Le « Grand Bargain » : pour plus d'efficience au sein du système humanitaire

Peter Vanacker
01 août 2016
Le « Grand Bargain » est le principal résultat du Sommet mondial sur l’action humanitaire à Istanbul (mai 2016). La communauté internationale souhaite augmenter l’efficience de l’aide humanitaire. De quoi s’agit-il exactement ?

Le concept de « Grand Bargain » trouve son origine dans un rapport sur le financement de l'aide humanitaire qui a été élaboré par un panel sous la direction de la commissaire européenne Kristalina Georgieva. Ce rapport se penche sur la manière de combler l'écart croissant entre les besoins humanitaires et les ressources disponibles. Il propose trois solutions à cet effet :
 

  • Élargir la base des ressources : entre autres en attirant de nouveaux donateurs dans le système humanitaire. Pensons par exemple aux États du Golfe, qui financent déjà des projets de développement classiques, mais se montrent moins actifs au sein de la communauté humanitaire;

  • Réduire les besoins : notamment en investissant davantage dans la préparation aux catastrophes. La rapidité et l’adéquation de la réaction à une catastrophe permettront de limiter d’autant les besoins;

  • Procéder de manière plus efficiente : Le « Grand Bargain » fait référence à cette dernière section du rapport. Il contient 10 recommandations sur la façon d’améliorer l’efficacité du système humanitaire. Certaines de ces recommandations s’appliquent uniquement aux donateurs, certaines aux organisations humanitaires internationales et d’autres sont destinées aux deux groupes. Les donateurs et les organisations humanitaires internationales sont tenus de prendre des engagements concrets pour mettre en œuvre ces recommandations. Un engagement de grande envergure d'une partie susciterait une promesse tout aussi ambitieuse de la part de l'autre partie, d'où l'utilisation du terme « bargain » (ou « accord négocié »).

La mise en œuvre du « Grand Bargain » devrait se traduire par un gain d'efficacité minimal d’un milliard de dollars dont bénéficieraient les plus démunis.

LE « GRAND BARGAIN »

 

 

ENGAGEMENTS A PRENDRE – POUR LES DONATEURS

DEJA PRIS PAR LA BELGIQUE

LA BELGIQUE VEUT ALLER PLUS LOIN

1. Davantage de financements humanitaires pluriannuels

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2. Moins de pré-affectation (utilisation prédéterminée)

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3. Des exigences harmonisées et simplifiées en matière d’information

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ENGAGEMENTS A PRENDRE – POUR LES ORGANISATIONS HUMANITAIRES

DEJA PRIS PAR LA BELGIQUE

LA BELGIQUE VEUT ALLER PLUS LOIN

4. Réduction des doubles emplois et maîtrise des frais de gestion – Contrôles réguliers des dépenses

 

 

5. Davantage d’analyses conjointes des besoins

 

 

6. Meilleure adéquation aux besoins des bénéficiaires

 

 

ENGAGEMENTS A PRENDRE – POUR LES ORGANISATIONS HUMANITAIRES ET LES DONATEURS

DEJA PRIS PAR LA BELGIQUE

LA BELGIQUE VEUT ALLER PLUS LOIN

7. Plus de transparence financière

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8. Plus grande participation des organisations locales

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9. Distribuer plus d’espèces

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10. Combler le fossé entre l’aide humanitaire et l’aide au développement

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Qu'est-ce que cela signifie pour la Belgique ?

La Belgique est un donateur humanitaire relativement moderne qui a déjà franchi des étapes importantes dans la réalisation d’une grande partie des recommandations mentionnées ci-dessus. L'évaluation (« peer review ») par le Comité de développement de l'OCDE en 2015 l’a également reconnu.

  • Engagements applicables aux donateurs

Depuis la stratégie humanitaire belge en 2014 et sa traduction en textes législatifs et instruments budgétaires, la Belgique est parfaitement en mesure de financer des interventions pluriannuelles. Les financements affectés (dont l'utilisation est prédéterminée) et non affectés (fonds dont l’institution bénéficiaire peut disposer à loisir) sont également bien équilibrés. La moitié du budget humanitaire belge n'est pas affectée, ou ne l’est que très peu. De plus, la Belgique accepte les modalités d’établissement de rapports des institutions humanitaires internationales telles que convenues dans leurs conseils d'administration. La Belgique ne leur impose donc pas d'exigences distinctes en la matière.

Conclusion : en ce qui concerne les engagements qui doivent être pris par les seuls donateurs, la Belgique a déjà largement satisfait à ses devoirs.

  • Engagements applicables aux donateurs et aux organisations humanitaires internationales

En ce qui concerne l'augmentation de la transparence, notre pays a déjà pris des mesures importantes afin de mieux répondre aux normes internationales. L'introduction d'une nouvelle base de données, plus accessible (PRISMA), permettra de réaliser de nouveaux progrès. La plus grande participation des organisations locales vise à réduire autant que possible la distance (financière) entre les donateurs et les bénéficiaires. Nous préférons travailler avec un minimum d’organisations intermédiaires. Le travail de réflexion entamé doit se poursuivre. Il s’agit en effet de nous assurer que les risques financiers restent limités et que chaque organisation peut justifier ses dépenses. La Belgique peut d’ores et déjà procéder à la distribution d’espèces, mais à l’avenir elle utilisera cet instrument de manière beaucoup plus récurrente. En principe, il s’agira de se demander pour toute intervention future : « If not cash, why not ? » et donc de motiver tout refus d’y recourir. La Belgique œuvre aussi à combler l'écart entre l'aide humanitaire et l’aide au développement. Par exemple, le ministre De Croo, en charge de la Coopération au développement, a soutenu en 2016 un appel visant à accroître la préparation aux catastrophes dans les zones prioritaires de la coopération humanitaire belge : le Sahel, la région des Grands Lacs et les Territoires palestiniens occupés. À l'avenir, une analyse de risque globale, incluant les risques de catastrophes, devrait faire partie de l'analyse de base de nos programmes de coopération.

Conclusion : en ce qui concerne les engagements à prendre tant par les donateurs que par les organisations humanitaires internationales, la Belgique est déjà active à plusieurs niveaux même si elle peut encore élargir et approfondir son champ d’action.

La commissaire européenne Kristalina Georgieva a souligné à plusieurs reprises durant le processus du Grand Bargain que chaque partie prenante - donateur ou organisation humanitaire - doit se concentrer sur ses capacités plutôt que sur ses limites, ou sur les actions d’autrui. Il n’empêche que ce qu’un « autre » déclare vouloir réaliser conserve toute son importance et servira de base à l'évaluation future. Les donateurs attendent avec intérêt de voir comment les organisations internationales vont coopérer. Leurs analyses conjointes des besoins devraient aboutir à des plans conjoints d'intervention, spécifiant les priorités à fixer. Ces plans seront ensuite présentés aux donateurs. Fini donc les plans individuels du PAM, du HCR, de l'UNICEF, pour n’en citer que quelques-uns. Cela devrait permettre des économies de coûts significatives.

La mise en œuvre du « Grand Bargain » devrait se traduire par un gain d'efficacité minimal d’un milliard de dollars dont bénéficieraient les plus démunis.

La Belgique est un donateur humanitaire moderne qui a déjà franchi des étapes importantes dans la realization du Grand Bargain.

Des enfants noirs devant l'affiche d'un projet humanitaire
© © Tineke D'haese/Oxfam
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