Enabel, au premier rang de la lutte contre le changement climatique

Vincenza Ferrigno
06 mars 2018
L’agence belge de développement Enabel a lancé une nouvelle stratégie pour aider ses pays partenaires face aux changements climatiques grâce à la prévention, l’adaptation et l’atténuation.  Pour un aperçu plus détaillé de cette nouvelle « stratégie climat 2017-2020 », Globe a rencontré Claude Croizer, conseiller pour le climat et l’environnement auprès de l’agence.

Pourquoi une nouvelle stratégie ?

Pour nous fournir un peu de contexte, Claude Croizer nous explique que jusqu’ici, l’agence belge de développement (rebaptisée Enabel le mois dernier), avait suivi les traces de  la Coopération belge au développement en termes d’environnement. Ensuite, « en prenant en considération l’accélération de l’agenda, que les pays partenaires sont souvent des Etats fragiles ou fragilisés par les changements climatiques, mais aussi l’accroissement de l’immigration dû au changement climatique, nous nous sommes aperçus qu’il était temps d’aller plus loin ».

En effet, malgré que de nombreux accords, résolutions, stratégies et engagements dans la lutte contre les changements climatiques aient déjà vu le jour, les conséquences de ces dérèglements se font de plus en plus importantes et régulières. C’est le cas avec les sécheresses, les inondations, les phénomènes météorologiques violents et l’élévation du niveau des mers, par exemple. Ces événements mettent en danger les populations mais aussi le développement durable. C’est pour cette raison qu’Enabel a mis au point une nouvelle stratégie en termes de changements climatique et de développement, une stratégie dont les maîtres-mots sont : adaptation et atténuation.

 

Agir en s’adaptant et en atténuant les changements climatiques

Jusqu’à présent, la stratégie de référence était l’ancienne « Stratégie environnement », qui touchait aussi à la thématique du climat. Avec la nouvelle stratégie climat 2017-2020, il s’agit en fait d’ un « étage de plus à cette fusée qui va plus loin sur les questions climatiques ». Pour le conseiller d’Enabel, il s’agit donc de faire plus et de passer à du concret, puisque « En tant qu’agence de développement, notre rôle est d’accompagner nos pays partenaires dans la mise en œuvre de leurs stratégies climatiques et de traduire des objectifs climatiques en actions concrètes de développement. »

Parmi les actions concrètes que l’agence souhaite mener avec sa nouvelle stratégie, il y a avant tout le renforcement des capacités d’adaptation de ses pays partenaires. En d’autres termes, Enabel s’engage à fournir son expertise et son expérience dans des domaines spécifiquement liés au climat et à l’environnement, tels que la gestion efficace de l’eau, l’agriculture durable ou la construction d’infrastructures adaptées. Mais ce n’est pas tout. Enabel vise également à rendre plus accessibles les financements climat, et à soutenir l’intégration des questions climatiques dans les politiques nationales de ses partenaires, souvent plus vulnérables d’un point de vue environnemental ou socio-économique.

La stratégie climat 2017-2020 prévoit aussi un volet entièrement dédié à la réduction des gaz à effet de serre, un des plus grands enjeux environnementaux. Dans cette optique, les initiatives sont menées sur le terrain et comprennent, par exemple, la planification urbaine, la construction écologique, l’efficience énergétique, la reforestation et le recyclage des déchets.

Enabel vise également à rendre plus accessibles les financements climat, et à soutenir l’intégration des questions climatiques dans les politiques nationales de ses partenaires, souvent plus vulnérables d’un point de vue environnemental ou socio-économique.

À chaque dérèglement, un projet pour s’y adapter

En accord avec ses pays partenaires, l’agence travaille sur plusieurs fronts pour faire face aux multiples types de dérèglements et leurs conséquences. Au Maroc, par exemple, le projet « Développement des filières du safran et du palmier dattier » aide les producteurs à contourner les périodes de sécheresse. Dans ce contexte, l’agence apporte sa contribution en mettant au point des plans de réduction des pertes d’eau et d’amélioration des capacités de transport d’eau, mais aussi d’entretien et de réparation des canaux traditionnels ou de recharge des nappes souterraines.

Un autre exemple est le Rwanda, où deux programmes sont mis en place dans l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’objectif visé est l’augmentation des ressources forestières et l’amélioration de leur gestion. Toujours étroitement liées à l’aspect forestier, d’autres actions sont menées sur le sol rwandais, mais dans le domaine de la « biomasse énergie ». Ces initiatives ciblent également la réduction des émissions de gaz et de la consommation en bois énergie, incitant le passage du charbon à des énergies vertes alternatives tels que les pellets.

Enfin, au Vietnam, la stratégie climatique d’Enabel intervient dans le projet « Green Growth Strategy Facility », qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à rendre plus accessible le financement de projets de croissance verte, surtout dans le cadre des actions prioritaires d’atténuation désignées par les provinces. Ce projet prévoit aussi le financement de trois actions pilotes pour autant de provinces vietnamiennes.

Au Rwanda l’objectif visé est l’augmentation des ressources forestières et l’amélioration de leur gestion. Toujours étroitement liées à l’aspect forestier, d’autres actions sont menées sur le sol rwandais, mais dans le domaine de la « biomasse énergie ».

Hommes rwandais labourant la terre
© Dieter Telemans

Un agenda de plus en plus présent et pressant

D’autres projets et d’autres actions sont mises en œuvre par l’agence, et à notre question concernant les obstacles rencontrés par Enabel dans la réalisation de ses objectifs, Claude Croizer répond : « Le seul problème est peut-être la vitesse, puisqu’on est prêt à faire plus. Nous ne sommes plus au stade où il faut convaincre de l’importance d’agir en termes d’environnement et de climat, maintenant, c’est surtout trouver des financements et décider par quelles priorités commencer. L’agenda climatique international devient de plus en plus présent et pressant. »

Et la Belgique s’investit-elle suffisamment dans cet agenda ? C’est sur un ton résolu et catégorique d’un expert en la matière que Claude Croizer nous dit : « On ne s’engage jamais suffisamment, mais ça, c’est la même chose pour tous les pays. Ça ne veut pas dire que pas mal de choses, et de bonnes choses même, ne sont pas faites. Mais nous ne pouvons pas nous satisfaire. Vu l’état des choses, on sera toujours en retard, on ne peut donc qu’être incité à faire plus. La Belgique s’investit quand même pas mal, surtout par des financements. Mais il faut faire plus. Faire plus et plus vite.»

Climat Enabel
Retour Planète
Imprimer
Dans la même thématique - Article 10 /17 La politique climatique doit voir plus grand, et vite !