La Belgique s'engage pour des médicaments de bonne qualité

Toon De Clerck
28 janvier 2019
Dans les pays en développement, environ 1 médicament sur 10 ne répond pas aux critères de qualité. Avec la Be-cause Health Charter on Quality of Medicines, la Belgique a décidé en 2008 de s'engager en faveur de médicaments de qualité. Cependant, une marge d’amélioration subsiste.

La Belgique fait figure de pionnière dans la promotion de la qualité des médicaments. En 2017, le ministre compétent Alexander De Croo a signé une déclaration d'engagement à ce sujet. L'accès à des médicaments de qualité a alors été remis en avant comme une priorité. La Belgique s'y intéresse depuis un certain temps déjà. Depuis 10 ans, la Be-cause Health Charter veille au respect de la qualité des produits utilisés dans les programmes humanitaires et de développement. Pour célébrer cet anniversaire, le SPF Affaires étrangères a invité en novembre 2018 plusieurs experts à un séminaire pour évaluer et optimiser les initiatives belges. Des experts du Niger et de Madagascar ont partagé leurs expériences avec Glo.be.

 

De Madagascar au Niger

Tahina Andrianjafy est directeur de SALAMA (Centrale d’Achats de Médicaments Essentiels et de Matériel Médical de Madagascar). SALAMA, fondée en 1996, est responsable du contrôle des médicaments et du matériel médical à Madagascar. À cette fin, elle coopère avec des ONG et des organisations internationales, telles que l'UE.

M. Andrianjafy explique que le système de santé malgache est confronté à de nombreux défis : « À la suite d’une période d'instabilité politique vers 2010, le budget des soins de santé a diminué. Actuellement, il représente environ 8 % du PNB, alors que les normes internationales exigent une part de 15 %. Le pouvoir d'achat de la population constitue également un problème. Les habitants ne peuvent se permettre de payer des soins de santé ».

Barira Dan Nouhou dénonce d'autres points problématiques. Elle travaille pour la Medicines Regulatory Authority nigérienne. « Le Niger élabore une politique nationale cohérente en matière de santé. Nous rencontrons beaucoup d'obstacles. De nombreux produits de mauvaise qualité entrent illégalement au Niger parce que nous ne sommes pas en mesure de contrôler intégralement nos frontières. En outre, la chaîne de distribution – c'est-à-dire l'ensemble des distributeurs qui acheminent un médicament vers le client – est très fragmentée, ce qui complique le suivi. En ce qui concerne le contrôle technique des produits, nous avons également besoin d'aide, car nous n'en avons pas encore l'expérience. »

Andrianjafy et Dan Nouhou saluent l'initiative belge. « Je suis ravie qu'ils aient pris cette initiative », déclare Dan Nouhou, « ils sont vraiment déterminés à garantir la qualité des produits dans leurs pays partenaires. »

De nombreux produits de mauvaise qualité entrent illégalement au Niger parce que nous ne sommes pas en mesure de contrôler intégralement nos frontières. En outre, la chaîne de distribution est très fragmentée, ce qui complique le suivi.

Barira Dan Nouhou

Tout est perfectible

Certes, un important travail a déjà été accompli au cours des dix dernières années. Cependant, des progrès restent à réaliser. Hans Hogerzeil, professeur de « Global Health » à l'Université de Groningue, confirme les problèmes cités par Andrianjafy et Dan Nouhou.

Selon M. Hogerzeil, « de nombreux pays en développement consacrent en moyenne beaucoup trop peu de ressources aux médicaments. Selon une étude de la Commission Lancet, les pays devraient dépenser au moins 13 dollars par an et par personne pour les médicaments nécessaires. Mais beaucoup n'y parviennent pas. La garantie de qualité y reste également trop incertaine. Les médicaments de mauvaise qualité coûtent une fortune à la société, ils réduisent la confiance des gens dans les soins de santé et renforcent la résistance aux antibiotiques ».

Les médicaments de mauvaise qualité coûtent une fortune à la société, ils réduisent la confiance des gens dans les soins de santé et renforcent la résistance aux antibiotiques.

Hans Hogerzeil - Université de Groningue

M. Hogerzeil formule quelques recommandations pour remédier à ces problèmes : « les pays donateurs doivent fournir une assistance technique aux pays en développement et éviter de donner du matériel médical de récupération. Ces pays devraient également prêter une oreille plus attentive aux besoins de la population sur le terrain et proposer des produits conformes à la législation locale. Bien entendu, un soutien financier continu reste indispensable. »

Pourtant, M. Hogerzeil ne trouve aucun intérêt dans une guerre contre les médicaments contrefaits. « Nous ferions mieux de nous concentrer pleinement à la garantie de la qualité. Si des médicaments authentiques sont disponibles à un prix raisonnable, les médicaments de moindre qualité seront automatiquement délaissés. »

Malgré l'initiative belge étalée sur ces 10 dernières années, il reste du travail à réaliser. Ou, comme l'a conclu le ministre de la coopération au développement, Alexander De Croo, dans son discours d'ouverture : « We need to get engaged. »

 

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La déclaration d'engagement belge en faveur des médicaments de qualité

Cette déclaration fait de la Belgique le premier pays donateur à s'engager pour garantir la qualité des médicaments au niveau de la coopération avec les autres gouvernements, qu'il s'agisse de sa coopération au développement ou de ses programmes humanitaires. Les partenaires associés à la mise en œuvre (l'agence belge de développement Enabel, les ONG médicales, BIO) veillent également à ce que seuls des médicaments authentiques soient utilisés, bien que cela ne soit pas toujours possible.

Au niveau international également, notre pays est un défenseur des médicaments de qualité au sein de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale de la santé, entre autres. De plus, la Belgique dispose d'une loi obligeant les entreprises pharmaceutiques à produire des médicaments de qualité garantie, même s'ils sont destinés à l'exportation. Tous les États membres de l'UE ne sont pas encore parvenus à ce stade.

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