie plus confortable que celle des générations précédentes, quitte à subir maltraitances, emprisonnements, humiliation ou abus.

Certains pourtant ont récemment adopté une nouvelle philosophie : investir dans leur pays pour le rendre meilleur. Telle est la politique nationale de migration du Sénégal (PNMS), conçue en cohérence avec la vision du Plan Sénégal émergeant, (PSE) afin de faire du Sénégal - un pays - phare dans la solidarité et l’Etat de droit d’ici 2025. Une gouvernance efficace des questions migratoires et une maximisation des bénéfices de la migration peuvent en effet mener à un développement durable. Cependant, les inégalités profondes de développement entre pays, l’insécurité structurelle dans certaines régions, le chômage et la pauvreté restent des facteurs qui alimentent les processus migratoires divers.

Le phénomène migratoire restera une tendance lourde de notre époque ainsi qu’une équation complexe et multidimensionnelle qu’il faudrait appréhender avec lucidité aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. 

Direction générale de la planification et des politiques économiques (DGPPE)

Conscientisation

C’est pour cette raison que des associations comme « Saloum Rapatak » conscientisent la population aux dangers de la migration. Lutter contre la désinformation et sensibiliser aux risques que comporte l’exil figurent parmi ses objectifs. Il existe en effet un grand manque d’informations au sein de la population sénégalaise sur les dangers de la migration mais aussi sur les différentes opportunités qui s’offrent à elle au pays. L’objectif est en effet que les Sénégalais restent chez eux et investissent dans leur propre pays. On peut y travailler la terre, exercer l’élevage, y faire pousser des arachides, du maïs ou encore du millet. Il est important à ce jour que les jeunes connaissent la réalité de l’exil et qu’ils sachent qu’une perspective d’avenir au Sénégal est possible !

C’est comme cela qu’a vu le jour le projet « PARERBA » ou « comment réussir ici … , chez-soi… » Signée entre Enabel (l’agence belge pour la coopération au développement) et l’Union européenne, cette convention de financement de 18 millions d’euros permet la réalisation d’actions destinées à répondre aux différents défis de la migration irrégulière et des déplacements forcés. Ce projet d’horticulture emploie, par exemple, plus d’une centaine de villageois dans le village de Keur Samba Gueye cultivant oignons, laitue, tomates ou encore aubergines  sur leur parcelle personnelle. En freinant l’émigration rurale et en augmentant les opportunités économiques, le projet s’appuie sur deux axes stratégiques : l’augmentation de la production et de la productivité des exploitations agricoles et la promotion de l’entrepreneuriat rural des jeunes dans les zones d’intervention. Le projet en question devrait faciliter l’accès à la formation qualifiante et professionnelle et au financement des projets productifs. Notons qu’en plus des investissements agricoles, le projet PARERBA a également mis en œuvre avec son partenaire technique l’Agence Nationale du Conseil Agricole et Rural (ANCAR) le dispositif « Champs Ecole Paysans ». Celui-ci permet en effet aux jeunes producteurs d’intégrer de nouveaux savoir-faire et compétences agricoles.

En freinant l’émigration rurale et en augmentant les opportunités économiques, le projet s’appuie sur deux axes stratégiques : l’augmentation de la production et de la productivité des exploitations agricoles et la promotion de l’entrepreneuriat rural des jeunes dans les zones d’intervention.

Deux femmes sont en train de peser une quantité de céréales.

En conclusion, de meilleures connaissances territoriales et socio-économiques du Sénégal ainsi que des modalités de coopération entre les différentes parties prenantes sont  nécessaires. Il est important aujourd’hui d’investir dans la formation des jeunes et c’est ce que l’agence belge veut avant tout stimuler au Sénégal avec ses projets. Ces derniers visent les groupes de jeunes éduqués afin de les pousser à investir dans leur pays, et cela en vue d’un avenir meilleur. Il faut miser sur les nombreux retours de migrants depuis des pays européens et de la sous-région car cette diaspora est, selon beaucoup, porteuse d’initiatives de développement pour leurs terres d’origine.

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