La Belgique impliquée dans la lutte en faveur des éléphants

Chris Simoens
04 octobre 2019
Les éléphants sont gravement menacés dans de nombreuses régions d'Afrique et d'Asie. Découvrez les actions entreprises par le ZOO d'Anvers, ZOO Planckendael, Pairi Daiza et le gouvernement fédéral pour protéger cette espèce.

Les éléphants sont très populaires dans un zoo. Leur taille impressionnante et leur flegme s'ajoutent à leur importance économique, écologique et culturelle considérable. De plus, les éléphants possèdent une intelligence remarquable et vivent dans des structures sociales complexes.

Pourtant, ces herbivores gigantesques et charismatiques sont menacés dans de nombreux endroits d'Asie et d'Afrique. Les forêts et les savanes disparaissent, il leur est de plus en plus difficile de trouver un habitat naturel convenable.

De plus, la cohabitation avec les humains est souvent problématique. Comparez cette situation au retour du loup dans nos contrées. Si ce retour est globalement apprécié, les agriculteurs, eux, le déplore. Les éléphants ne sont pas toujours les bienvenus non plus. Ils peuvent retourner les champs et, régulièrement, des gens sont piétinés par ces colosses. Et si votre village se trouve sur le trajet de migration annuelle des éléphants, vous êtes fichus.

C'est pourquoi le ZOO d'Anvers, le ZOO de Planckendael et Pairi Daiza se sont tous engagés à faire vivre les éléphants plus harmonieusement avec les humains. Ils sensibilisent également – les plus jeunes en particulier – à la préservation de ces pachydermes.

Kai Muk (à gauche) et Tun Kai dans le ZOO Planckendael
© Jonas Verhelst

ZOO d'Anvers et ZOO de Planckendael

Depuis la naissance du populaire éléphanteau Kai-Mook en 2009, le ZOO d'Anvers souhaite s'impliquer dans la préservation de l'espèce. Il a ensuite ouvert un compte pour aider les congénères de Kai Mook en Inde, plus particulièrement par l'intermédiaire de l'Asian Nature Conservation Foundation (ANCF).

Dans le sud de l'Inde, environ 6 000 éléphants rivalisent avec les humains. Entre autres choses, l'ANCF a créé des corridors (pistes de marche) qui relient différents habitats d'éléphants. La fondation lutte contre les braconniers et tente d'éloigner les éléphants des villages. Grâce au financement du ZOO de Planckendael, un village situé sur une route migratoire a même pu être déplacé. Ces actions ont toujours été menées en étroite concertation avec les villageois, qui demandaient une solution. Début 2019, des scientifiques du ZOO d'Anvers et du ZOO de Planckendael ont visité cette région. Pour en savoir plus sur le projet, cliquez ici.

En outre, le ZOO d'Anvers et le ZOO de Planckendael participent activement au programme international d'élevage de l'éléphant d'Asie en voie de disparition. Par exemple, le ZOO de Planckendael a prévu suffisamment d'espace pour un troupeau d'environ 12 animaux. Les éléphants peuvent ainsi se comporter naturellement. Comme en témoignent les nombreuses naissances d'éléphants, le projet est un succès. Kai-Mook également est pleinement satisfaite.

Deux éléphants dans un étang à Pairi Daiza
© Pairi Daiza

Pairi Daiza

Pairi Daiza est aussi aux petits soins des éléphants. Pas moins de 22 éléphants séjournent dans le parc : 2 éléphants d'Afrique et 20 d'Asie. C'est le plus grand troupeau d'éléphants d'Europe. Une véritable réserve de huit hectares a été créée, où Pairi Daiza élève les éléphants d'Asie en voie de disparition dans le but de les relâcher un jour dans leur environnement naturel. Le parc a accueilli deux naissances en 2019 : deux femelles (Malee et Luna) sont nées dans le sanctuaire des éléphants.

Dans le cadre de la lutte contre le virus de l’herpès des éléphants, Pairi Daiza est régulièrement contacté par des collègues d’autres Parcs ou Zoos pour l’envoi, en toute urgence, de poches de sang prélevé sur nos animaux. Les recherches ont en effet montré qu’une transfusion de plasma, dans certains cas précis, peut être efficace pour sauver un éléphanteau frappé par le virus. Si d’autres zoos font appel à Pairi Daiza, c’est parce qu’avec pas moins de 20 éléphants d’Asie, le Jardin des Mondes dispose de facto d’une très importante « banque de sang (et donc de plasma) » qui peut être très rapidement utilisée quand un éléphanteau est en danger dans un autre parc. D’autant plus qu’à Pairi Daiza, éléphants et soigneurs vivent en contacts directs et continus ; des relations de proximité qui créent une complicité plus grande entre eux et facilitent grandement les prises de sang, a fortiori quand elles doivent être menées dans l’urgence.

La Pairi Daiza Foundation  finance par ailleurs des recherches sur la pathogenèse de l’herpès des éléphants et travaille à la mise en place d’un laboratoire de diagnostic en Belgique. Des recherches et travaux multiples, donc, qui profiteront à tous… et aux éléphants au premier chef !

Le zoo travaille également sur une solution au virus de l'herpès, en collaboration avec le Centre de recherche et de conservation (CRC), le centre de recherche scientifique du ZOO d'Anvers et du ZOO de Planckendael. Entre-temps, le CRC dispose d'équipement de laboratoire (qPCR) permettant la détection de l'herpès des éléphants dans le sang, y compris chez les bébés de Pairi Daiza.

Les deux ZOO sont également à la recherche d'un vaccin capable de prévenir une épidémie. Depuis la mort de l'éléphant Qiyo, âgé d'un peu moins de trois ans, dans le courant de l'été 2018, le ZOO de Planckendael n'a pas ménagé ses efforts dans ce domaine. Une campagne de collecte de fonds réalisée auprès des visiteurs et sympathisants du ZOO de Planckendael a rapporté 75 000 euros qui sont investis dans la recherche scientifique et celle d'un vaccin.

 

Ivoire

Une autre menace majeure pèse sur les éléphants : la chasse. Abattus principalement à cause de l'ivoire de leurs défenses, ces animaux sont aussi recherchés pour leur chair ou leur peau. La communauté internationale a donc décidé en 1984 dans la convention CITES que le commerce de l'ivoire n'est autorisé que dans des circonstances exceptionnelles (CITES = Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). En résumé, le commerce de l'ivoire est totalement interdit depuis 1984. L'ivoire transformé avant cette date ne peut être commercialisé que s'il s'accompagne d'un certificat CITES. Tous les détails sont disponibles sur le site du SPF Santé publique.

En  2018, le SPF Santé publique a organisé une campagne de sensibilisation concernant l'ivoire. Les citoyens ont eu l'occasion de se défaire de leurs objets en ivoire de facture récente. Le SPF a recueilli 270 kg d'ivoire, qui ont ensuite été détruits. Il est toujours possible de rendre de l'ivoire. Dans le hall d'entrée du SPF se trouve un conteneur prévu à cet effet.

Il est toujours possible de rendre de l'ivoire. Dans le hall d'entrée du SPF se trouve un conteneur prévu à cet effet.

Deux femmes se tiennent debout devant un conteneur de collecte avec une grande défense d'éléphant.
© FOD Volksgezondheid

Il va sans dire que l'ivoire n'est pas un souvenir de vacances. L'ivoire récent est illégal, même s'il est mis en vente. Pourtant, malgré l'interdiction, de nombreux objets en ivoire sont encore confisqués aux personnes qui entrent sur le territoire belge.

Les inspecteurs du SPF Santé publique examinent régulièrement les antiquaires et les salles de vente pour s'assurer que l'ivoire proposé est bien légal. Cette action est tout à fait justifiée car le commerce de l'ivoire illégal est l'une des infractions les plus courantes.

Les inspecteurs du SPF Santé publique examinent régulièrement les antiquaires et les salles de vente pour s'assurer que l'ivoire proposé est bien légal. Cette action est tout à fait justifiée car le commerce de l'ivoire illégal est l'une des infractions les plus courantes.

Un inspecteur enquête sur deux figurines en ivoire.
© FOD Volksgezondheid

African Elephant Fund

Le gouvernement fédéral soutient l'African Elephant Fund. Jusqu'à présent, 170 000 euros ont été octroyés.Cette année, 50 000 euros supplémentaires seront ajoutés. Le fonds élabore des plans nationaux de protection en Afrique. La Belgique est membre du comité de gestion depuis 2014, ce qui lui permet d'assister à l'évaluation et à l'approbation des projets.

Notre pays subventionne également le parc national des Virunga, qui est géré par le Belge Emmanuel de Merode. Les subventions aident la population locale à trouver d'autres sources de revenus pour remplacer le braconnage. Cette année, la contribution belge s'est élevée à 100 000 euros. Le Flanders Meeting and Convention Centre Antwerpen du ZOO d'Anvers, internationalement connu sous le nom de « a Room with a ZOO », a également financé les travaux de Merode dans le parc des Virunga en 2018 avec une contribution de 25 000 euros.

Enfin, le SPF Santé publique offre le soutien suivant :

  • Une contribution annuelle de 15 000 euros à l'ONG Traffic pour soutenir EU-Twix, un outil efficace d'échange d'informations entre autorités de contrôle. Il comprend également une base de données dans laquelle des informations sur les saisies sont conservées et analysées ;
  • Une subvention de 25 000 euros à Traffic en 2017 pour le développement d'Africa-Twix, la composante africaine de EU-Twix ;
  • Une subvention de 45 000 euros à ETIS (Elephant Trade Information System), un système d'information complet pour détecter le commerce illégal de l'ivoire et d'autres produits d'éléphant. L’objectif est d’enregistrer et d’analyser les évolutions de ce commerce illicite.

 

 

Biodiversité SPF Santé publique
Retour Planète
Imprimer
Dans la même thématique - Article 2 /23 « Soit on organise la transition, soit on la subira »