Humains et singes : une cohabitation pacifique est possible !

Chris Simoens
17 avril 2018
Le Centre de recherche et de conservation du zoo d'Anvers étudie au Cameroun, la manière dont les chimpanzés et les gorilles peuvent survivre dans des forêts exploitées intensivement par les communautés locales.

La réserve naturelle de l'UNESCO « Dja Biosphere Reserve » au Cameroun, abrite une forêt tropicale vierge peuplée de plus de 107 espèces de mammifères Cinq  y sont menacées dont plus les « grands singes » : le chimpanzé et le gorille. Avec son projet éponyme Projet Grands Singes (PGS), la Société Royale de Zoologie d'Anvers (SRZA) souhaite surtout se consacrer à la protection de ces espèces en dehors des réserves. Ces dernières ne représentant qu’une fraction du pays,il est surtout essentiel d’analyser comment les chimpanzés et les gorilles peuvent survivre dans les territoires non protégés.

 

Forêts communales

« Les forêts des territoires non protégés sont en fait des forêts communales », déclare Zjef Pereboom, chef du Centre de recherche et de conservation du zoo d'Anvers. « La population locale a le droit de chasser les animaux et de couper du bois. » Les chimpanzés et les gorilles sont parfois des proies recherchées pour leur « viande de brousse ». Aujourd’hui, grâce au PGS, la population a sans doute bien pris conscience de l’importance de protéger la forêt, même si les autorisations d'abattage du bois constituent toujours une menace pour ces espèces.  

 

Cette recherche n'est pas seulement effectuée par des chercheurs (doctorants) locaux , mais aussi par les villageois, travaillant en tant que guides, porteurs, cuisiniers, gardiens, etc.

Des maisons en bois près d'une forêt
© Zoo Antwerpen

A ce jour, « une école primaire a été construite en collaboration avec l'ONG AWELY Foundation, » selon Zjef Pereboom. « Ainsi, nous pouvons enseigner aux enfants dès leur plus jeune âge que la forêt est importante pour leur avenir. David Mbohli, notre coordinateur local, organise des ateliers pour les adultes, afin de les conscientiser sur l'importance de la sauvegarde de la forêt.  Ces événements sont à chaque fois organisés avec nourriture et boissons pour attirer de plus en plus la population. En réalité, les gens aiment venir dans ces ateliers, car ils savent désormais qu'ils en retirent des bénéfices. Ainsi, ils ont déjà appris à intégrer les arbres dans leur pratique agricole, ou à mettre en place une plantation de cacao. Nous avons également investi dans la pêche durable. »

 

Semer les graines

Les bases de ce projet restent du domaine de la recherche. Quel est l'impact de la chasse et quelle est la pression environnementale sur les grands singes ? Comment cohabitent les singes et quel est leur régime alimentaire ? Comment les gorilles influencent-ils la restauration de la forêt dégradée ? Selon Pereboom, « les gorilles sont des grands animaux, et peuvent donc manger les fruits à grosses graines. Ils parcourent de grandes distances dans leur habitat et aiment dormir dans des clairières de la forêt. Les graines présentent dans leurs excréments ont de grandes chances de germer et de pousser dans ces clairières lumineuses. Nous voulons découvrir si les gorilles contribuent de cette manière à la restauration de la forêt. »

 

Le PGS porte déjà ses fruits puisque les habitants ne chassent plus les grands singes en vue de leur propre consommation.

Cette recherche n'est pas seulement effectuée par des chercheurs (doctorants) locaux , mais aussi par les villageois, travaillant en tant que guides, porteurs, cuisiniers, gardiens, etc. De cette manière, ils sont étroitement impliqués. Bien que ce projet soit initié et dirigé depuis Anvers, par la coordinatrice de projet Nikki Tagg, « il est à présent entièrement entre les mains des Camerounais. Et dans le futur, nous déléguerons entièrement la direction de ce projet aux Camerounais. »

Le PGS porte déjà ses fruits puisque les habitants ne chassent plus les grands singes en vue de leur propre consommation. Mais malheureusement, la viande de brousse est de plus en plus recherchée par la population urbaine, qui la considère comme un produit de luxe. Ce phénomène favorise la recrudescence du braconnage, c'est pourquoi le projet vise également l’adoption d’une législation relative à la protection de la vie sauvage, en collaboration avec le ministère compétent. Il tente enfin d'introduire un quota de chasse.  

 

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