De l’argent liquide pour les personnes dans le besoin, ça fonctionne!

Chris Simoens
04 avril 2018
Fournir de l’argent liquide à ceux qui sont dans le besoin est un concept qui a le vent en poupe. Des années d’évaluations ont montré que les inconvénients ne l’emportent pas sur les nombreux avantages. La Belgique contribue elle aussi à cette initiative.

 

Donner de l’argent liquide aux personnes dans le besoin n’a rien de nouveau. Déjà dans les années 1960, des organisations rémunéraient des personnes en échange de leurs services, par exemple pour avoir participé à la construction d’une route. Ce système portait le nom d’« argent contre travail » (cash for work). Toutefois, ce n’est que depuis le début de la crise syrienne en 2011 que l’utilisation d’argent liquide a vraiment commencé à s’intensifier dans le secteur humanitaire. Comme le confirme Mamta Khanal Basnet, spécialiste en interventions monétaires e gestionnaire de projet auprès de CashCap, un projet spécialisé du Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC): « En 2006, seulement 6 % de l’aide humanitaire était fournie sous la forme d’argent liquide, alors que ce pourcentage s’élevait à 10,3 % en 2016 et est aujourd’hui encore en augmentation. »

D’ici 2020, la Belgique vise à offrir 30 % de son aide humanitaire en espèces. Faire plus souvent appel à ce principe est d’ailleurs une idée que l’on retrouve aussi dans le « Grand Bargain », un plan en dix points élaboré en 2016 afin d’accroître l’efficacité de l’aide humanitaire. À chaque intervention, la Belgique posera les questions suivantes : « Pourquoi pas de l’argent liquide ? Si ce n’est pas maintenant, quand ? » La décision de ne pas utiliser de l’argent liquide devra alorsfaire l’objet d’une justification détaillée.

« En 2006, seulement 6 % de l’aide humanitaire était fournie sous la forme d’argent liquide, alors que ce pourcentage s’élevait à 10,3 % en 2016 et est aujourd’hui encore en augmentation. »

 

Mamta Khanal Basnet

Mamata Khanal Basnet
© NRC

Principe de l’innocuité

Quels sont les avantages de l’argent liquide ? Comme l’explique Mamta Khanal Basnet : « Lorsque vous donnez de l’argent aux gens, vous leur offrez de la dignité et des opportunités parce qu’ils peuvent décider d’eux-mêmes ce qu’ils veulent acheter. Lorsque vous leur donnez des biens, ce que vous leur dites est en fait : nous estimons que vous avez besoin de ceci et vous devez l’accepter. De plus, avec l’argent liquide, c’est beaucoup plus simple : vous ne devez pas transporter de biens – ni de nourriture, ni de matériel –vous n’avez pas besoin d’espace de stockage, etc. Mais surtout, vous soutenez directement les marchés locaux, puisque les bénéficiaires achètent sur place ce dont ils ont besoin. »

Lorsque vous distribuez de l’argent liquide, vous pensez naturellement aussi à des inconvénients : les bénéficiaires achèteront-ils de l’alcool ou des articles luxueux inutiles ? Et comment garantir que la bonne personne recevra l’argent ? D’après Mamta Basnet, des années d’évaluations ont montré que les gens dépensent généralement l’argent pour acheter des biens utiles. Il ajoute : « Nous examinons attentivement la situation avant de décider de donner de l’argent liquide. Par conséquent,, nous ne donnerons bien sûr pas d’argent si les biens sont introuvables au niveau local. Nous voulons également nous assurer que nous ne nuisons pas : c’est le principe de l’innocuité (do no harm). C’est pourquoi nous ne donnons pas d’argent lorsque le risque d’exploitation ou de violence domestique est trop grand, comme par exemple un excès de colère si le mari a des problèmes d’alcoolisme. Cela a été le cas en Grèce, où il a fallu un certain temps avant que les réfugiés ne reçoivent de l’argent liquide. En effet, il y avait un vrai risque que l’argent tombe entre les mains de passeurs. »

Souvent, les organisations humanitaires octroient l’argent sous la forme de bons cadeaux, dont les nécessiteux ne peuvent se servir que pour acheter des articles spécifiques.

 

Nous examinons attentivement la situation avant de décider de donner de l’argent liquide. Par conséquent,, nous ne donnerons bien sûr pas d’argent si les biens sont introuvables au niveau local. Nous voulons également nous assurer que nous ne nuisons pas : c’est le principe de l’innocuité (do no harm).

Western Union

Pour éviter les vols, les organisations humanitaires préfèrent ne pas donner l’argent directement aux bénéficiaires, qui doivent généralement se rendre à une agence locale. En l’absence d’une véritable banque, on sollicite des entreprises spécialisées dans les transferts de fonds à l’échelle mondiale comme l’agence Western Union ou Hawala au Moyen-Orient. Mamta Basnet explique : « Admettons qu’une famille avec 5 enfants installée dans un camp de réfugiés syrien du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a droit à une aide. Le chef de famille retirera son argent avec sa carte d’identité du HCR dans un bureau de Hawala, qui a reçu des instructions sur ce que cette personne peut recevoir. Si nous jugeons que le risque de hold-up est trop élevé, nous aurons tendance à ne pas vouloir donner trop d’argent en une seule fois. Nous allons alors préférer 250 euros en deux fois plutôt que 500 euros d’un seul coup. : Naturellement, la présence de distributeurs automatiques dans les banques facilite la distribution. »

Les organisations humanitaires s’adaptent donc aux disponibilités locales. En Jordanie, par exemple, elles travaillent de façon assez sophistiquée en identifiant les individus par un scanner de l’iris et en utilisant des cartes bancaires. Dans les pays difficiles tels que le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, la Somalie, le Yémen et la Syrie, il est également possible d’utiliser des systèmes locaux de transfert de fonds. L’argent liquide constitue donc un instrument important pour rendre l’aide d’urgence plus efficace, même si l’on ne peut y avoir recours partout.

La Belgique opte pour l’argent liquide

 

Les besoins humanitaires ne font qu’augmenter à travers le monde. C’est pourquoi la Belgique désire œuvrer en faveur d’une aide plus efficace, un objectif qu’elle pourrait atteindre notamment grâce à l’innovation. En 2018, notre pays investira 20 millions d’euros dans des programmes innovants. Ce montant sera destiné à des projets tels que le « CashCap » du Conseil norvégien pour les réfugiés. Le CashCap a acquis une expertise colossale dans l’utilisation d’argent liquide en situation de crise humanitaire. Pour cela, la Belgique soutient la formation d’instructeurs et permet à CashCap de mobiliser ses experts à la demande d’organisations humanitaires telles que l’UNICEF et Oxfam qui ne possèdent pas encore suffisamment d’expertise pour fournir de l’aide sous la forme d’argent liquide.

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