L'art affronte le VIH

Marloes Humbeeck
13 mai 2019
En Tanzanie, le VIH reste un problème répandu qui découle, en partie, du tabou entourant la maladie. Avec son ONG « Get Up Tanzania » (GUTz), Suzanne ter Haar veut changer cette tendance. Elle nous raconte son histoire.
Suzanne ter Haar

 

Qui ?

Suzanne ter Haar, fondatrice de GUTz (Get up Tanzania).

 

Quoi ? 

Une ONG qui utilise les arts du spectacle pour mettre sur pied une campagne de sensibilisation sur le VIH. L'organisation donne également aux Tanzaniens la possibilité de se faire dépister lors de chaque projet. 

 

Pourquoi ?

Un tabou plane toujours sur le VIH, et de nombreux Tanzaniens ne sont ni informés ni dépistés. Si nous voulons lutter efficacement contre la maladie, nous devons briser ce tabou.

Actuellement, environ 1,4 million de Tanzaniens vivent avec le VIH. Cependant, nous ignorons leur nombre exact car de nombreuses personnes ont peur de se faire dépister. Un grand tabou pèse encore sur la maladie. Les personnes infectées sont souvent considérées avec suspicion, voire bannies de la société.

La peur est grande de se faire dépister et, en l'absence de test, les malades ignorent souvent leur état et transmettent ensuite la maladie involontairement, faisant de plus en plus de victimes. Avec l'ONG « Get Up Tanzania », je veux motiver les jeunes Tanzaniens à se faire dépister pour lutter contre le VIH.

De nombreuses personnes ont peur de se faire dépister. Un grand tabou pèse encore sur le VIH. 

Un coup de foudre

Tout a commencé lorsque je suis partie en vacances en Tanzanie avec ma famille il y a plus de dix ans. Mon père avait posé des conduites d'eau dans les camps de réfugiés durant la guerre au Rwanda. Pour son cinquantième anniversaire, nous sommes retournés à six dans le pays qu'il aime tant. Moi aussi, j'en suis tombée amoureuse au premier coup d'œil et j'ai décidé d'y revenir un jour.

Et en effet. Après avoir terminé mes études de théâtre à Bruxelles, j'ai fait du bénévolat pour l'organisation « Art in Tanzania » et je suis partie. Après six mois, on m'a proposé un contrat et j'ai décidé de rester en Tanzanie pour un certain temps. Au total, il s'agissait d'une période de 3 ans. Aujourd'hui, je vis à nouveau à Bruxelles. Pourtant, la Tanzanie sera toujours comme une seconde patrie. 

 

Une combinaison créative

Pendant mon séjour en Tanzanie, j'ai découvert deux organisations intéressantes œuvrant à la lutte contre le VIH. Le concept de GUTz découle en fait d'une combinaison de ces deux organisations. D'une part, il y avait « Makini », une ONG qui vise à réintégrer les enfants des rues dans la société. Les jeunes ont la possibilité d'utiliser leurs compétences artistiques pour informer leurs camarades sur divers thèmes. Le VIH faisait partie des questions soulevées.

D'autre part, j'ai été très inspirée par le travail de « Pasada », l'organisation locale de prévention du VIH. En déployant des unités mobiles de dépistage, l’organisation souhaite offrir à tous les Tanzaniens la possibilité de faire le test. Même dans les endroits dépourvus de cliniques permanentes. Le problème, c'est que souvent, presque personne n’ osait se présenter. L'étape était trop importante à franchir.

L'ONG se fonde sur le concept de « edutainment ». C'est une combinaison d' « education » et d’ « entertainment ». Nous organisons des festivals de musique et de théâtre pour motiver les jeunes Tanzaniens à participer à la lutte contre le VIH.

GUTz combine le meilleur des deux organisations. L'ONG se fonde sur le concept de « edutainment ». C'est une combinaison d' « education » et d’ « entertainment ». Nous organisons des festivals de musique et de théâtre pour motiver les jeunes Tanzaniens à participer à la lutte contre le VIH. Nous donnons ainsi l'occasion à de jeunes artistes de partager leur talent. En parallèle, nous informons les gens sur la prévention et la transmission du VIH ainsi que sur l'importance du test de dépistage.

Les festivals sont faciles d’accès et les gens peuvent parler du VIH sans honte. Nous avons également chassé l'idée effrayante du « testing ». À la fin des spectacles, les visiteurs ont l'occasion de se faire dépister dans nos différents centres.

Lors de notre premier projet, le bon fonctionnement de cette combinaison créative nous est tout de suite apparu. Par exemple, 149 personnes ont été testées ce jour-là alors que l'organisation « Pasada » n'enregistrait que 12 inscriptions au même endroit quelques mois plus tôt.

Deux femmes et un homme dansent sous l'accompagnement de percussions en Tanzanie.
© GUTz

La population locale

Je ne voulais pas créer une organisation dans laquelle des Occidentaux iraient en Tanzanie pour tout résoudre sur place. Ce sont les Tanzaniens eux-mêmes qui doivent prendre l'initiative et apporter le changement dans leur pays.

La tâche des collaborateurs en Belgique et aux Pays-Bas consiste à maintenir le contact avec les partenaires européens. Les collaborateurs locaux mettent en place les projets. Ils font les recherches et s'occupent des questions pratiques entourant l'organisation des événements.

Même maintenant que je ne vis plus en Tanzanie, je vois régulièrement des événements sur Facebook. Sans mon aide, la population locale continue à créer de nouvelles activités . J'en retire une grande joie et une immense fierté.

Ce qui rend notre organisation si belle pour moi, c'est la façon dont nous collaborons. Tout cela est très personnel. Par exemple, la directrice de GUTz en Tanzanie est déjà venue en Belgique pour faire la connaissance de nos partenaires belges (dont Wereldmissiehulp).

D'autre part, mon ami Pieter et moi voyageons régulièrement en Tanzanie. Il est également membre du conseil d'administration de GUTz et a vécu en Tanzanie avec moi pendant un an. Lorsque nous y séjournons, nous avons l'impression de rester en famille.

Grâce à nos efforts, plus de 10 000 personnes en Tanzanie ont déjà été testées pour le VIH.

Les résultats sont importants

Je suis fière de ce que nous avons déjà réalisé avec GUTz. Grâce à nos efforts, plus de 10 000 personnes en Tanzanie ont déjà été testées pour le VIH. 545 d'entre elles savent maintenant qu'elles sont porteuses du virus. Elles peuvent prendre les médicaments appropriés et adopter des mesures pour ne pas infecter les autres.

De plus, nos actions aident le gouvernement à avoir une meilleure vue sur la prévalence du VIH dans certaines régions. Nous avons fait une découverte choquante dans la région de Shinyanga, où se trouvent plusieurs villages miniers éloignés. Pas moins de 12 % des personnes ont été diagnostiquées séropositives.

Le gouvernement n'était pas du tout conscient de la gravité de la situation. Grâce à GUTz, il sait désormais qu'une intervention est nécessaire dans cette région. De cette façon, un festival ou un spectacle peut peser dans la balance.

 

Si vous voulez en savoir plus sur GUTz, consultez notre site Internet.

Sida Tanzanie
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