Fabriquer des sacs en Belgique et au Sénégal

Sien Van Gompel & Serigne Mbacke Mbow
03 juillet 2017
L’ONG Exchange envoie des professionnels dans les pays en développement pour partager leur expertise avec leurs collègues. Regard dans les coulisses d’un maroquinier en Belgique et au Sénégal.

Des sacs faits main : la qualité prime

Je suis fonctionnaire depuis des années et je combinais ce job avec des activités créatives à la maison. Il y a six ans, j'ai décidé de créer l'Atelier Louie pour inscrire mon hobby dans un cadre plus professionnel. Pour mieux gérer mes différentes fonctions d'employée, de femme artisane et d'entrepreneuse, je passe par smartbe.be. Cette organisation travaille à l'amélioration des conditions de travail des artistes et des créatifs. Comment ? En fournissant un soutien administratif et les conseils nécessaires. Grâce à Smart, j'ai tout le loisir de mieux me concentrer sur mes créations à l'Atelier Louie, sans trop de tracasseries administratives. Naturellement, cette prestation de services n'est pas gratuite, ce qui empêche de maintenir les prix à un niveau bas. Mais cela s'explique aussi par la cherté des matériaux et les nombreuses heures passées sur chaque pièce. Comme tout est fait à la main, cela me prend facilement 40 heures par sac.

À l'Atelier Louie, je ne fais pas que produire et vendre, je me dépasse, et tente sans cesse de fournir de nouvelles créations de la plus haute qualité et durabilité.

© Nino Aveni

À l'Atelier Louie, je ne fais pas que produire et vendre, je me dépasse, et tente sans cesse de fournir de nouvelles créations de la plus haute qualité et durabilité. C'est pourquoi je travaille toujours également avec les meilleurs matériaux. Donc j'importe la majorité de mon cuir d'Italie. La qualité prime en tout cas la quantité. Pour que le client se retrouve dans l'offre, l'année passée, je me suis pleinement appliquée à développer une collection à l'Atelier Louie. Elle sert de fil conducteur pour les clients, car chaque pièce peut être personnalisée selon ses souhaits.

Je trouve très important de restituer quelque chose et partager des idées m'intéresse toujours. Cet échange d'idées m'a amenée au sein du réseau ‘De Makers’, une initiative de l'Unizo. De Makers a récemment démarré une collaboration avec l'ONG Exchange ; c'est ainsi que j'ai finalement atterri au Sénégal comme experte bénévole. Exchange avait reçu une demande de la Chambre des Métiers de Dakar, qui recherchait une personne experte pour enseigner de nouvelles techniques de maroquinerie aux artisans locaux. Exchange entend promouvoir l'entrepreneuriat et les PME, en offrant des expertises permettant à une entreprise ou une autre organisation professionnelle du sud de gagner en efficacité, de poursuivre leur croissance, d’offrir une meilleure qualité et de créer davantage d'opportunités d’emploi.

La plupart des modèles étaient, à vrai dire, des répliques de marques connues. Un de mes chevaux de bataille a donc été d'encourager la créativité dans leurs travaux.

À mon arrivée à Dakar, je suis parti presque immédiatement à l'atelier des artisans locaux. J'ai été frappée - malgré les bonnes connaissances techniques qui s'étaient transmises de génération en génération - par la presque totale absence de créativité. La plupart des modèles étaient, à vrai dire, des répliques de marques connues. Un de mes chevaux de bataille a donc été d'encourager la créativité dans leurs travaux. Les professionnels locaux avaient également besoin de structure : ils faisaient le plus gros de leur travail par cœur, sans patrons. J'ai essayé de les informer le mieux possible. De plus, je leur ai donné quelques conseils sur les matériaux bon marché et durables qui pouvaient les aider à améliorer la qualité de leurs créations. Pour terminer, je leur ai inculqué les bases de la couture avec un fil et deux aiguilles - et ça n'a pas manqué de retenir l'attention. Somme toute, j'ai trouvé l'expérience très sympathique et suis heureux d'avoir pu partager mon expertise avec les artisans locaux. J'espère que cet ‘exchange’ a eu un impact durable sur leur travail, qu'il débouchera sur une amélioration de qualité et de la croissance.

Sien Van Gompel

La créativité attire les clients

Au Sénégal, nous travaillons, en règle générale, avec des cuirs bovins assez rudimentaires et travaillés localement, même si parfois nous utilisons également des cuirs importés. Le soutien de l'état à notre secteur se manifeste surtout par le biais d'organisations comme la Chambre de Commerce. Un atelier de maroquinerie est le plus souvent une affaire familiale, la plupart des gens qui y travaillent faisant partie de la même famille ou du même clan. Les connaissances se transmettent de père en fils, et ce, depuis des générations.

Nous avons recouru à l'expertise d'Exchange afin d'améliorer principalement la qualité de notre offre. Du fait de la qualité supérieure, nous avons également de quoi concurrencer des produits similaires moins chers importés de Chine.  

© Mohamed Sorgho

Un grand obstacle pour la croissance de nos entreprises et leur officialisation sont les taxations assassines de nos activités. Une entreprise "formelle" est, en effet, soumise à des règles fiscales et comptables plus sévères. C'est pourquoi beaucoup d'artisans ont choisi de continuer à travailler dans leurs petites structures informelles afin de contourner ces taxations. Pour les entreprises informelles, une "contribution globale unique" sur la base des plus gros contrats suffit - pas besoin de comptabilité détaillée. Nous réalisons de plus en plus que la mondialisation ne comporte pas seulement des risques, mais également beaucoup d’opportunités. Les professionnels essaieront dès lors de progressivement mieux s'organiser, afin de pouvoir percer à terme sur les marchés étrangers également.

Le secteur de la maroquinerie est un employeur important au Sénégal. Ces dernières années, il a affiché une croissance remarquable, en raison de l'augmentation de la demande locale de produits. De plus en plus d'emplois sont dès lors créés par des artisans locaux. L'organisation, informelle en général, reste cependant le plus gros frein au futur développement exponentiel du secteur.

Un grand obstacle pour la croissance de nos entreprises et leur officialisation sont les taxations assassines de nos activités. Une entreprise "formelle" est, en effet, soumise à des règles fiscales et comptables plus sévères. C'est pourquoi beaucoup d'artisans ont choisi de continuer à travailler dans leurs petites structures informelles afin de contourner ces taxations.

Nous avons recouru à l'expertise d'Exchange afin d'améliorer principalement la qualité de notre offre. Du fait de la qualité supérieure, nous avons également de quoi concurrencer des produits similaires moins chers importés de Chine qui constituent, le deuxième gros obstacle pour le développement de notre secteur. L'afflux de marchandises bon marché ne permet pas facilement au professionnel local de résister à la concurrence. Nous avons donc également fait le choix de convaincre les gens d'acheter des produits "made in Senegal" grâce à des produits de haute qualité. Environ 85 % de notre clientèle sont des touristes. De ce fait, en fournissant des projets originaux de bonne qualité, nous espérons également augmenter nos parts de marché.

Sur ce plan, l'experte Exchange s’est avérée très utile, car elle nous a appris à créer de nouveaux objets originaux en recourant à des patrons et ainsi mettre à profit nos connaissances et notre créativité dans nos produits.

 

Serigne MBACKE MBOW

Coopérative des jeunes maroquiniers

Travail décent Sénégal
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