Endiguer le paludisme au Venezuela

Alisson De Leenheer
26 novembre 2018
[INTERVIEW] La journaliste vénézuélienne Marielba Nuñez travaille principalement sur le paludisme, une maladie qui progresse à nouveau dans son pays. Glo.be lui a parlé en tant que journaliste en résidence à l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers.

Pourquoi faites-vous de la recherche sur le paludisme ?

Je m'intéresse aux nouvelles méthodes de lutte contre cette maladie. Le Venezuela est l'un des pays les plus durement touchés. Le nombre de cas de paludisme augmente, alors qu'il ne fait que diminuer dans le reste du monde. Les chercheurs doivent s'attaquer à ce problème urgent. En particulier, nous avons besoin de plus d'informations sur les nouvelles méthodes de détection des cas de paludisme qui ne présentent aucun symptôme. C'est l'un des angles que j'ai analysés ici à l'institut. Le paludisme est un problème particulier dans le sud du Venezuela, mais il s'étend également au reste de l'Amérique du Sud et aux pays de migration.

 

Avez-vous des statistiques sur le paludisme dans votre pays ?

Le gouvernement ne fournit pas de données statistiques. Il est donc difficile de connaître l'impact réel de cette épidémie majeure. Nous ne connaissons la situation réelle qu'indirectement, notamment par le biais des organisations internationales et des ONG. Nous ne connaissons pas le taux de mortalité lié au paludisme.

 

Votre pays est-il capable d'éradiquer le paludisme ?

Au tournant du siècle, le pays a été salué pour sa politique de lutte contre l'épidémie. Le Venezuela a réussi à éradiquer la maladie sur un vaste territoire. Pourtant, le paludisme est réapparu au cours des dix dernières années. Aujourd'hui, la situation est préoccupante : plus de 400 000 nouveaux cas, rien qu'en 2017. Cette augmentation rapide est due à l'effondrement du système de santé et au manque d'accès aux traitements.

Le programme de journalisme en résidence de l'ITM a été une expérience merveilleuse. Je les recommande à tout le monde.

Quelles solutions proposez-vous pour lutter contre le paludisme dans votre pays ? Que voulez-vous souligner dans vos articles ?

Il est important d'élaborer une politique de santé qui touche tout le monde. En outre, la propagation du parasite du paludisme doit être stoppée. Mais sans stabilité politique, l'avenir n'est pas prometteur. J'ai enquêté sur ces aspects pendant mon séjour en tant que journaliste en résidence. Je les soulignerai également dans mes prochains articles.

 

Qu'est-ce que cela représente d'être journaliste au Venezuela ?

La situation de la presse dans mon pays est très difficile. Selon des données récentes, 145 médias ont fermé leurs portes depuis 2013, sous la pression du gouvernement. J'écris dans un journal indépendant. Nous essayons d'informer librement malgré les obstacles, mais ce n'est pas facile. À l'heure actuelle, il se peut que le journal doive cesser d'imprimer, faute de papier : celui-ci nous est fourni par le gouvernement. Nous avons aussi une plateforme numérique, mais parfois elle est bloquée. Nous essayons d'informer les gens, mais malheureusement, nos voix sont de plus en plus souvent réduites au silence. Le gouvernement ne reconnaît pas cette urgence humanitaire dans laquelle nous nous trouvons.

 

Marielba Nunez

 

Marielba Nuñez est une journaliste vénézuélienne qui travaille à Caracas pour le journal El Nacional, elle fait également des articles pour le site scientifique SciDev.net. Marielba s'intéresse particulièrement à la recherche sur la résistance aux médicaments et aux nouveaux outils de lutte contre le paludisme.

Journalist-in-Residence

 « Journalist-in-Residence » est une initiative de l’Institut de Médecine Tropicale (IMT). En 2018, 3 journalistes d’Asie et d’Amérique latine ont eu l’opportunité d’approfondir leurs connaissances sur un sujet relatif à la médecine tropicale ou à la santé mondiale. L’IMT est un partenaire fondamental de la Coopération belge au développement.

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