« Female food heroes » : les héroïnes des temps modernes

Roxanna Deleersnyder
03 janvier 2018
Lancé par la célèbre ONG Oxfam, « Oxfam's Female Food Heroes » est un programme télévisé populaire qui met en avant les agricultrices africaines, afin de lutter contre la dévalorisation du rôle des femmes.

Dans de nombreux pays africains, il est  impossible pour une femme d’acheter ou de posséder de terres, ce droit ne revient qu’à son mari, et ce malgré que ce soit à elle de se charger de sa famille. Des voix s’élèvent contre cette injustice, et Oxfam les soutient dans leur lutte. L'ONG, active depuis 1960 en Tanzanie, mène son combat en faveur d'une politique plus transparente, d’un soutien économique aux femmes, de développements innovants pour la jeunesse ainsi que pour l’éradication de la pauvreté en milieu rural.  

Oxfam's Female Food Heroes

Au lieu de miser uniquement sur le gouvernement, Oxfam a décidé en 2011 d'interpeller directement le grand public. Et quel moyen plus efficace que la télévision ? Oxfam a ainsi lancé en Tanzanie, en Éthiopie et au Nigéria le programme TV « Oxfam's Female Food Heroes » où plusieurs femmes, actives dans l'agriculture, s'y affrontent. Au cours de l’émission, les candidates ont plusieurs tâches à réaliser et une participante est éliminée chaque semaine, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'une seule gagnante.

L’objectif est le suivant : mettre les productrices de denrées alimentaires sous le feu des projecteurs, afin de souligner l’importance de leur rôle et ainsi inciter d’autres femmes à suivre leur exemple. Le programme, qui fonctionne à merveille et qui attire plus de 10 millions de téléspectateurs, offre à ces femmes la possibilité de s’exprimer, de partager leur expertise et de sensibiliser la population. Ainsi, L'ONG semblerait obtenir davantage de résultats par cette initiative « bottom-up » qu’elle en obtiendrait par les processus « top-down », souvent plus laborieux.   

Pour Oxfam, la clé dans la lutte contre la pauvreté est incontestablement la femme, or celle-ci reste largement sous-estimée. Si la parité des genres était établi, la pénurie alimentaire mondiale diminuerait de 17 %. Il existe cependant certaines barrières  à abattre, notamment le manque de participation des femmes, l'accès difficile voire inexistant aux terres  aux ressources d’eau, aux moyens financiers et au matériel agricole, l’infrastructure insuffisante, ainsi qu'un impact grandissant sur le changement climatique.  

Le programme, qui fonctionne à merveille et qui attire plus de 10 millions de téléspectateurs, offre à ces femmes la possibilité de s’exprimer, de partager leur expertise et de sensibiliser la population.

Populaire

Le programme est très populaire auprès du grand public, et en est déjà à sa 7ème édition. Selon Oxfam, cette émission a entraîné plusieurs effets positifs, tels que l'intérêt croissant des agricultrices et productrices de denrées alimentaires, un lien renforcé entre les autorités régionales et nationales et la diffusion du message à d'autres femmes. La voix de ces dernières, qui se fait de plus en plus forte dans « Oxfam's Female Food Heroes », incite les femmes dans des situations similaires à prendre les choses en main et à se consacrer à leur propre petite initiative agricole.

Et après ?

Pendant l'émission, les participantes vivent toutes ensemble dans un village. Bien qu'elles s'affrontent en plusieurs manches, elles sont également encouragées à partager leurs connaissances et leurs compétences entre elles. Cependant, la fin d'une saison ne marque  pas pour autant la fin des échanges. En effet, Oxfam organise des réunions régulières pour les anciennes participantes où l'on discute de sujets tels que l'accès à l'eau, les adaptations face aux changements climatiques et les techniques de vente pour renforcer leur position à l'égard des intermédiaires. Les femmes qui ne peuvent pas participer aux réunions peuvent rester tout de même en contact via un groupe Whatsapp commun puisque Oxfam prévoit également des smartphones pour assurer la participation de toutes.

Selon Oxfam, cette émission a entraîné plusieurs effets positifs, tels que l'intérêt croissant des agricultrices et productrices de denrées alimentaires, un lien renforcé entre les autorités régionales et nationales et la diffusion du message à d'autres femmes.

Un appareil photo tire le portrait d’un groupe de femmes.
© Oxfam

L'UE et les régimes locaux

L'Union européenne soutient aussi bien l'agriculture durable que la parité des genres, mais il est très rare qu’un même projet combine les deux. C’est du moins la conclusion d'une étude menée par Oxfam qui a évalué 25 projets financés par l'UE. De tous ces projets, un seul avait comme objectif prioritaire la parité des genres, 19 autres le considéraient comme un objectif secondaire, et les cinq derniers n’y accordaient aucune attention spécifique.

Selon Oxfam, les régimes locaux pourraient eux aussi faire un plus grand effort. L'ONG rappelle ainsi qu'au Nigeria, seul 1,9 % du budget national annuel a été consacré à l'agriculture entre 2010-2015, alors qu’elle constitue la ressource principale pour une grande majorité de la population, de même pour la Tanzanie avec 2,2 % du budget annuel dédié à l'agriculture. En outre, selon un sondage d'Oxfam, 20 % seulement des 3000 paysans tanzaniens sondés avaient reçu des informations adéquates de la part du gouvernement. En effet, pour les gouvernements, d’autres secteurs sont prioritaires, comme l'infrastructure, les instituts de recherche, les régions géographiquement prospères et le secteur privé. C'est pourquoi Oxfam encourage l'UE et d'autres acteurs à accorder beaucoup plus d'attention aux agricultrices.  

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