Déconstruire les préjugés par l'inclusion et la rencontre au Bénin

Arturo Biglia
06 novembre 2019
En juillet 2019, un groupe de 14 Belges, dont 4 en situation de handicap mental, s'est rendu au Bénin pour rencontrer un groupe de jeunes béninois. Arturo, personne accompagnante, a raconté à Glo.be ce voyage quelque peu particulier.

 

Qui ?

Arturo, jeune volontaire pour l’ASBL ‘Gratte’.

 

Quoi ?

Arturo est parti au Bénin comme personne accompagnante lors d’un séjour organisé par l’ASBL ‘Gratte’.

 

Pourquoi ?

Pour permettre à des jeunes en situation de handicap mental de réaliser un voyage qu’ils n'auraient pas pu réaliser de manière autonome.

L’inclusion de la personne en situation de handicap et la rencontre interculturelle, un mélange aussi détonnant qu’étonnant ! Les ingrédients : 14 Belges, dont 4 en situation de handicap mental, et une vingtaine de jeunes correspondants béninois. Le résultat final : une double déconstruction des préjugés et un voyage inoubliable !

Jeremy est chargé d’animation et de promotion d’activités de loisirs pour jeunes adultes valides et moins valides à l’ASBL ‘Gratte’. Sa proposition de partir en tant que « personne accompagnante » avec ‘Gratte Brabant Wallon’ au Bénin pendant 18 jours m'a très vite séduit... Un tout nouveau concept de voyage pour moi qui n’avais encore jamais vécu une telle expérience. Le projet Gratte, c’est d'être tous sur un même pied d’égalité. Nous ne partions donc pas pour Yves, Sophie, Arnaud et Vanessa, mais bien avec eux : une manière de permettre à ces derniers de réaliser un voyage qu’ils n'auraient pas pu réaliser de manière autonome, mais auquel ils ont pourtant autant droit que tout un chacun.

Dès les fonds récoltés (via une vente de chaussettes, un crowdfunding de CAP48 fructueux, même si parfois controversé, et un subventionnement du Bureau International Jeunesse) et notre foi en l’humanité retrouvée - ou confirmée, selon les points de vue - nous voici donc en route vers ‘Carrefour Jeunesse’, à Comé, au Bénin. Ce centre met en place des échanges interculturels entre jeunes Belges et Béninois.

 

Les Écureuils béninois

Les jeunes de Comé sont souvent en manque cruel d’animation et de loisirs. Raison pour laquelle le centre organise de multiples activités sportives et culturelles afin de les divertir et de les sensibiliser On y joue de la musique, on y danse, on y dessine, on y coud, on y rap, et j’en passe, mais surtout… on y joue au foot, sport qui aura une nouvelle fois prouvé ses valeurs universelles ! Et pas question de laisser les filles de côté. Ce furent d’ailleurs nos Belgian Red Flames qui sauvèrent l’honneur de notre nation en gagnant leur match après notre cuisante défaite contre les Écureuils béninois. Mais peu importait les scores finalement, car la glace était brisée, et donc la victoire remportée de chaque côté.

Concrètement, nous prîmes part à une série d’activités - qu’il m’est malheureusement impossible de toutes citer - variant entre visites et immersions totales, la plupart du temps accompagnés de nos correspondants béninois, rapidement devenus de véritables amis. Dès la première activité, en balade dans la ville, on nous apprît rapidement que l’on peut obtenir beaucoup, juste avec un sourire. En mission de négociation au marché, un des lieux les plus animés de la ville, où un brouhaha constant s’élève de centaines d’échoppes de fortune, Yves dût reconnaître que c’était fort différent de ce qu’il avait connu jusqu’alors, et qu’il y avait plus de monde qu’à celui de Nivelles.

Deux femmes vendent des tissus au marché
© Arturo Biglia

Vis ma vie

Les surprises furent nombreuses, incalculables même, la grande majorité du groupe n’ayant jamais mis les pieds sur le continent africain. Mais les chocs – culturels et autres – furent eux amortis par nos amis béninois, pour la plupart habitués à ce genre de rencontres. Chez ces derniers, nous eûmes même la chance de passer une journée ‘vis ma vie’, par groupe de deux ou seuls ; un moment des plus intimes qui en marqua plus d’un, du côté belge comme du côté béninois.

 

Diable Sachet

Quelle ne fût d’ailleurs pas ma propre surprise en découvrant que le thème de l’été de ‘Carrefour Jeunesse’ n’était autre que ‘Zéro Déchet’, moi qui avais tendance à qualifier la conscience écologique comme un luxe presque exclusivement réservé aux occidentaux. Les principales activités étaient donc axées sur le respect de l’environnement. Lors des événements « Diable Sachet », 100 francs CFA (0,15€) étaient offerts à toute personne ramassant 60 sachets en plastique, ces détritus jonchant tristement les rues par centaines de milliers. L’intention est excellente et on ne peut plus louable, mais bien évidemment insuffisante pour nettoyer plusieurs décennies d’amas de déchets. Cependant, ce type d’opération permet d’au moins effleurer la mentalité des enfants, et l’on se permet de secrètement espérer un changement d’attitude pour l'avenir, comme pour tout geste écologique citoyen.

 

Route des esclaves

Il n’était bien entendu pas question de quitter la région sans visiter la fameuse ‘route des esclaves’, circuit mémoriel correspondant à l’un des principaux centres de vente d’esclaves à la fin duquel s’élève une immense arche sur la plage, telle la porte des enfers symbolisant le passage de la vie à un calvaire éternel. Remplie d’histoires de torture, de désespoir et de processus de déshumanisation totale, cette visite nous fit froid dans le dos, mais nous sembla indispensable comme tout devoir de mémoire.  

Arturo et un autre participant avec des enfants de l'orphelinat
© Arturo Biglia

Orphelinat

Si toutes ces activités furent couronnées de succès, ce fût notamment grâce aux membres de Carrefour Jeunesse, de jeunes adultes passionnés et dévoués à l’animation et la sensibilisation de la jeunesse béninoise, ainsi qu’à la rencontre interculturelle. L’un d'eux nous confia qu’il raffolait d’accompagner les groupes de visiteurs belges à l’orphelinat, activité récurrente dans les programmes. Prévue une ou deux fois dans notre programme, certains d’entre nous s’y rendirent une troisième et même une quatrième fois tant l’apport, pourtant si minime à nos yeux, semblait grand à ceux des orphelins. Habitant dans un endroit des plus isolés, extrêmement difficile d’accès et sans aucun doute sous-subventionné, nous nous rendîmes rapidement compte que ces enfants étaient tant en manque d’affection, que de loisirs. Peindre les murs de leur école, les porter à bout de bras ou sur nos épaules, ou encore jouer à divers jeux avec eux pendant quelques heures a semblé leur apporter plus que nous ne l’aurions jamais imaginé avant notre première visite.

3 petits enfants sur un chemin en pleine nature
© Arturo Biglia

Des liens étroits

En un peu plus de deux semaines, des liens étroits se sont tissés, non seulement au sein de notre groupe quelque peu extraordinaire, mais aussi avec nos amis béninois, fussent-ils correspondants, organisateurs ou simplement membres de Carrefour Jeunesse. La plupart de nos jeunes correspondants, âgés entre 15 et 20 ans, nous firent part de leur rêve d’un jour, à leur tour, venir découvrir notre pays. Qui en aura l’opportunité ? Tous, je l’espère, car la rencontre interculturelle est exceptionnelle. Elle n’a selon moi rien à envier au tourisme dit classique, qui ne prend finalement sens que lorsque nous commençons à montrer un réel intérêt à la vie de ceux qui nous accueillent. Enfin, elle permet, à des degrés différents bien entendu, de se remettre en question de la manière la plus saine qui soit. Il en va de même pour l’inclusion de la personne en situation de handicap. Si j’ai qualifié plus haut notre groupe d’extraordinaire, nous aurions en réalité aimé que notre groupe soit plutôt ordinaire et représentatif d’une société qui ne met plus la personne en situation d’handicap de côté, comme c’est encore malheureusement trop souvent le cas.

Pour finir, je suis forcé d’avouer que si le projet Gratte est de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité, alors selon moi, nous avons lamentablement échoué ! En effet, Yves, Sophie, Arnaud et Vanessa nous ont tous surpassés en apportant à ce voyage une dimension touchante, énergisante et inoubliable. Et pour cela, je les en remercie.

Bénin Personnes handicapées
Retour au dossier
Imprimer
Dans la même catégorie - Article 2 /22 Une Belge à la tête de la Banque mondiale