Le film : arme d’éducation massive à la citoyenneté mondiale

Antoine Delers
14 mai 2019
Le film est un excellent moyen pour éduquer le grand public à la citoyenneté mondiale. Dans cette optique, la Belgique cofinance des projets audiovisuels et contribue à ouvrir les esprits.

La Coopération belge au Développement considère l’audiovisuel comme un outil puissant. C’est pourquoi, dans le cadre de sa mission d’éducation à la citoyenneté mondiale, elle octroie un soutien financier à des productions audiovisuelles qui traitent de problématiques de développement humain et durable en lien avec les pays du Sud. Élise Pirsoul, notre collaboratrice du Service Éducation au développement au SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement, nous a accordé une entrevue sur le sujet.

Pourquoi la Belgique finance de tels projets ?

La Coopération belge au Développement cherche à éduquer les Belges à la citoyenneté mondiale. Pour ce faire, il faut accroître le sentiment d’interdépendance entre le Nord et le Sud, mais aussi responsabiliser, sensibiliser et conscientiser les Belges sur les enjeux planétaires. Certaines productions audiovisuelles sont considérées comme un outil puissant de sensibilisation du grand public. En conscientisant les spectateurs, ces films contribuent à initier des réflexions et des engagements sur ces enjeux. Ils permettent ainsi de développer la citoyenneté mondiale du public. Selon Élise Pirsoul, « Le film est une arme d’éducation massive. Avec un film, on peut faire le tour d’une situation complexe en seulement une heure ou deux. C’est le meilleur moyen pour toucher beaucoup de personnes en même temps, sans compter que le film est reproductible à l’infini. »

Le film est une arme d’éducation massive. Avec un film, on peut faire le tour d’une situation complexe en seulement une heure ou deux. C’est le meilleur moyen pour toucher beaucoup de personnes en même temps, sans compter que le film est reproductible à l’infini.

Élise Pirsoul

Quel type de projets ?

Dans sa vision éducative, la Belgique soutient financièrement des œuvres de fiction ou d’animation, des documentaires, des séries et des évènements télévisés, ainsi que la promotion d’un film en vue d’une large distribution ou diffusion.

Il ne s’agit pas là d’un vecteur d’aide à la culture, mais d’une aide à la production d’outils d’éducation à la citoyenneté mondiale. Les œuvres sont sélectionnées selon qu’elles abordent des thématiques de conscientisation sur les relations Nord-Sud ou sur des enjeux mondiaux de développement, tels que l’égalité entre les sexes, l’aide humanitaire, les droits de l’homme, la pauvreté, les inégalités sociales, etc. De plus, les projets doivent avoir une portée importante en Belgique avec garantie de large diffusion. Les productions avec accompagnement pédagogique sont également fortement encouragées.

Comment se déroule le processus de sélection ?

L’aide de la Belgique est un cofinancement octroyé à des maisons de production sur base d’une sélection poussée. Un appel par an est organisé. Un comité de sélection analyse les projets déposés et octroie une aide financière aux meilleurs dossiers, dans la limite du budget disponible. Ces dernières années, la Belgique a attribué entre 700.000 et 1.200.000 euros par an à des projets audiovisuels.  

Le comité de sélection est composé d’experts des domaines de la coopération au développement, de l’audiovisuel, de la pédagogie et de l’éducation à la citoyenneté mondiale, dont des représentants :

  • de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B) ;
  • du Fonds audiovisuel flamand (VAF) ;
  • et d’Annoncer la couleur/Kleur Bekennen, le programme d’éducation à la citoyenneté mondiale mise en œuvre par Enabel, l’Agence belge de développement.

Le comité comprend également depuis peu un(e) expert(e) en stéréotypes issu des diasporas africaines, chargé(e) d’évaluer la manière dont l’Afrique, les personnes issues de la diversité et le genre sont représentés dans les projets soumis au jury. L’objectif est d’effectuer une certaine décolonisation des financements audiovisuels. « Nous devons faire attention aux images que nous voulons véhiculer. Les images forment les esprits. Parfois, elles sont empreintes d’un paternalisme inconscient où l’Afrique est victimisée et les blancs représentés en sauveurs », explique Élise Pirsoul.

Pour davantage d’informations sur la procédure de candidature, vous pouvez consulter le vadémécum.

Nous devons faire attention aux images que nous voulons véhiculer. Les images forment les esprits. Parfois, elles sont empreintes d’un paternalisme inconscient où l’Afrique est victimisée et les blancs représentés en sauveurs.

Élise Pirsoul
Affiche du film Insyriated montrant 3 femmes syriennes
© Insyriated

Quelques exemples de projets cofinancés

  • En 2012, Les Chevaux de Dieu s’est vu octroyer un soutien financier de 37.100 euros. Cette production marocaine traite de la radicalisation de deux jeunes frères et de leurs amis, menant à la préparation d’attentats-suicides à Casablanca. Le film a reçu de nombreuses récompenses, notamment au Festival de Cannes.
  • En 2013, L'Homme qui répare les femmes : la colère d'Hippocrate a reçu 30.000 euros d’aide financière. Ce film relate la lutte incessante du docteur Mukwege pour aider les femmes victimes de violences sexuelles pendant la guerre, dans la République démocratique du Congo. Cet homme a reçu de prestigieux prix pour son combat, tels que le Prix Roi Baudouin pour le développement en Afrique en 2011, le prix Sakharov pour la liberté de pensée en 2014 et le prix Nobel de la Paix en 2018.
  • En 2016, le film Insyriated (Une famille syrienne en français) a obtenu 35.000 euros de subsides. Il présente la vie d’une famille syrienne pendant la guerre sous un point de vue original : les conséquences de la guerre sur les civils. Le film a remporté les Magritte du Cinéma en 2018 dans plusieurs catégories, dont celle du meilleur film.
  • En 2018, la série de la VRT Kinderen van de kolonie a reçu 100.000 euros d’aide financière. Elle présente toute une série de témoignages et de points de vue différents sur la vie pendant la colonisation. Regardez les 6 épisodes de Kinderen van de kolonie.
  • En 2018, le Musée royal de l'Afrique centrale a rouvert ses portes à Tervuren. Il avait fermé afin de procéder à d’importants travaux de restructuration (rénovation et reconception de la vision de l’exposition). Lors de la réouverture, une série de films avaient été proposés et financés par la Coopération belge au Développement, comme la soirée débat organisée par la RTBF dans le musée, permettant l’expression de points de vue que le grand public n’a pas toujours l’habitude d’entendre en Belgique.

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Le FESPACO

Projection nocturne en plein air d'un film au festival du FESPACO

©Africalia

 

Le FESPACO est le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Il s’agit de l’un des plus grands festivals de cinéma africain, qui fête cette année son 50e anniversaire. Il se déroule tous les deux ans dans la capitale du Burkina Faso. Ce festival constitue un excellent exemple de l’importance de la culture sur le développement d’un pays.

 

Le Burkina Faso est un petit État africain confronté à une pauvreté extrême et à une situation sécuritaire difficile à cause du djihadisme. Pourtant, il parvient à organiser un événement de cette envergure. Ce dernier représente un apport économique considérable pour le Burkina Faso. En effet, une économie parallèle se développe autour du festival qui attire non seulement beaucoup de spectateurs, mais aussi des commerçants et des hommes d’affaires. De plus, le cinéma est une industrie qui engage énormément de personnes. On peut parler d’industrie culturelle qui crée de l’emploi et génère de l’argent, voire de secteur privé qui connait un essor fulgurant.

 

Cet événement permet aussi de mettre en avant des « images africaines », car il existe peu d’endroits pour le faire. « Pour avoir un développement endogène, pour créer son propre développement, il faut pouvoir maîtriser son image  », explique Élise Pirsoul. « Le problème de l’Afrique, c’est qu’on lui a enlevé sa puissance d’être, sa puissance d’image. Une image qui est souvent façonnée par le Nord de façon négative, où l’Afrique est représentée comme le continent de la guerre et de la pauvreté. Les images d’un pays ont une grande influence sur la confiance en soi du continent, de ses habitants et de son potentiel de développement. La promotion des images des pays africains par eux-mêmes, par le cinéma, est un excellent moyen d’augmenter cette confiance, au même titre que la mise en avant d’un développement positif. »

 

Le FESPACO a également permis l’essor d’une école de cinéma au Burkina Faso. L’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS) maintient des partenariats avec d’autres écoles africaines de cinéma, mais aussi avec des instituts belges (IAD et INSAS). C’est notamment grâce au FESPACO et à cette école que de plus en plus de Burkinabés se lancent dans le cinéma.

 

« La culture, le cinéma, voir les idées et les images des autres contribuent à développer l’esprit critique et à lutter contre l’obscurantisme », conclut Élise Pirsoul. En effet, au Burkina Faso, le FESPACO représente un acte de résistance au djihad par la pensée. Pour qu’un pays se développe, il faut nourrir le corps, mais aussi l’esprit. C’est en partie grâce à la culture que les Burkinabés ont ouvert leurs esprits.

 

Pour davantage d’informations sur le festival, vous pouvez consulter son site Internet

 

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