Des livres sur les pirogues

Romain Guns
07 novembre 2018
Elozi Lomponda à crée « Des livres sur les pirogues » comme une association sans but lucratif active autant au Nord qu’au Sud. Au Sud, elle lutte contre l'exode rural en promouvant le droit à l’éducation des enfants riverains du fleuve Congo, et au Nord, elle promeut le vivre-ensemble ainsi qu'un dialogue Nord-Sud efficient.

Qui ?

Elozi Lomponda et son équipe

 

Quoi ?

L’association « Des Livres sur les Pirogues »

 

Pourquoi ?

Parce que c’est un projet touchant visant à lutter contre l’exode rural en renforçant la sécurité des jeunes enfants congolais riverains de fleuves, ainsi qu’à améliorer les conditions de leur apprentissage.

Accident avec pirogue

Au départ j’ai créé l’association « Des Livres sur les Pirogues car je me suis toujours dit qu’il fallait faire quelque chose d’important dans sa vie. Étant originaire d’Afrique et plus particulièrement de la République Démocratique du Congo, il m’a toujours semblé important, notamment pendant mes études, de trouver une façon d’aider la jeunesse africaine. Cette dernière ayant désespérément besoin d’aide et de soutien. 

Pour moi, la jeunesse est en effet quelque chose d’important : c’est l’avenir, le futur du continent. En commençant à travailler, j’ai entendu parler d’un naufrage de bateau au cœur d’un village nommé Mankanza, situé au nord de la RDC. Il s’agissait d’une petite embarcation, une pirogue avec à son bord 13 enfants dont 5 on périt. Cela m’a vraiment touché car parmi ces enfants, deux faisaient partie de ma propre famille. Il est important de savoir qu’entre 2011 et 2015, plus de 1000 enfants ont perdu la vie sur le chemin de l’école… Ces enfants étaient tellement jeunes ! Le plus âgé  avait 9 ans. C’était vraiment touchant et tellement problématique. Lorsque l’on a parlé de cela, la seule question me venant à l’esprit à l’époque fut : « Comment des enfants peuvent mourir sur le chemin de l’école ? »

J’ai eu, à la suite de cet événement tragique, l’envie d’agir. Je me suis alors rendue sur place. J’avais déjà eu l’occasion de parler autour de moi de mon intention d’y aller, et éventuellement de lancer un projet pour la jeunesse. Des amis motivés m’ont donc accompagnés.

Des élèves se rendent non accompagnés à l'école en pirogue
© Elozi Lomponda

Pagayer à vos risques

Arrivés sur place, nous avons réalisé que ce village de pécheurs était vraiment situé au cœur du fleuve Congo. Il est tout à fait bordé par le fleuve et est constitué d’une septantaines d’îles. C’est donc un archipel difficilement accessible. Après un vol vers Kinshasa, suivi d’un vol intérieur, il reste environs 8h de bateau avant de pouvoir arriver sur place, ce qui décourage nombre de personnes.

Plus nous nous rapprochions du village, plus nous croisions des enfants vêtus d’uniformes bleus et blancs, munis de petits cartables, sur des pirogues de fortunes, et surtout, sans adultes. C’est sûrement cela qui nous a le plus interpellés. C’est en discutant avec les enfants et leurs parents par après, que nous avons appris que ceux-ci pagayent en moyenne 45 minutes pour se rendre à l’école, car l’archipel compte un nombre restreint d’écoles par rapport au nombre de résidents et d’îles. Ceux-ci doivent donc pagayer vers l’école la plus proche au péril de leur vie, les parents ne pouvant se permettre de les accompagner. Ceci est réellement problématique pour deux raisons :

Premièrement, les parents, effrayés par le danger, choisissent de ne plus envoyer leurs petits à l’école. A peine 35 % des enfants en âge de scolarité vont à l’école dans la Province de l’Equateur où est situé Mankanza. Les conditions dans lesquelles les enfants font les trajets vers l’école sont déplorables : sans petit déjeuner, pagayant le matin, souvent à plus de 6 dans une pirogue de qualité médiocre. Ils suivent les cours dans conditions difficiles et reviennent de l’école aux heures où le soleil est au zénith et où la température est la plus élevée.

Après une enquête sur place, nous avons réalisé que 70% des enfants ne savent pas nager. Le fleuve Congo étant un fleuve très dangereux, même pour un bon nageur, ces enfants n’ont que très peu de chances de survivre en cas d’accident. Nous avons vraiment été interpellés par le fait que du lundi au samedi, quelque part dans ce monde, des enfants risquent leur vie pour aller à l’école.

Deuxièmement, l’exode rural entrainé par cette peur parentale. Les parents étant effrayés, choisissent de ne plus scolariser leurs enfants dans cette région, et les envoient vers de plus grands villages ou vers les villes. Ce phénomène asphyxie les centres urbains et entraine un exode rural devenant problématique pour la région en manque de jeunes et donc d’avenir.

C’est là que nous nous sommes dit qu’il fallait agir. Il faut permettre à ces enfants, à ces jeunes de rester dans leur village natal où ils pourraient se développer, s’épanouir sans les éloigner de leurs racines. C’est ainsi que la région pourra survivre, se moderniser et grandir.

Il était important pour nous d’utiliser la pirogue car celle-ci, dans la tradition africaine, reflète un partage, un transfert de connaissances d’une génération à une autre

Elozi Lomponda
Une classe de fortune inondée au bord du fleuve Congo.
© Elozi Lomponda

Écoles sur pilotis

Notre but est avant tout de lutter contre l’exode rural par la promotion du droit à l’éducation, et de permettre à ces enfants d’accéder à l’éducation en toute sécurité et en toute dignité.

Notre première ambition est de créer des écoles dites de proximités, sur pilotis, permettant aux îles sans écoles d’en avoir une, et de survivre aux montées semestrielles des eaux du fleuve. Cela demande des moyens importants dont nous ne disposons pas encore pour l’instant. Nous avons donc mis en place un partenariat pour un projet se situant à 66 km de Kinshasa, à Mosolo. Là-bas se trouve une école indigente de 225 élèves et qui a la  particularité d’accueillir des enfants d’autres rives. Nous y avons installé un puits d’eau afin d’améliorer les conditions sanitaires et la construction de toilettes y est actuellement en cours.

Ensuite, nous travaillons à la construction d’une embarcation scolaire. Il s’agit d’un bateau scolaire de 50 places, au même titre que les bus scolaires en Europe ou ailleurs, permettant aux enfant de se rendre en toute sécurité à l’école et en étant encadrés par plusieurs adultes. Le port du gilet de sauvetage y  sera obligatoire. Pour cette action nous avons eu la chance d’être parrainés par un grand Youtubeur belge « Math se fait des films » qui a pris à sa charge les frais de construction de notre première embarcation scolaire. Grâce à sa générosité nous démarrerons la construction du bateau scolaire à la fin de ce mois-ci.

Enfin, nous menons en RDC un projet de sensibilisation aux dangers de l’eau et du fleuve. Ce n’est en effet pas dans la culture africaine d’apprendre à nager, ni d’apprendre les mesures de sauvetage et de premier secours. Nous avons donc mené durant le mois de mai 2018 notre première action de sensibilisation aux dangers de l’eau durant laquelle 413 enfants et 130 professeurs ont été sensibilisés à la sécurité en milieu aquatique.

Maquette d'une école sur pilotis, prévue par 'Des Livres sur les Piroques'.
© Elozi Lomponda

Fonds propres

Nous ne touchons aucune aide publique actuellement, aucun subside. Il s’agissait au début de se lancer avec nos fonds propres jusqu’à ce jour où nous sommes actuellement soutenus par de plus en plus de personnes, entrainant une augmentation des dons. Le parrainage par le youtubeur belge « Math se fait des films » a été un réel plus notamment en termes de visibilité.

Nos projets ayant été relativement abstraits au début, se concrétisent au fil des jours et des dons que nous recevons. Nous organisons entre autres des événements (une exposition est actuellement en préparation) et des dîners caritatifs. Nous sommes donc aujourd’hui à la tête d’un association qui vit par la force de ses membres, convaincus par le projet et ayant l’ambition de permettre aux enfants riverains de fleuve en Afrique Subsaharienne à s’épanouir et atteindre leur plein potentiel là où ils sont nés. Notre action s’inscrit sur le long terme.

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