La digitalisation de l’agriculture, un outil inestimable pour le Sud

Sophie Carreau
03 décembre 2019
Ella Mazani possède une ferme de maïs, à Shurugwi, au Zimbabwe. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, elle s’appuie sur les recommandations d’un conseiller agricole. Et aujourd’hui,  son téléphone portable est venu compléter sa panoplie d’outils de gestion agricole. La digitalisation de l’agriculture est en marche !   

La digitalisation de l’agriculture (D4Ag), qu’est-ce que c’est ?

De manière générale, la « digitalisation de l’agriculture » désigne l’utilisation des technologies de l’information et de la communication– aussi appelées ICT ou TIC – dans le secteur agricole, mais aussi l’utilisation de nouvelles technologies digitales. Ces dernières englobent, par exemple, les vidéos, la radio, la télévision, Internet, la détection à distance, la diffusion digitale, l’utilisation des smartphones (la mobile agriculture, aussi appelée m-agri), l’intelligence artificielle, etc. Toutes ces technologies permettent d’une part d’accéder, de stocker, de transférer et de manipuler les informations, mais aussi de les analyser et de leur donner du sens, afin de transformer l’agriculture en un secteur plus rentable, durable et inclusif.

Par exemple, pour les paysans qui habitent dans des régions reculées, sans accès à un système bancaire, il est parfois difficile d’effectuer ou recevoir l’argent qui leur est dû pour leur production. Grâce aux nouvelles technologies, ils peuvent désormais s’appuyer sur leurs téléphones mobiles pour procéder à leurs paiements.

Les réseaux sociaux et les services de messagerie (comme WhatsApp) sont également mis à contribution. Des groupes sont créés sur Facebook, via lesquels les fermiers peuvent échanger des informations sur les dernières innovations, les nouvelles techniques et pratiques efficaces.

Ces dernières englobent les vidéos, la radio, la télévision, Internet, la détection à distance, la diffusion digitale, l’utilisation des smartphones (la mobile agriculture, aussi appelée m-agri), l’intelligence artificielle, etc.

Les avantages

La digitalisation a un impact positif sur la productivité, l’accès aux marchés, l’inclusion financière et l’offre de services.

En effet, les nouvelles technologies facilitent et accélèrent la communication des prix. Elles permettent également aux communautés de producteurs de se regrouper et de contrôler une plus grande part des marchés et de la chaîne de valeur. En connectant ainsi les agriculteurs, on leur facilite l’accès aux informations sur les marchés d’intrants et de produits, et ainsi que l’accès aux services de conseil.

Il faut aussi savoir qu’en Afrique subsaharienne, de plus en plus de jeunes quittent leurs foyers à la campagne en quête de meilleurs emplois. L’agriculture ne les attire que très peu. Cependant, selon le Centre Technique de coopération Agricole, la digitalisation de l’agriculture pourrait rendre le métier plus attractif pour les jeunes. En effet, le CTA rapporte que 71% des jeunes agriculteurs de moins de 35 ans utilisent ces services, notamment pour commercialiser leurs produits dans le monde entier grâce aux réseaux sociaux, contacter des acheteurs sans se déplacer, … L’innovation numérique peut donc avoir un impact positif sur une partie du problème d’émigration auquel est confrontée l’Afrique subsaharienne.

La digitalisation de l’agriculture pourrait rendre le métier plus attractif pour les jeunes. Ainsi, l’innovation numérique peut donc avoir un impact positif sur une partie du problème d’émigration auquel est confrontée l’Afrique subsaharienne.

Un Africain regarde une liste sur son smartphone.
© CTA/Muiss project

L’innovation pourrait également jouer un rôle dans l’amélioration de la vie des femmes. Si pour l’instant, seuls 25% des femmes utilisent la technologie dans l’agriculture – alors qu’elles représentent 45% de la main d’œuvre agricole – le directeur du CTA Michael Hailu estime que la digitalisation « pourrait avoir une forte incidence sur la création d’opportunités pour les femmes », à condition qu’on en facilite l’accès. De fait, disposer et utiliser un téléphone portable en tant que femme est très compliqué. D’une part parce que leur prix est élevé et d’autre part, car elles n’ont pas toujours les compétences digitales requises pour s’en servir.

La digitalisation permet également de lutter contre les ravageurs et les maladies, notamment grâce à l’utilisation des drones. Ceux-ci rendent l’épandage de traitements bien plus rapide et moins coûteux, et permettent d’augmenter le rendement des cultures et de réduire les risques de pertes post-récoltes. Les drones, au même titre que les images satellites, sont aussi utilisés pour récolter des données qui permettent de disposer de meilleures informations de surveillance. Ils ont, par exemple, plus d’informations sur la météo et peuvent ainsi s’adapter plus facilement aux conditions climatiques, planifier leur tâches et contribuer à la conservation des sols. Pour ces raisons, la digitalisation est vue comme l’un des moyens les plus prometteurs de lutter contre la faim dans le monde – et principalement en Afrique – tout en préservant les ressources naturelles et la biodiversité.

De manière plus générale, la digitalisation de l’agriculture pourrait aider à créer des centaines de milliers de postes dans la technologie agricole, le support informatique et la transformation des produits agricoles. Elle sera utile pour améliorer globalement la qualité de vie des producteurs, ainsi que leurs revenus.

Un drone survole un champ de thé avec des cueilleurs de thé en Afrique.
© CTA

Des projets concrets menés par la Belgique

Des projets très concrets de digitalisation sont menés par la coopération non-gouvernementale dans le secteur de l’agriculture au Vietnam et au Cambodge, et soutenus par la Belgique.

 

1. Eclosio au Cambodge

Eclosio est une ONG de l’Université de Liège, active au Cambodge. Tout d’abord, Eclosio a contribué à mettre en place une plateforme appelée « Paddy Trading Platform ». Il s’agit d’une plateforme de commerce en ligne sur laquelle les coopératives de paysans peuvent placer des annonces de riz paddy (riz non-décortiqué et non-traité). Les acheteurs et exportateurs enregistrés peuvent effectuer des recherches, filtrer les données en fonction des critères qu’ils recherchent et ont même la possibilité de recevoir une notification en khmer ou en anglais, par e-mail ou par sms, à chaque fois qu’une nouvelle offre est posée.

Mais ce n’est pas tout ! L’un des partenaires d’Eclosio, ISC, utilise des drones pour planifier les productions agricoles et estimer les possibilités d’irrigation des cultures. L’ONG travaille aussi sur une application pour smartphones via laquelle il sera possible de mettre producteurs et acheteurs en relation.

 

3. VLIR-UOS au Vietnam

VLIR-UOS, qui est lié au Conseil Flamand Interuniversitaire (le pendant néerlandophone de ARES), est notamment actif au Vietnam. Ils y recueillent des données sur les sols, les gaz à effet de serre et les cultures de riz pour calibrer des modèles informatiques qui serviront à améliorer les sols, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, l’eau et les engrais. Une application sur smartphone sera développée pour permettre aux agriculteurs d’évaluer l’effet du nouveau système de culture et contribuera à sensibiliser le public sur la dégradation des sols.

 

3. Enabel au Burundi

Enabel a construit un atlas numérique des marais, bas-fonds et plaines irrigables du Burundi. Cet atlas reprend des informations sur les caractéristiques des sols, notamment les caractéristiques hydrologiques, mais aussi des informations sur le climat et les cultures de la région cartographiée. Construit comme une infrastructure de données spatiales, cet outil interactif et convivial a pour but de renforcer la connaissance des marais, bas-fonds et plaines irrigables, d'analyser leur rentabilité et de planifier leur mise en valeur et leur aménagement. Pour ce faire, Enabel utilise des « systèmes d’informations géographiques » (GIS). En réunissant les données des images satellites aux données des cartes locales dans les appareils GPS, ils sont ainsi en mesure de fournir des informations utiles aux décideurs politiques pour mieux évaluer le potentiel de l’agriculture irriguée, mieux planifier les travaux d’infrastructure ou encore orienter les futures actions d’investissement dans le secteur agricole.

Enabel ne s’arrête pas là et met aussi en place d’autres projets  au Bénin, au Niger, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal et en Tanzanie. L’organisation soutient aussi d’autres initiatives déjà existantes localement, notamment via le programme WeHubit.

 

L’avenir

La digitalisation de l’agriculture est donc un thème très actuel et qui offre de nombreuses solutions aux questions que nous nous posons aujourd’hui sur le climat, l’agriculture et l’alimentation durable. Cependant, c’est surtout un secteur qui en est encore à ses premiers pas et qui, grâce à un soutien international, évoluera pour nous en offrir davantage.

 

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Quelles priorités pour la Coopération belge au Développement pour la digitalisation ?

 

1. Une meilleure utilisation des (méga) données et de l’information, c’est-à-dire investir dans des outils et des politiques pour améliorer l’accès et l’utilisation des données. Celles-ci seront utilisées pour produire des informations exploitables qui permettront aux acteurs du développement de prendre de meilleurs décisions et ainsi améliorer leur impact.

 

2. Le digital pour des sociétés inclusives, c’est-à-dire utiliser le potentiel du numérique pour permettre à plus de personnes de profiter d’une intervention ainsi que pour réduire le seuil permettant aux groupes vulnérables (utiliser ‘Interactive Voice Response’ pour les analphabètes) de jouir de leurs droits démocratiques, de bénéficier d’un accès égal aux services de base, de participer à la vie publique et d’être financièrement et économiquement inclus dans la société.

 

3. Le digital pour une croissance économique durable et inclusive, c’est-à-dire supporter les interventions qui font de la digitalisation un moyen de créer de l’emploi.

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