La résistance aux antibiotiques touche également le Cambodge

Toon De Clerck
26 novembre 2018
[Interview] La résistance aux antibiotiques constitue une menace insidieuse pour la santé publique au Cambodge. Invitée par l’Institut de Médecine Tropicale (IMT) à Anvers, la journaliste cambodgienne Sokummono Khan a eu l’occasion d’en apprendre davantage sur ce problème lors de son séjour en Belgique.

La consommation abusive d’antibiotiques constitue-t-elle un problème majeur au Cambodge ?

Assurément. Pour l’heure, notre système de santé est très peu réglementé, ce qui permet d’acheter partout des médicaments sans ordonnance. Les antibiotiques sont donc omniprésents. Le manque de connaissances sur la consommation de ce médicament constitue une autre facette du problème. En effet, les vendeurs n’informent pas leurs clients. Ces substances sont considérées comme le remède à tous les maux, même aux infections virales, qu’elles ne guérissent pas. Pour les maladies nécessitant la prise d’antibiotiques, les patients arrêtent souvent trop tôt leur traitement. Les bactéries hyper résistantes, particulièrement tenaces, survivent, induisant une augmentation de la résistance.

 

Quelles mesures le gouvernement prend-il pour remédier au problème ?

Le gouvernement s’est déjà mis à l’ouvrage. Il tente de limiter la vente d’antibiotiques sans ordonnance, mais l’ampleur du problème ne lui facilite pas la tâche. Même si quelques vendeurs se mettaient à respecter les règles, les clients pourraient toujours s’adresser à quelqu’un d’autre. Le pays prend toutefois de plus en plus conscience de la nécessité de changer les choses. En 2014, en coopération avec des ONG, le gouvernement a lancé des campagnes de sensibilisation de la population aux dangers de l’abus d’antibiotiques. Ces initiatives suscitent un revirement progressif dans l’opinion cambodgienne, qui aspire dorénavant à une réforme de la santé publique.

 

Qu’avez-vous appris en Belgique sur le problème de la résistance aux antibiotiques ?

Ce séjour a élargi ma perception du sujet. Les experts que j’ai rencontrés m’ont fait prendre conscience du caractère mondial de ce problème, qu’il est possible de maîtriser pourvu que l’on dispose d’une expertise suffisante. Malheureusement, le Cambodge ne possède pas un tel savoir-faire.

Femme ou homme, on doit poursuivre ses rêves.

Que peuvent apprendre les chercheurs belges de la situation au Cambodge ?

L’IMT envoie des experts au Cambodge et a noué plusieurs partenariats avec des organisations locales, un point important à mes yeux. Ce travail sur le terrain constitue le seul moyen de mener certaines recherches. L’étude approfondie de l’évolution de la malaria est inimaginable sans expérience pratique. De plus, je pense que les chercheurs occidentaux peuvent également tirer des leçons de l’utilisation des médicaments traditionnels au Cambodge, principalement par les personnes âgées. L’étude de nos remèdes à base d’herbes médicinales pourrait déboucher sur une plus grande diversité de traitements ou de nouvelles découvertes.

 

Quelles sont les conditions de travail des journalistes au Cambodge ?

Beaucoup considèrent ce métier comme assez dangereux. C’est en partie vrai. Le régime fait parfois pression sur les journalistes trop critiques. Mais j’écris sur un sujet différent. Mes thèmes, davantage scientifiques, requièrent des connaissances plus concrètes. Je prends donc moins de risques qu’en rédigeant des articles sur la politique. La façon de présenter l’histoire joue également un rôle. Il faut faire preuve de flexibilité dans les stratégies choisies et recourir, si nécessaire, à des sources anonymes.

 

Quel message adressez-vous aux jeunes (femmes) journalistes ?

Je n’ai pas de message particulier pour les femmes journalistes. Chacun devrait faire ce qui lui donne satisfaction. Femme ou homme, on doit poursuivre ses rêves. Si l’écriture vous passionne, vivez de cette passion. Chacun devrait faire ce qu’il ou elle aime.

Sokummono Khan

 

Sokummono Khan est un talent émergent dans le monde du journalisme. En tant que journaliste multimédia, à la radio et à la télévision pour Voice of America Khmer Service, elle relate des histoires sur la santé, l’éducation, la culture, le genre, la jeunesse et la politique. À l’IMT, elle souhaite en apprendre davantage sur la résistance aux antibiotiques.

Journalist-in-Residence

 « Journalist-in-Residence » est une initiative de l’Institut de Médecine Tropicale (IMT). En 2018, 3 journalistes d’Asie et d’Amérique latine ont eu l’opportunité d’approfondir leurs connaissances sur un sujet relatif à la médecine tropicale ou à la santé mondiale. L’IMT est un partenaire fondamental de la Coopération belge au développement.

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