Des agriculteurs aux prises avec des catastrophes climatiques

Aurélie Van Wonterghem
12 juillet 2018
Au Sénégal, le Fonds vert pour le climat permet à 45 000 familles de mieux se défendre face au changement climatique. La Belgique apporte également son soutien au fonds pour le climat.

Le changement climatique occasionne déjà des périodes de sécheresse extrême dans de nombreuses régions du monde. Les petits agriculteurs du Sud, tout particulièrement, méritent notre soutien. Le Fonds vert pour le climat (FVC) peut leur venir en aide. En effet, les Nations Unies ont créé ce fonds dans le but de diminuer les émissions de gaz à effet de serre des pays en développement et de les aider à s'adapter aux conséquences inévitables du changement climatique. La Belgique contribue également au FVC.

L'initiative « R4 Rural Resilience », lancée en 2011 par Oxfam America et le Programme alimentaire mondial (PAM), est l'un des projets que le FVC finance. Cette initiative offre aux agriculteurs davantage de réserves et une base financière plus solide. De cette manière, ils ne sont pas contraints de vendre leur bétail ou de retirer leurs enfants de l'école pour gagner leur vie après une mauvaise récolte par manque de pluie, par exemple. À ce jour, 45 000 familles d’agriculteurs vulnérables ont déjà bénéficié de cette aide au Sénégal, ce qui représente 405 000 personnes.

Il est en tout cas plus économique pour les agriculteurs de gérer leurs propres risques que pour la communauté internationale de faire face à une crise soudaine. L'initiative fait appel à un système que l'Occident tient pour acquis : une assurance. Il contient quatre composants.

Il est en tout cas plus économique pour les agriculteurs de gérer leurs propres risques que pour la communauté internationale de faire face à une crise soudaine.

Risk reduction (= réduction des risques)

Le risque se réduit si les agriculteurs réussissent à mieux gérer les ressources naturelles dont ils disposent tout en anticipant la production d'une réserve de nourriture. Cette réduction du risque passe, entre autres, par le renforcement des atouts communautaires (community asset building). Par exemple, les agriculteurs ont équipé leurs villages d'un meilleur système de stockage de l'eau et d'irrigation. Cette installation permet aux villages de disposer d'une réserve suffisante de nourriture et d'eau en cas de besoin. En échange du travail accompli, les pertes des agriculteurs en cas de catastrophe naturelle sont indemnisées, comme le fait une assurance. Munyange, un exploitant local, témoigne : « Ce fut un travail difficile, mais en fin de compte, nos fermes se développent de mieux en mieux. Cependant, nous voulons encore aller plus loin. »

 

Risk transfer (= transfert de risque)

À ce stade, les agriculteurs souscriront une assurance qu'ils peuvent obtenir grâce à leur travail communautaire. Même les fermiers les plus pauvres y auront accès à l'assurance grâce au travail qu'ils ont fourni. Le risque va donc « se déplacer » : d'un risque propre au moment de la catastrophe, on passe à un risque pour les compagnies d'assurance.

En renforçant leur indépendance financière, les agriculteurs peuvent désormais conserver une partie de leur récolte et attendre que le prix du marché soit plus favorable à la vente.

Une femme récoltant des grains
© WFP/Carla De Gregorio

Prudent risk taking (= prise de risque calculée)

Si l'assurance offre aux agriculteurs une plus grande stabilité financière, ils seront également plus à même de contracter des emprunts. C'était le cas de Mulata Atsbeha dont la sécheresse avait complètement anéanti la récolte. Elle ne lui avait pas même permis de nourrir ses animaux. Il a donc contracté un emprunt à un taux d'intérêt avantageux. Cet argent a permis à Mulata de lancer sa propre entreprise de négociant en peaux d'animaux. « Depuis, tout va bien pour moi », affirme Mulata. « Mon entreprise a prospéré, j'ai commencé à engranger des bénéfices et j'ai pu rembourser avant l'échéance l'argent emprunté jusqu’au dernier centime. »

 

Risk reserves (= réserve contre le risque)

Avant le lancement du projet, les agriculteurs vendaient leurs produits aux acheteurs le plus rapidement possible, souvent à un prix trop bas car ils ne disposaient pas d'un espace leur permettant de stocker leurs produits agricoles et, souvent, ils avaient besoin d'argent. En renforçant leur indépendance financière, les agriculteurs peuvent désormais conserver une partie de leur récolte et attendre que le prix du marché soit plus favorable à la vente. Les prix de vente plus élevés leurs permettent de faire plus de profits. Ils peuvent également utiliser leur réserve pour eux-mêmes si la récolte n'est pas fructueuse. Sur le plan financier, les agriculteurs disposent désormais d'un soutien plus solide sur lequel ils peuvent compter en cas de besoin.

Avec ces quatre composants, l'initiative R4 renforce la résilience des agriculteurs face aux catastrophes climatiques. Ce système stimule également le marché financier en permettant aux agriculteurs d'épargner davantage.

 

Sources:

https://www.oxfamamerica.org/explore/stories/when-the-rain-fails-access-to-credit-can-give-farmers-new-opportunities/

https://policy-practice.oxfamamerica.org/work/rural-resilience/r4/

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