Etre un homme sans être macho

Chris Simoens
01 juin 2015

El Salvador - Briser les stéréotypes dans un pays réticent à l'égalité des sexes

Le machisme peut déboucher sur des pratiques dégradantes à l'encontre des femmes. El Salvador, coeur du bastion masculin de l'Amérique centrale, est un triste exemple . Trias y apprend aux hommes à analyser leur comportement. Comment être un homme sans être macho ? Comment résoudre la problématique de la différence entre les sexes en impliquant les hommes ?

A quoi pensez-vous lorsque l'on vous demande d’imaginer un « vrai » homme ? Comment le héros typiquement masculin se comporte-t-il ? Il est fort, fruste, souvent surhumain et ultramacho. Dans la plupart des cultures, la virilité est assimilée à la compétition, l’agressivité, la dominance,  le pouvoir,  le courage,  l’indépendance, et  l’activité sexuelle. Au-delà des plaisanteries courantes,il ne faut pas oublier qu’une telle mentalité, profondément ancrée, a souvent de terribles conséquences pour les femmes. Ce type de stéréotype renvoie à un autre lié à la feminité : la femme est docile, faible, dépendante. Cela débouche sur une répartition des rôles très classique et nuit à l’égalité entre les sexes. .

El Salvador: le bastion du machisme

El Salvador est l’un des pays où le « machismo » (faire preuve de virilité avec insistance) triomphe. Il y règne une culture de la violence, créée par de récentes guerres civiles. Les meurtres de femmes, juste parce qu’il s’agit de femmes, sont monnaie courante et la justice ne fait pratiquement rien contre de tels « féminicides » (1). Ce sont surtout les femmes  rurales qui sont très vulnérables .
Et leur vie n’y est certainement pas des plus faciles !

  • En moyenne, il y a  22% de femmes  au sein  des coopératives. Moins de 17%  occupent des fonctions administratives.
  • Les filles sont plus nombreuses que les garçons à ne pas terminer leurs études et il y a deux fois plus de femmes illettrées que d’hommes.
  • Les femmes gagnent  moins de la moitié que les hommes. On retrouve le taux de chômage le plus élevé parmi les jeunes femmes urbaines.
  • Un tiers des familles sont des familles monoparentales à la tête desquelles se trouvent des femmes. Elles rencontrent encore plus de difficulté pour s’en sortir, ce qui les oblige souvent à émigrer illégalement vers les Etats-Unis.

 

Jeunes hommes inscrivant des mots sur de grandes feuilles de papier
© Oxfam/Tineke D'Haese

Violences sexuelles et avortement

D’apèrs les estimations, 13,4% des femmes auraient été victimes au moins une fois de violences sexuelles au cours de leur vie,  souvent même avant leur 15 ans. Autre fait extrêmement préoccupant : une loi de 1997 condamne toute forme d’avortement. Même lorsqu’une femme est admise à l’hôpital pour une fausse couche (naturelle), elle peut être suspectée de meurtre. Les jeunes filles enceintes suite à un viol (même celles de 9 ans) sont obligées, au risque de leur vie, de mener leur grossesse à terme.  Une femme qui avorte encourt  2 à 8 ans de prison, tandis que ceux qui effectuent l’avortement  risquent quant à eux 10 à 12 ans d’emprisonnement !  Nombreuses sont celles  qui recourent à des avortements illégaux, sans  mesure de sécurité.

C’est n’est qu’aujourd’hui, à 54 ans, que je réalise ce que j’ai fait subir à mes proches. C'est triste, mais il n’est pas trop tard pour changer

Un homme dessine un visage féminin
© Oxfam/Tineke D'Haese

Mettre fin au machisme

Les ONG telles qu’Amnesty International et Oxfam défendent les droits des femmes au Salvador et tentent d’améliorer leur émancipation. Toutefois, cela ne change rien au problème  du machismeambiant. C’est pourquoi l’ONG Trias organise des formations visant spécifiquement les hommes. Les hommes participants (tous membres d’une organisation coopérative ou autre) analysent leur comportement et  les conséquences de celui-ci pour les femmes.

 Si certains d’entre eux n’affichent aucun intérêt au début, ils se montrent de plus en plus enthousiastes au fil des jours. Les participants dépeignent des situations de violence à l’encontre de femmes qu’ils ont vécues.   Le processus implique de se poser  certaines questions : Comment se comporte un homme  non-violent ? Etes-vous plus un homme si vous avez plusieurs partenaires ? Etc.

Petit à petit, ils prennent conscience de la situation. Les hommes admettent l’absence d’éducation sexuelle dans leur pays et que leurs fils imitent le comportement de leur père ou apprennent dans la rue. La culture de la violence au Salvador est également dénoncée. « Un homme ne naît pas violent, il le devient suite au contexte social ». Ce n’est toutefois pas une excuse pour ne rien changer, que du contraire. Après la formation, tous sont  bien décidés à être un meilleur père et un meilleur époux. « C’est n’est qu’aujourd’hui, à 54 ans, que je réalise ce que j’ai fait subir à mes proches. C'est triste, mais il n’est pas trop tard pour changer ». « Je réalise aujourd’hui que je dois participer aux tâches ménagères ». Le but est aussi que les participants transmettent ce qu'ils ont appris aux hommes de leur organisation ou de leur localité, tels des « agents du changement ».

Les ONG telles que Trias s’adressent aussi aux femmes en organisant des formations sur le leadership, où celles-ci apprennent à défendre leur position. Les participantes développent une image plus solide d’elles-mêmes, osent donc être plus entreprenantes et renvendiquer leurs propres revenus. L’émancipation (empowerment) des femmes ne suffit toutefois pas pour résoudre le problème  de l’inégalité entre les sexes. Les hommes doivent eux aussi être impliqués. Car le comportement de ceux-ci est à la base des problèmes que rencontrent les femmes. Avec ses formations destinées aux hommes et aux femmes, Trias tente d’éradiquer le machisme.  Même si un comportement profondément ancré ne change pas du jour au lendemain, il s’agit déjà d’un premier pas.

(1) Le Guatemala voisin a introduit en 2008 de lourdes peines pour le « féminicide », qu’il applique. 

 

« Masculinité » versus « féminité » : un carcan

Le fait d’être un homme ou une femme représente pour beaucoup un élément primordial de leur identité. Qu’est-ce que cela implique ? En tant qu’homme, devez-vous par définition être dominant, courageux et dur ? En tant que femme, devez-vous être docile, passive et émotive ? C’est ce que pense le macho typique. Toutefois, il n’existe presque aucune base biologique soutenant un tel comportement stéréotypé. C’est la culture, la société qui déterminent comment nous devons nous comporter . Bien que la plupart des cultures présentent encore une certaine dominance masculine, l’anthropologue Margaret Mead nous apprenait déjà en 1935 qu'il ne s’agissait certainement pas d’un principe universel. Parfois les hommes sont émotifs, les femmes actives, ou aussi bien les hommes que les femmes sont « passifs et coopératifs » ou « actifs et compétitifs ».

"Les comportements stéréotypes limitent les hommes et les femmes dans ce qu'ils sont capables de faire. En fait, ces comportements nous asservissent, ils nous forcent à être ce que les autres veulent que nous soyons." - Clayton E. Tucker-Ladd. « Psychological Self-Help ».

Toutefois, cette observation ne permet  pas de changer la société, surtout lorsqu’un modèle comportemental stéréotypé y est ancré depuis des siècles. Les femmes qui sont plus actives économiquement et plus émancipées représentent une menace pour l’homme. De quoi ont-ils l’air s’ils doivent se soumettre à une femme ? Ne passent-ils alors pas pour des chiffes molles ? Rien que ce doute peut déjà susciter un comportement violent chez l’homme. 

Assez curieusement, les femmes perpétuent souvent elles-mêmes ce comportement stéréotypé. Dès l’enfance, les garçons sont encouragés à être forts et les filles à être attentives et prévoyantes. La vigilance est donc de mise dès la naissance si nous voulons briser le carcan de la masculinité et de la féminité. Les filles et les garçons doivent apprendre à respecter aussi bien les valeurs masculines que féminines. Un jeune garçon ou un homme peut donc être puissant et courageux, ce qui ne l’empêche pas d’être attentif et vulnérable, et inversement. En fait, tout le monde est libre de définir sa propre identité, indépendamment de son sexe, et les autres sont parfaitement égaux à nous.

"Le machisme est lâche, c’est un manque de virilité." - Gabriel Garcia Marquez

On ne peut en tout cas pas éviter l’homme si l’on veut briser les comportements types qui sont surtout néfastes pour la femme. Des initiatives visant les hommes sont donc menées un peu partout. Par exemple, MenEngage, une alliance mondiale rassemblant plus de 400 ONG, travaille  avec des jeunes et des hommes afin de concrétiser l'égalité entre les sexes. Elle est déterminée à développer une nouvelle forme de masculinité plus pacifique. « Car un monde plus juste est bénéfique pour les hommes, les femmes, les petites filles et les jeunes garçons ».

 

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