La protection des données dans un monde en évolution rapide

Freija Poot
02 juillet 2018
La technologie évolue à la vitesse de l'éclair. Conséquence? Les informations personnelles sont plus accessibles que jamais, y compris dans les pays en développement. Cette technologie facilite l’intrusion dans la sphère privée des individus. C’est pourquoi la protection des données est essentielle pour les organisations humanitaires.

La protection des données est un must

Le droit à la vie privée est depuis longtemps un droit de l'homme, mais la protection des données personnelles est assez récente. Plus de 100 lois et normes spécifiques de protection des données aux niveaux national et régional ont été adoptées ces dernières années. Partout dans le monde, il est de plus en plus admis que la protection des données personnelles fait partie des droits fondamentaux.

Il n’existe absolument aucune raison de se montrer plus flexible en matière de protection des données dans les pays en développement. Au contraire, l'application de normes de protection des données à caractère personnel doit constituer une priorité pour toutes les organisations humanitaires. Elles sont essentiellement actives dans des situations d'urgence, dans lesquelles la protection des données est plus importante que jamais afin d’assurer la sécurité, la vie et le travail des personnes concernées.

 

Collecte de données

Les organisations humanitaires peuvent obtenir des informations personnelles automatiquement ou non, selon la technologie disponible et les circonstances. De cette façon, elles peuvent acquérir des données sanitaires à des fins différentes. Par exemple, pour fournir une assistance médicale essentielle et susceptible de sauver des vies. Ce faisant, les organisations doivent garder à l'esprit que chaque individu a droit à la protection de ses données.

 

Obstacles

Les situations exceptionnelles dans lesquelles les organisations humanitaires opèrent présentent des défis spécifiques. Comment gérer au mieux les informations sensibles qui mettent en danger les individus et leur famille ? Pensez aux données relatives à la race ou à l’origine ethnique, aux orientations religieuse ou politique, à l'implication armée, ou aux données génétiques et biométriques. Mais même une liste de noms en apparence innocente peut être considérée comme sensible. Dès lors, une réglementation générale applicable à toutes les organisations humanitaires n'est pas appropriée.


Une autre difficulté réside dans la législation sur la protection des données des personnes décédées. En l'absence d'une approche uniforme, les organisations humanitaires ont l’habitude d’adoptent leurs propres politiques dans ce domaine, entre autres, en appliquant au défunt les règles sur les données à caractère personnel des personnes physiques.

En outre, les enfants constituent une catégorie particulièrement vulnérable nécessitant une attention particulière. Les intérêts de l'enfant sont, bien entendu, primordiaux dans toutes les décisions qui les concernent. Leurs opinions sont cruciales.

 

Une solution?

Avec l'utilisation croissante des technologies, les organisations humanitaires ne sont plus les seules à traiter des données personnelles dans des contextes de gestion de crise. Il suffit de penser au rôle joué par les opérateurs de téléphonie mobile et aux institutions financières impliquées dans les programmes de transfert d'argent à destination des populations assistées. Ces technologies numériques génèrent des flux de données complexes dont les organisations humanitaires doivent tenir compte lors de l’évaluation des risques. Cela peut, par exemple, représenter un danger pour les personnes travaillant sur le terrain dans un conflit armé. C'est pourquoi la formation est désespérément nécessaire.

 

Source : Handbook on Data Protection in Humanitarian Action (Christoph Kuner & Massimo Marelli). Avec des remerciements particuliers à Lina Jasmontaite.

Que fait la Belgique?

 

En 2016, la Coopération belge au Développement a adopté une stratégie « Digital for Development » dont une des priorités est une meilleure utilisation des méta données (big data). La Belgique souhaite aussi soutenir le développement d’une culture de responsabilité et de transparence afin que les acteurs humanitaires reconnaissent leur propre responsabilité dans l’assurance de la protection des données personnelles dans leur travail. Une attention particulière est dès lors portée à l’occasion de la sélection des projets humanitaires afin de s’assurer que la protection des données des bénéficiaires soit respectée. La Belgique a également accueilli en mars dernier la Conférence sur la protection des données dans l’action humanitaire. Cette conférence marquant le lancement du Manuel sur la protection des données (Handbook on Data Protection in Humanitarian Action), co-écrit par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et le Brussels Privacy Hub.

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