Fonio: Une céréale pour lutter contre l’insécurité alimentaire

Wendy Bashi
31 juillet 2017
En Afrique de l’Ouest, le fonio est l’une des plus anciennes céréales cultivées. Pendant longtemps, il a été une culture vivrière importante. Depuis quelques années, sa production a drastiquement diminué en raison de la pénibilité des travaux de production et du changement climatique. Le Fond Belge pour la Sécurité alimentaire ambitionne de promouvoir la céréale dans le nord du Bénin. A Boukoumé, où il est le plus produit, des associations de femmes soutenues par Louvain Coopération s’impliquent dans la revalorisation du fonio.

Une céréale inscrite dans les us et coutumes en pays Otamari

« Le fonio? je ne saurais pas vous dire depuis combien de temps il existe. Il est présent depuis toujours en pays Otamari (Nord du Bénin) » s’exclame Jeanne Cambia, animatrice socio-culturelle à la retraite et membre de l’Union des Femmes pour le Développement de Boukombé (UFEDEB), qui bénéficie du soutien de Louvain Coopération. Jeanne, comme plusieurs autres femmes de la région, milite à la fois pour préserver l’identité de son peuple et pour la promotion de son patrimoine. Le fonio en fait immanquablement partie. «Vous savez, chez nous, quand une femme accouche, les femmes se mobilisent et lui préparent de la bouillie de fonio. C’est une recette imparable que toutes les femmes otamari connaissent pour déclencher la montée de lait » dit-elle en souriant, le plateau de fonio posé sur ses genoux. Jeanne est maman de cinq enfants dont des jumeaux et plusieurs fois grand-mère. Assise au milieu de la cour d’UFEDEB (dont elle est la trésorière), elle explique que le fonio est également donné aux femmes pour débarrasser leurs corps de tout type d’impureté post partum.

Dans l’Atacora de façon générale, mais surtout à Boukombé, il est impensable de faire une grande cérémonie sans fonio! De la naissance à la mort en passant par les baptêmes, mariages et autres cérémonies initiatiques, le fonio intervient partout. « Je me souviens que dans le grenier de mon papa, il y avait toujours du fonio » surenchérit Josephine Koubetti, restauratrice et secrétaire générale d’UFEDEB.

«C’est dans le fonio que l’on préserve le secret de la famille. Il protège la valeur spirituelle de cette dernière», explique Josephine, dont le restaurant à Boukombé est spécialisé dans la préparation du couscous de fonio. Josephine se souvient que lorsqu’elle a dû faire les cérémonies d’initiation (Dikuntri pour les filles et Difuani pour les garçons), chaque jour elle devait manger la céréale cuite selon différentes recettes. Avec un pincement au cœur, Josephine déplore le désintérêt des jeunes vis-à-vis du fonio. « Trop dur à cultiver, pas facile à entretenir, trop de minutie dans la phase de production », murmure Josephine en touillant son bouillon de légumes. «Et puis vous savez, aujourd’hui tous les jeunes veulent aller en ville. Le fonio et sa culture c’est une affaire de vieux villageois».

Trop dur à cultiver, pas facile à entretenir, trop de minutie dans la phase de production. Et puis vous savez, aujourd’hui tous les jeunes veulent aller en ville. Le fonio et sa culture c’est une affaire de vieux villageois.

Elle résiste au changement climatique

L’une des difficultés que nous rencontrons, précise Jeannne Cambia, réside dans la variation des saisons. «Aujourd’hui, nous ne savons plus à quoi nous fier en ce qui concerne les pluies. Avant nous savions quand la saison des pluies commençait, de nos jours tout a été chamboulé… les pluies sont moins fréquentes et plus courtes. Sans doute à cause de la coupe des arbres», confie tristement Jeanne. « Les sols sont secs ici, c’est une bonne chose pour le fonio, mais il n’y a pas que le fonio. Nous avons besoin de légumes pour le manger. Notre bétail a besoin de se nourrir. Les saisons varient étrangement, nous avons perdu tous nos repères ». Jeanne explique qu’il y a peu, elle essaie avec d’autres femmes de replanter des arbres dans l’objectif de lutter contre la sécheresse.

Il exige beaucoup de minutie…

Selon une étude menée par l’équipe de Louvain Coopération dans le Nord du Bénin, le fonio est produit en petite quantité dans les ménages de Boukombé. Les associations de femmes sont fort présentes dans les activités de sarclage, de récolte et de post production. Les hommes eux, interviennent dans la phase de préparation des sols et le semis.

« C’est un produit naturel » scande fièrement Angèle Opala, transformatrice de fonio. « Il se cultive sans engrais chimique. Facile à semer, il ne nécessite pas de grosse somme d’argent. Avec 1000 franc CFA (1,52 euros) on peut faire tout un champ de fonio. Avec deux trois kilos semés, on peut facilement récolter un hectare », conclut-elle le sourire aux lèvres.

 

C’est un produit naturel. Il se cultive sans engrais chimique. Facile à semer, il ne nécessite pas de grosse somme d’argent. Avec 1000 franc CFA (1,52 euros) on peut faire tout un champ de fonio.

Du champ à l’assiette, les étapes de traitement restent importantes et aucune ne peut être traitée de manière désinvolte étant donné qu’il pousse aux côtés des mauvaises herbes. Serge Dohou, assistant technique chargé de la promotion et du marketing du fonio chez Louvain Coopération, rapporte que l’étape de décorticage reste la plus importante de tout le processus. « Après le champ, le fonio est recouvert d’une enveloppe que nous appelons la balle. L’opération la plus importante c’est le décorticage parce qu’il faut séparer l’enveloppe du grain. Avant le décorticage il faut nettoyer la céréale pour la débarrasser de toute impureté (sable et mauvaises herbes). Ensuite, on la sèche au soleil pour avoir un taux d’humidité très faible. Ensuite, c’est le décorticage ». Pour Mr Dohou, au fur et à mesure que l’on enlève les fines enveloppes entourant le grain, le résultat se fait ressentir sur le fonio qui pourrait perdre sa teneur en nutriment.

Apport à l’organisme

«Le fonio comme toutes les autres céréales compte des réserves de glucide et des protéines qui apportent beaucoup d’acides aminés essentiels. Nous avons également pu constater qu’il existe très peu de cas d’obésité chez les personnes qui le consomme. Il permet également de garder un taux de glycémie stable. C’est une bonne céréale pour les diabétiques » révèle Serge Dohou.

 

Des femmes traitent le fonio
© Wendy Bashi

Déclinaisons culinaires

Bouillie, couscous, pain, croissants, le fonio se décline désormais dans de nombreuses recettes à Boukombé et ses environs. Josephine Koubetti s’est spécialisée dans les recettes de couscous. « Je me suis rendue compte  récemment que le fonio n’était plus autant valorisé dans notre région. En tant que restauratrice, j’ai décidé de le placer au cœur de ma carte. Le couscous et la pâte rouge sont des spécialités que nous servons ».

Angèle Opala propose de la pâtisserie faite à cent pour cent avec de la farine de fonio. Ce ne sont pas tous les types de fonio qui peuvent être utilisés pour la pâtisserie, souligne-t-elle. « Il faut utiliser un fonio qui n’a que deux mois sinon le pain, le croissant ou les gâteaux seront durs ». Celle qui se targue de connaitre pas moins de quarante-deux recettes à base de fonio, revendique son savoir en terme de pâtisserie faite  à base de fonio. Pour Angèle Opala, promouvoir le fonio dans sa région, c’est aussi se lancer dans une lutte acharnée contre les produits importés comme la farine de froment.

Bien que le fonio soit présenté aujourd’hui comme étant l’une des solutions principales dans la lutte contre l’insécurité alimentaire au Nord du Bénin, il n’en reste pas moins que les quantités produites aujourd’hui par ménage ne servent que pour l’autoconsommation. Très peu de stock est réellement écoulé sur les marchés. Produit phare dans la région du nord du pays, il a encore du mal à conquérir les cœurs dans les autres régions du pays.

Un programme du Fonds Belge pour la Sécurité Alimentaire

Conçu pour une durée de cinq ans (2015-2020) par le Fonds Belge pour la Sécurité Alimentaires (FBSA) ainsi que le Ministère de l’Agriculture, de l’élevage et la pêche (MAEP) du Bénin, le programme d’Appui Multisectoriel pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle dans l’Atacora (AMSANA) dispose d’un budget qui s’élève à 12.592.080 euros. Compte tenu de son taux élevé de malnutrition et son exposition à l’insécurité alimentaire le département de l’Atacora a été choisi pour bénéficier dudit programme. Dans les communes de Boukombé, Cobly, Matéri et Tanguiéta, soixante-cinq villages sont ciblés. Le programme AMSANA vise à réduire l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en améliorant la production agricole, les services économiques ainsi que les pratiques nutritionnelles. Il s’agit d’un programme exécuté par 4 acteurs de la coopération non gouvernementale (Louvain Coopération, la Croix-Rouge de Belgique, Protos, Iles de Paix) et la Coopération Technique Belge.

Source : Louvain Coopération et Protos.org

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