La communauté internationale veut éradiquer les maladies tropicales

Chris Simoens
15 juin 2017
L'Organisation mondiale de la santé (OMS), les compagnies pharmaceutiques, les gouvernements, les fondations caritatives, tous s’unissent pour éradiquer définitivement les maladies tropicales négligées (MTN). Tel était le message lors d'une conférence sur les maladies tropicales négligées à Genève le 19 avril 2017.

L’horreur

Les habitants des régions tropicales doivent faire face à une série de maladies mortelles et douloureuses qui ne surviennent que dans ces régions (Glo.be, 4/2014, p. 19). Elles s’accompagnent souvent de terribles malformations du corps. Citons par exemple la lèpre ou l’éléphantiasis, cas dans lequel des nématodes parasites font enfler les membres jusqu’à atteindre des proportions sans précédent. La maladie du ver de Guinée cause une douleur brûlante lorsqu’à un certain stade de l'infection, ils migrent sous la peau vers le bas des jambes. C’est cette horreur qui a poussé Margaret Chan, l’une des dirigeante de l’OMS, à renforcer la lutte contre les maladies tropicales négligées.

Il existe de grands fonds mondiaux pour la malaria, la tuberculose et le sida. Mais les autres maladies tropicales sont trop longtemps restées dans l’ombre. Les maladies tropicales négligées touchent pourtant 1 personnes sur 6 à travers le monde, dont un demi-milliard d’enfants. Les pauvres parmi les pauvres - qui vivent dans des conditions d'hygiène déplorables – en sont les principales victimes. La maladie les pousse encore davantage en marge de la société. Les MTN sont une conséquence de la pauvreté, et en constituent également une cause.

 

Les maladies tropicales négligées touchent pourtant 1 personnes sur 6 à travers le monde, dont un demi-milliard d’enfants. Les pauvres parmi les pauvres - qui vivent dans des conditions d'hygiène déplorables – en sont les principales victimes.

Les sociétés pharmaceutiques

Dans les années 1970, la société pharmaceutique Merck a développé l’ivermectine, un médicament contre les vers parasites chez les animaux. William Campbell, parasitologue chez Merck, a suggéré que l’ivermectine pourrait aussi être efficace contre la cécité des rivières. Cela semblait effectivement être le cas. Mais les patients ne pouvaient pas payer ce remède. En 1987, Merck a décidé de le mettre à disposition gratuitement. S’est alors posé le problème du manque de professionnels de la santé, en mesure de dépister les malades, souvent cachés, de les convaincre et de les suivre.

Peu à peu, d’autres partenaires ont emboité le pas : l’OMS, la Fondation Bill & Melinda Gates, le Centre Carter, la Banque mondiale, les gouvernements, des entreprises comme GSK, Pfizer et Novartis. Un appel du parasitologue David Molyneux en 2004 a aidé à la conscientisation. Margaret Chan et Bill Gates y mettent aussi du leur. Leur implication a conduit à la Déclaration de Londres. Une coalition internationale – dont 13 firmes pharmaceutiques – se sont engagées à s’investir dans la lutte contre 10 MTN.

La déclaration a donné le départ de la transition. Depuis lors, huit pays (dont le Cambodge, le Togo et le Sri Lanka) ont réussi à éliminer l'éléphantiasis. Le Mexique, la Colombie, le Guatemala et l'Équateur ont éradiqué la cécité des rivières. Et des centaines de millions de personnes ont été traitées pour diverses maladies tropicales grâce aux dons des entreprises concernées.

Cinq ans plus tard, le 18 avril 2017, à la veille d'une conférence sur les maladies tropicales négligées à Genève, plusieurs directeurs généraux des sociétés pharmaceutiques ont confirmé leur engagement à parvenir à l'éradication complète. Non seulement en donnant des comprimés gratuits, mais aussi en élaborant de meilleurs traitements, y compris spécifiques pour les enfants.

Le ministre De Croo avec Bill Gates  lors d’une initiative contre la maladie du sommeil à Genève
© Glo.be

Bill Gates

Des fondations telles que la Bill & Melinda Gates Foundation et le Centre Carter ont également apporté leur pierre à l’édifice. Bill Gates a annoncé consacrer 335 millions de dollars au cours des quatre prochaines années. Dans un message vidéo, Jimmy Carter se dit vouloir poursuivre sans relâche la lutte contre la maladie du ver de Guinée. Des établissements universitaires et divers gouvernements ont également promis de s'engager pleinement. Dans l'ensemble, la tendance de la conférence de Genève a été teintée d'optimisme et de détermination. Le ministre de la Coopération au Développement, Alexander De Croo, ainsi que Bill Gates, ont fait part de l'initiative d’éradiquer la maladie du sommeil (cadre).

 

Le pouvoir des partenariats

La dirigeante de l’OMS, Margareth Chan, ne pouvait pas insister assez sur ce point. « Avec cette initiative, nous démontrons le pouvoir des partenariats. Aucune organisation ne peut agir seule, nous devons unir nos forces. Les ONG peuvent critiquer notre coopération avec les compagnies pharmaceutiques mais sans eux, nous n’aurions jamais pu réaliser ceci. Ça doit servir d’exemple à d'autres maladies et secteurs ! »

On a également fait l'éloge de gouvernements des pays où surviennent les maladies : leur engagement constant est essentiel pour mener à bien le combat. Les efforts inlassables des agents de santé locaux méritaient encore davantage de compliments. Ils apportent en effet les médicaments à la population. En moto, à vélo ou à pied sur des routes accidentées, boueuses, des rivières, rien ne les empêche d’atteindre même les zones les plus reculées.

 

Deux hommes traversent une rivière en portant un vélo

Plus que des médicaments

Les pilules seules ne peut pas éradiquer les maladies. L'OMS veut aussi empêcher de nuire les porteurs de la maladie - les moustiques et autres insectes. De plus, les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles vivent les plus démunis doivent s’améliorer. Dans le cas contraire, le problème persistera. Par conséquent, l'OMS accorde une attention particulière aux installations sanitaires et à l'eau potable. Par ailleurs, l’organisation des Nations Unies considère que sa lutte contre les maladies tropicales négligées s’inscrit dans le cadre des objectifs de développement durable (ODD). Les ODD veulent faire du monde un endroit durable pour tous d’ici à 2030. Plusieurs ODD sont étroitement liés à la santé, comme l’ODD1 (élimination de la pauvreté), l’ODD2 (élimination de la faim) et l’ODD11 (villes durables).

Le slogan de base des ODD fait écho à cette initiative de l'OMS et de la communauté internationale : ne laisser personne de côté ! La lutte doit se poursuivre jusqu'à ce que le dernier patient soit guéri. Les auspices étaient clairement favorables à Genève, comme le ministre De Croo l’a formulé, non seulement pour éradiquer la maladie du sommeil, mais aussi presque toutes les maladies tropicales dans le monde.

 

La Belgique et les maladies tropicales négligées

Le ministre de la Coopération au Développement Alexander De Croo a annoncé à Genève investir 25,3 millions d'euros (27 millions de dollars ) dans la lutte contre la maladie du sommeil. Bill Gates a ajouté 27 millions de dollars. L'Institut de Médecine Tropicale coordonnera le programme. La Belgique a également adhéré à la Déclaration de Londres.

L'IMT est la carte maîtresse de la Belgique dans le cadre de la lutte contre les maladies tropicales négligées. Avec le soutien de la coopération au développement, l’Institut réalise des recherches d'avant-garde pour mettre au point un diagnostic plus aisé des maladies. Sous les tropiques, il dispose d'un vaste réseau de partenaires qui testent cliniquement les médicaments mis au point par les sociétés pharmaceutiques. Une équipe d'anthropologues examine comment les gens réagissent aux campagnes de distribution de lotions anti-moustiques ou de moustiquaires : les utilisent-ils ou non, et pourquoi ?

La réputation de l'IMT n’est plus à faire. Même Bill Gates en a loué les mérites à Genève.

www.itg.be/E/impact-stories

 

 

La coopération au développement aide

La lutte contre les MTN montre le rôle déterminant de la coopération au développement. En effet, elle élimine certains obstacles qui empêchent les pauvres d'améliorer leurs conditions de vie. Ainsi, on dit que le développement rapide du Japon et la Corée du Sud après la seconde guerre mondiale est en partie dû aux programmes visant à administrer des vermifuges aux écoliers. D’un autre côté, la lutte contre les MTN contribue au développement d'un système de santé solide.

 

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