La croissance démographique: comment la gérer ?

Chris Simoens
01 février 2012
Plus de 7 milliards d'individus peuplent aujourd'hui la Terre. Ce chiffre augmente chaque jour de 227.000 unités. La fin de la croissance démographique n'est pas pour demain. Que faire alors pour la limiter et garder viable notre planète ?

Les Terriens sont nombreux, très nombreux. 7 milliards d'êtres humains, comment s'imaginer ce que cela représente ? Si ces 7 milliards de personnes s'alignaient épaule contre épaule, ils rempliraient 1.554 km², soit un peu moins de la moitié de la Province de Namur.

Autre image. Répartissez ces milliards de personnes en groupes de quatre, une famille moyenne en Belgique. Donnez à chaque famille un logement individuel, occupant une surface au sol de 120 m² et un jardin de 125 m². On aurait donc 1,75 milliard de familles occupant 428.750 km². Soit environ les superficies additionnées de l'Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas.

Cela semble étonnamment peu. Mais avec seulement un demi-million de km², nous n'y arrivons pas. Les hommes consomment de la nourriture, des biens et de l'énergie. Des terres supplémentaires sont donc nécessaires: pour l'agriculture, les usines, les bureaux, les magasins, les routes. D'autre part, chaque parcelle de terre n'est pas habitable, et il faut sauvegarder des espaces sauvages. L'espace n'est pas le problème majeur. Mais bien les besoins en eau, en nourriture, en énergie et en matières premières.

LES CHIFFRES

D'abord la bonne nouvelle : nous vivons plus longtemps que jamais auparavant. Au début des années 50, chaque nouveau-né avait devant lui une moyenne de 48 années à vivre. En 2011, l'espérance de vie est de 70 ans. Autre chose, la "fécondité" – le nombre moyen d'enfants par femme – a fortement baissé. Elle est de 2,5 contre 6 dans les années 50. Pour stabiliser une population – qui ne croît ni ne diminue – chaque femme doit avoir en moyenne 2,1 (à 2,3) enfants, c'est le "taux de remplacement".

Population

Pourtant, la population continue d'augmenter. Le tableau 1 indique combien nous serons en 2050 et 2100. Nous ne pouvons naturellement pas prédire à 100 % l'évolution de la taille des familles en Afrique par exemple. Un pronostic est toutefois possible sur la base des chiffres et tendances actuels. Les trois variantes – faible, moyenne, élevée – donnent une marge de variation. On utilise en général la variante moyenne où le taux de fécondité est de 0,5 supérieur à celui de la variante faible, et de 0,5 inférieur à celui de la variante élevée. Ce qui amène des écarts importants. La population en 2100 pourrait ainsi varier de 6,2 à 15,8 milliards. Mais on suppose que la population se stabilisera alors autour des 10 milliards.

Tableau 1 – Pronostic population mondiale (en milliards)

Variante

2050

2100

Faible

8,1

6,2

Moyenne

9,3

10,1

Elevée

10,6

15,8

Fécondité

La fécondité varie fortement à travers le monde. Pour plus de facilité, nous distinguons des zones avec un taux de fécondité respectivement faible, moyen et élevé (voir illustration). Dans les pays à taux de fécondité faible (moins de 2,1), la population atteindra son pic vers 2030. La quasi totalité des pays européens appartient à cette catégorie, mais également des pays comme le Brésil, la Chine, la Tunisie, la Thaïlande, l'Iran et le Vietnam. Cette catégorie représente actuellement 42 % de la population mondiale.

Les pays à taux de fécondité moyen (entre 2,1 et 3) abritent 40 % de la population mondiale. La population y atteindra son pic en 2065. Les pays les plus peuplés de cette catégorie sont l'Inde, les Etats-Unis, l'Indonésie, le Bangladesh, le Mexique et l'Egypte.

Dans les pays à taux de fécondité élevé (plus de 3), la population continuera à croître jusque 2100. Y vivent aujourd'hui 18 % de la population (1,2 milliard de personnes), mais d'ici 2100 ce chiffre devrait grimper à 4,2 milliards. Les pays les plus peuplés sont le Pakistan, le Nigeria, les Philippines, l'Ethiopie, la RD Congo et la Tanzanie. Presque tous les pays d'Afrique noire ont une fécondité élevée. C'est là que la grande majorité des nouveaux habitants de notre planète verront le jour.

Croissance de la population mondiale et fécondité

Continent 2011 2050 % croissance
Afrique 1051 2300 + 119 %
Europe 740 725 - 2 %
Amérique du Nord 346 470 + 36 %
Amérique latine & Caraïbes 596 746 + 25 %
Asie (sans la Chine) 2870 3971 + 38 %
Chine 1346 1313 - 2 %
Océanie 37 62 + 68 %

Phases de croissance

Le tableau 2 fournit quelques chiffres de pays appartenant à des catégories de fertilité distinctes. Les trois pays illustrent du même coup les phases de croissance classiques que connaît une population. Tout d'abord des taux élevés de natalité et de mortalité (RD Congo), puis le taux de mortalité baisse progressivement, et, un peu moins vite, le taux de natalité aussi. Le taux de natalité se rapproche peu à peu du niveau de remplacement de 2,1 (Inde). Dans la dernière phase, les taux de mortalité et de natalité sont tous deux très faibles (Belgique). La population vieillit et la croissance est due (surtout) à la migration.

 

Tableau 2 – Trois pays appartenant à des catégories de fertilité distinctes (2011)

 

Indicateur

RD Congo (élevée)

Inde (moyenne)

Belgique (faible)

Population 2011

67,8 millions

1,241 milliard

11 millions

Population 2050

148,5 millions

1,691 milliard

12,5 millions

Population de moins de 15 ans

46 %

33 %

17 %

Population de plus de 65 ans

3 %

5 %

17 %

Naissances / 1.000

45

23

12

Décès / 1.000

17

7

10

Mortalité infantile pour 1.000 naissances en vie

111

50

3,4

Espérance de vie

49 ans

64 ans

80 ans

Population avec moins de 2 USD par jour

80 %

76 %

Pas de données

Femmes mariées de 15-49 ans utilisant une contraception

18 %

54 %

75 %

Fécondité

4,7

2,6

1,8

Population en zone urbaine

36 %

29 %

99 %

PROBLEMES ET OPPORTUNITES

Croissance démographique rapide dans les pays les plus pauvres

La croissance démographique se concentre majoritairement dans les pays les plus pauvres, ce qui y rend la lutte contre la pauvreté encore plus difficile. En 2050 par exemple, la population d'Afrique noire (aujourd'hui 883 millions) atteindra les 2 milliards, dont de nombreux enfants. Il faudra, pour faire face à cette croissance, au moins doubler le nombre de sages-femmes. Les centres de santé et les écoles devront élargir leurs capacités d'accueil. Sans parler de l'approvisionnement alimentaire. Le Niger et la Zambie verront même plus que tripler leur population d'ici 2050.

Opportunité : Cette multitude de jeunes représente une immense force de travail qui pourrait propulser ces pays vers l'avant. Pour autant qu'il y ait du travail. C'est pourquoi il faut stimuler l'enseignement et le travail et lutter contre la corruption. Sans opportunités, les jeunes sont une bombe à retardement.

Vieillissement

On assiste dans les pays plus développés – Europe, Japon, Australie, Canada, etc. – à un vieillissement rapide de la population. On compte aujourd'hui 4 adultes au travail pour une personne âgée ; en 2050, ils ne seront plus que 2. Une personne sur trois aura plus de 60 ans. Des mesures doivent permettre de maintenir la société en mouvement. Ce pourrait être notamment en prolongeant la période d'activité des travailleurs. Les migrants en provenance de pays à taux de fécondité (plus) élevé seront plus que bienvenus. C'est au final un vieillissement de la population qui se produira dans le monde entier.

Opportunité : Les personnes âgées sont – peut-être – plus sages, plus écologiques et économes, moins sensibles aux tentations de la consummation.

Migration

Aujourd'hui, 214 millions de personnes vivent déjà hors de leur pays natal. Une explosion démographique dans les pays les plus pauvres créera inévitablement un effet d'aspiration vers les pays plus riches. Les plus diplômés quittent souvent les pays pauvres car ils n'y trouvent pas de travail décent : c'est la fuite des cerveaux.

Opportunité : Actuellement, l'Europe a plutôt tendance à rejeter les migrants. Il s'agit néanmoins pour une population vieillissante d'une source indispensable de main d'oeuvre. Dans les pays pauvres, les compatriotes qui ont "réussi" à l'étranger peuvent avoir un effet bénéfique. En 2010, ils ont envoyé 262 milliards d'euros, et des idées inspirantes.

Urbanisation

La moitié de la planète vit actuellement en zone urbaine. Cela ne veut pas dire nécessairement que toutes ces personnes sont entassées dans des mégapoles. Les "citadins" vivent surtout dans des petites villes et des villages. D'où ce pourcentage de 99 % de Belges considérés comme vivant en zone urbaine ! L'Inde, qui compte des mégapoles comme Mumbai ou Delhi, a une population rurale avoisinant encore les 70 %.

Ce sont les zones rurales qui connaissent la plus forte croissance démographique. Or, leurs habitants partent en masse. En 2050, moins de 50 % de la population indienne vivra à la campagne. La Chine et le Nigeria voient leur population urbaine grimper de 50 % aujourd'hui à environ 70 % en 2050.

Quand les ruraux arrivent dans les bidonvilles, c'est souvent pour y vivre dans une misère sans nom. Les installations sanitaires font généralement défaut et les maladies contagieuses se contractent facilement. La population des bidonvilles s'élève actuellement à 828 millions. Elle poursuivra sa hausse, mais moins rapidement que l'ensemble de la population urbaine.

Opportunité : Dans les villes, la limitation des naissances se fait spontanément. Les citadines travaillent en effet à l'extérieur pour survivre. Elles ont donc moins de temps pour s'occuper d'enfants. D'autre part, elles n'ont plus besoin d'enfants pour travailler aux champs. Malgré la misère, les gens continuent à choisir les villes car ils y trouvent plus facilement du travail. Les villes offrent également de meilleurs services de proximité (soins de santé,…).

Consommation

La hausse de la population entraîne une hausse de la consommation : en eau, nourriture, énergie et matières premières. La hausse démographique est plus élevée dans les pays les plus pauvres, où la consommation est la plus faible. Les gros consommateurs sont les riches pays industrialisés. Les pays émergents comme la Chine, le Brésil et l'Inde s'approchent toutefois à grands pas du niveau des pays riches. L'augmentation de la consommation signifie aussi généralement davantage de pollution et d'émissions de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone (CO2). Nombre de villes chinoises sont aujourd'hui à peine habitables en raison de la pollution atmosphérique. Les émissions de CO2 accélèrent le changement climatique. Actuellement, 7 % de la population mondiale – le demi-milliard d’êtres humains les plus riches – est responsable de la moitié des émissions de CO2, alors que 7 % des émissions sont dues aux 50 % (d’habitants) les plus pauvres.

Vue d'une grande ville
© UN Photo Kibae Park

L'espace n'est pas le problème majeur. Mais bien les besoins en eau, en nourriture, en énergie et en matières premières.

SOLUTIONS

 

Freiner la croissance démographique

Au travers de sa politique de l'enfant unique, la Chine a imposé la limitation des naissances. Or, on estime aujourd'hui que seule la régulation volontaire des naissances est vraiment efficace. Les femmes sont le principal groupe-cible. Car si elles pouvaient décider seules du nombre d'enfants, le taux de fécondité chuterait automatiquement en dessous du taux de remplacement de 2,1.

Sont donc nécessaires :

(1) Un enseignement primaire et secondaire de qualité pour les fillettes (et les garçons), incluant une éducation sexuelle. Plus les femmes sont informées, plus critiques seront leurs propres choix. Elles doivent pouvoir décider librement, sans aucune pression de la part d'un époux, de la famille ou de la société. Les autorités doivent encourager la limitation des naissances.

(2) Des moyens contraceptifs abordables et disponibles, accessibles également aux jeunes, afin de permettre la régulation des naissances. Dans beaucoup de pays africains, les 14-16 ans ont déjà des relations sexuelles, ou sont déjà mariés. Ils ne peuvent toutefois se procurer des contraceptifs qu'auprès d'un docteur et accompagnés d'un parent.

(3) Des soins de santé de qualité, de manière à réduire les taux de mortalité infantile et maternelle. La réduction de la mortalité infantile entraîne au départ une hausse de la population, mais les femmes ont de ce fait moins d'enfants. Un taux de mortalité infantile réduit est un excellent frein à la natalité.

(4) Un développement économique dans le Sud. L'accroissement du bien-être s'est accompagné dans de nombreux pays d'une baisse des naissances. Il n'existe toutefois pas forcément de lien. Un pays pauvre comme le Bangladesh p.ex. affiche déjà un faible taux de fécondité car les femmes ont été éduquées et ont accès à la contraception.

(5) Un soutien financier des donateurs. Ces dernières années, les donateurs réduisent leur soutien au contrôle des naissances. La Belgique quant à elle continue à soutenir les activités du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP - 5,5 millions euros en 2011).

Consommer autrement et développer l'écologie

Le Sud a le droit de se développer, mais ce développement doit idéalement être le plus écologique possible. Le Nord doit modifier radicalement son mode de consommation : moins de gaspillage, plus de recyclage, et des alternatives renouvelables. Il devient urgent d'économiser la nourriture, l'eau, l'énergie et les matières premières. Ce n'est qu'ainsi que la planète pourra faire vivre les 10 milliards de personnes attendues.

Femme devant un grand panneau affichage : "7 milliards"
© UN Photo Rick Bajornas
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