La lèpre n’est pas une maladie du passé

Antoine Delers
28 mai 2019
Contrairement à ce que nous pourrions penser, la lèpre n’appartient pas au passé. Comment vraiment éradiquer cette maladie affreuse ?

La lèpre aujourd’hui


La lèpre est une maladie infectieuse causée par un bacille qui se multiplie lentement dans l’organisme infecté. Elle touche principalement les populations les plus pauvres et les plus vulnérables. En 1985, environ 5.4 millions de personnes dans le monde souffraient de la lèpre. Heureusement, au cours des dernières décennies, la lutte contre cette maladie a atteint des résultats impressionnants.


Aujourd’hui, quelque 216.000 nouveaux patients sont recensés chaque année dans des pays comme le Brésil, l’Inde, l’Indonésie et les Philippines, soit une diminution de 96 % depuis 1985. Ce succès est principalement dû à des programmes intensifs de contrôle : détection précoce et traitement par des médicaments efficaces. L’introduction de la polychimiothérapie (PCT) dans les années 1980, une thérapie qui combine deux ou trois médicaments différents, constitue le moyen le plus efficace pour lutter contre la pathologie.


Toutefois, le combat n’est pas terminé. Bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait déclaré son élimination en 2000, le fardeau de la maladie reste important tant pour l’individu que pour la société dans certaines régions du monde. Si la lèpre n’est plus considérée comme un problème majeur, la maladie risque d’être négligée ou oubliée. Car malgré la régression de la lèpre, le nombre de nouveaux malades par an ne descend pas sous le seuil des 200.000, ce qui est alarmant. 


Aujourd’hui, la lèpre se contracte principalement dans les pays pauvres, et plus particulièrement dans les régions où l’accès aux soins de santé s’avère limité. De plus, les populations locales ne connaissent parfois pas les premiers symptômes de la maladie et tardent à se déplacer pour consulter un médecin. Parallèlement, vu la diminution de la fréquence de la lèpre, les soignants locaux sont moins souvent confrontés à la maladie et ont parfois du mal à en identifier les signes précoces. Même si l’OMS ne considère plus la lèpre comme une véritable menace pour la santé publique, le dépistage précoce de la maladie reste nécessaire, notamment pour éviter sa propagation et augmenter le taux de guérison.

Si la lèpre n’est plus considérée comme un problème majeur, la maladie risque d’être négligée ou oubliée.

Les malades : victimes de discrimination


Dans certaines régions, de nombreuses méconnaissances persistent au sujet de la lèpre, de sa cause et ses symptômes, ce qui ne facilite pas le dépistage. Colonies de patients déformés, quarantaine, exil, contamination, discrimination et honte sont des réalités encore bien présentes dans le monde. Les personnes qui sont atteintes de la maladie sont non seulement victimes de toutes sortes de malformations, mais aussi de discriminations. Les malades se retrouvent souvent expulsés de leurs familles et de la société. Dans certaines régions du monde, ils sont contraints de vivre dans des « colonies de lépreux ». « C’est un endroit sûr. Dehors, nous sommes considérés comme des monstres », confie un malade vivant dans une colonie égyptienne.

Les colonies de lépreux sont des endroits sûrs. Dehors, nous sommes considérés comme des monstres.

Nigérians lavant leurs plaies aux pieds
© Tim Dirven/Action Damien

La nouvelle stratégie de l’OMS


En raison du succès des traitements, l’OMS ne cherche plus à « éliminer la lèpre en tant que problème de santé publique ». Au contraire, sa Stratégie mondiale de lutte contre la lèpre 2016-2020 vise à « parvenir plus rapidement à un monde exempt de lèpre ». Elle s’articule autour de trois piliers :

  • Renforcer la coordination et le partenariat entre les gouvernements ;
  • Éliminer la lèpre et ses complications ;
  • Mettre fin à la stigmatisation et promouvoir l’inclusion.
     

Que fait la Belgique ?


Action Damien


Action Damien est une ONG belge qui lutte contre trois maladies : la lèpre, la tuberculose et la leishmaniose (une maladie moins connue d’origine parasitaire). Elle intervient dans 16 pays, dont l’Inde, le Bangladesh, la République démocratique du Congo, le Niger, le Nigéria, la Bolivie, etc. En 2017, Action Damien est parvenue à soigner plus de 214 000 personnes atteintes d’une de ces trois maladies. Pour lutter contre ces pathologies, l’ONG :

  • Offre une aide médicale aux patients (dépistage, diagnostic, traitement et suivi) ;
  • Lutte contre la stigmatisation et l’ignorance en sensibilisant et en informant les populations locales ;
  • Promeut et facilite le dépistage actif ;
  • Fournit un appui technique et financier à ses partenaires locaux ;
  • Aide les patients après le traitement (programme « Care after cure ») ;
  • Encourage la formation et le partage d’expérience ;
  • Et promeut la recherche scientifique.

L’Institut de Médecine tropicale


L’Institut de médecine tropicale d’Anvers (IMT) contribue au progrès scientifique dans les domaines de la santé publique et de la médecine tropicale. Il effectue entre autres des recherches sur la lèpre. Des chercheurs de l’IMT mènent actuellement le projet PEOPLE aux Comores et à Madagascar, deux pays qui continuent de faire face à de nombreux cas de lèpre. Il s’agit d’une étude qui aborde la lèpre à travers différentes méthodes de traitement préventif de personnes en contact avec des patients de la lèpre, pour essayer d’enrayer la maladie dans ces pays. L’institut est en partenariat avec Action Damien, la Fondation Raoul Follereau et les programmes nationaux de lutte contre la lèpre. Un de ses chercheurs a contribué à améliorer le dépistage actif mené par Action Damien en répandant l’utilisation d’une application mobile : Open Data Kit (ODK). Cette dernière permet d’enregistrer les malades détectés et de cartographier les zones endémiques.

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