Derrière les barreaux avec within-without-walls

Jan De Cock
22 novembre 2017
Depuis de nombreuses années déjà, Jan De Cock s'engage en faveur d'un régime carcéral plus humain, aussi bien au Sud que chez nous.

En 1987, je suis parti au Chili en tant qu'objecteur de conscience afin de travailler avec les enfants des rues, les sniffeurs de colle et les jeunes qui souffraient des conséquences de la dictature de Pinochet. Certains de leurs parents étaient des prisonniers politiques. C'est ainsi que j'ai fait mes premiers pas derrière les barreaux. Ce n'est que plus tard, lorsque beaucoup de jeunes ont eux-mêmes atterri en prison, que la taule est réellement devenue mon habitat naturel. J'allais encore errer quelques années (dans les mers du globe à bord d'un bateau hospitalier en Afrique de l'Ouest, avec les personnes âgées à Londres, parmi les orphelins palestiniens à Jérusalem, entre autres) ; j’étais toujours à la recherche d’hommes et de femmes derrière les barreaux.

Incarcération volontaire

Pourquoi mettre les gens en prison ? Qu’éveillent en moi les valeurs du bien et du mal ? Je souhaitais me rapprocher encore des détenus et gagner en crédibilité afin de pouvoir parler de ce thème au monde extérieur, pour inciter les gens à davantage d’empathie. Je me suis ainsi retrouvé à visiter 200 prisons, et à être incarcéré de manière volontaire dans la moitié d'entre elles. Un projet médical dans 7 prisons de Papouasie-Nouvelle-Guinée, sur lequel j'ai travaillé durant 3 semaines, m'a inspiré à œuvrer pour les malades également. Pendant plus de 10 ans, j'ai combiné ma fascination pour les prisons avec les soins palliatifs dans plusieurs hôpitaux de la province d'Anvers.

Within-Without-Walls

En 2005, j'ai passé un mois dans une prison congolaise. Il n'y avait pas d'eau courante, les toilettes étaient inexistantes et en deux semaines, aucune nourriture n'a franchi les portes de nos cellules. Cela a marqué le début de notre ASBL Within-Without-Walls. Durant 4 ans, nous avons collecté des fonds en Belgique et ailleurs dans le monde afin de développer une prison plus humaine. Cela n'a pas été une mince affaire, sachant que le thème des prisonniers n'est pas vendeur sur le marché social. Entretemps, la nouvelle prison du Nord Kivu, une province de l'Est de la République Démocratique du Congo, est devenue réalité. Tous les problèmes ne sont pas résolus, mais il y a de l'eau potable et des toilettes. Après avoir mis en place des programmes alimentaires, garanti l’approvisionnement en eau et continué à faire pression sur les autorités pour qu'elles cessent de tergiverser, Within-Without-Walls investit depuis quelques années dans la justice réparatrice. Il s'agit d'un système qui diffère de la justice pénale : au lieu de punir l'auteur, on se concentre sur la victime et sur la réparation du dégât causé par le délit.

 

En 2005, j'ai passé un mois dans une prison congolaise. Il n'y avait pas d'eau courante, les toilettes étaient inexistantes et en deux semaines, aucune nourriture n'a franchi les portes de nos cellules. Cela a marqué le début de notre ASBL Within-Without-Walls.

Success story

En tant que groupe de dialogue et de travail pour les coupables, les victimes et la société, nous découvrons progressivement que la réparation du dégât mène à un monde meilleur, et ce pour tous les protagonistes. La réparation au nom du bonheur n'est pas un projet naïf. Voici le témoignage d'un participant à notre atelier :

« Il y a presque 6 ans déjà, mon frère Robert a été assassiné. L'auteur a été condamné à 20 ans de réclusion. Je n'avais jamais entendu parler de la médiation victime-coupable, jusqu'à cette lettre que j'ai reçue en juillet 2014. Le coupable, de sa propre initiative, avait contacté une organisation afin d’entamer une procédure de médiation. Je n'ai pas compris tout de suite, mais ma curiosité était piquée à vif. Ma famille s'en est offusquée et a jugé son approche très inappropriée. Mais moi, j'ai accepté son offre. Un entretien a été organisé entre le coupable et moi-même à la prison. Le service de médiation a procédé par étapes. Mon avis et mes attentes ont été écoutés avec grande attention.  

Le coupable attendait déjà à une table lorsque je suis entré dans une salle de visite glaciale. Il s'est levé et m'a serré la main. Dans cette poignée de main, j'ai ressenti énormément d’émotions et de regrets : je savais que notre conversation se déroulerait bien. Le cérémonial du procès d'assises avait disparu. Nous avons discuté pendant près de deux heures et demie. La conversation était sereine et ouverte, nous en avions tous les deux grand besoin afin de poursuivre nos vies respectives et de se remettre de cet événement terrible qui nous liait. Je trouve que la médiation, et en particulier notre entretien, était le plus beau cadeau que le coupable pouvait m'offrir. Cela m’a permis de ne pas devenir aigri ou rempli d'amertume. Je crois fermement en la deuxième chance. Je peux le pardonner : mon chagrin ne se tarit pas, mais il est moins lourd à porter. »

www.prisoninfo.org

 

Jan De Cock

Qui ?

Jan De Cock    
Coopérant entre autres en Amérique latine et en Afrique, le coordinateur de Within-Without-Walls s’est fait incarcéré volontairement dans plus de 100 prisons.

Quoi ?

ASBL Within-Without-Walls (WWW) : un groupe de dialogue et de travail sur les détenus, les victimes, les ex-détenus et la société.

Pourquoi ?

WWW est contre les peines inhumaines, contre les tortures psychiques et physiques et contre la peine de mort. En s'engageant pour une politique pénitentiaire plus humaine, WWW souhaite contribuer dans le monde entier à l'amélioration des situations dégradantes dans les prisons et chercher des alternatives possibles à l'emprisonnement.

Droits de l'homme
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