Le label UTZ dévoilé

Chris Simoens
17 avril 2019
Pour de nombreuses personnes, le label UTZ a une consonance familière. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
 

Quiconque se soucie d’améliorer son alimentation fera très vite la découverte de plusieurs labels : UTZ, Rainforest Alliance, Fairtrade International, IFOAM... Pour le bois durable, il existe le label FSC, Better Cotton Initiative, label coton durable, etc. 

Cependant, les consommateurs risquent de se noyer dans cette marée de labels et dans ce qu'ils représentent exactement. Glo.be vous éclaire sur l'un d'eux : UTZ, cofondé par un Belge (voir encadré). D'ailleurs, bonne nouvelle, UTZ a récemment fusionné avec Rainforest Alliance. Le monde des labels se simplifie un peu.

 

Qu'est-ce que UTZ ?

UTZ est un label pour une culture plus durable du cacao, du café et du thé cultivés, mais aussi des noisettes. En 2016, UTZ a « certifié » 567 000 hectares de café, ainsi que 2,1 millions d'hectares de cacao et 68 000 hectares de thé, soit environ 21 % et 5,2 % respectivement de la superficie totale de cacao et de café cultivés dans le monde. En 2017, l'UTZ a touché 750 000 cacaoculteurs, soit 15 % de tous les cultivateurs de cacao du monde. En Belgique, UTZ est le principal label en faveur d'un café plus durable. Ce n'est pas rien.

Toute personne achetant un produit portant le label UTZ à l’assurance qu’il provient au moins d’une entreprise qui a utilisé des ingrédients certifiés cultivés de manière plus durable et, qui plus est, dans le respect des travailleurs.
 

Durable et social

Toute personne achetant un produit portant le label UTZ à l’assurance qu’il provient au moins d’une entreprise qui a utilisé des ingrédients certifiés cultivés de manière plus durable et, qui plus est, dans le respect des travailleurs.

Plus durable ne signifie pas « biologique ». Cependant, les agriculteurs s'engagent à utiliser des techniques de culture durables, par exemple en limitant le plus possible l'utilisation de pesticides. Ils s'engagent également à éviter de concourir à la déforestation et à ne pas nuire à la biodiversité. 

Le volet social se concentre, entre autres, sur des salaires décents. Chaque travailleur doit gagner au minimum le salaire légal et, pour un travail égal, les hommes et les femmes doivent recevoir un même salaire . L’utilisation d’une main d’œuvre infantile est bien évidemment proscrite.

UTZ s'efforce également de rendre les agriculteurs plus résistants face au changement climatique. Ils sont ainsi encouragés à multiplier les variétés cultivées. Ils apprennent aussi à utiliser des techniques permettant d'économiser l'eau. Tout cultivateur qui fournit des produits certifiés reçoit alors une prime qui doit cependant profiter à tous les membres d'une coopérative agricole. 

Toutes les règles auxquelles les agriculteurs doivent se conformer sont clairement énumérées dans un code de conduite. Mais les acheteurs et tous les autres maillons de la « chaîne d'approvisionnement » doivent également respecter un certain nombre de règles. Celles-ci sont enregistrées dans la chaîne de traçabilité. De son côté, UTZ s'efforce de travailler en toute transparence et de donner une impulsion à des produits plus durables et sociaux.

Des producteurs de café cueillent des baies en Amérique du Sud.
© Rainforest Alliance

Garantie à 100% ?

Mais comment contrôler 750 000 cultivateurs de cacao ? Sans parler des nombreux intermédiaires qui interviennent avant que le produit n'arrive en magasin. « UTZ fait appel à des auditeurs indépendants », explique Daria Koreniushkina, responsable des relations publiques en Europe chez Rainforest Alliance. « Tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement qui modifient les produits, sont régulièrement audités pour répondre à toutes les exigences ».

« L'interdiction du travail des enfants, par exemple, est une condition essentielle. Nous attendons des coopératives qu'elles prennent diverses mesures : évaluer le risque du travail des enfants, prévenir et combattre cette pratique en partenariat avec la communauté locale et, si possible, rejoindre les initiatives existantes pour protéger les enfants. Ainsi, les auditeurs ne se contenteront pas de vérifier si des enfants travaillent dans les exploitations agricoles, ils examineront également les actions de la coopérative visant à éviter le travail des enfants, par exemple en leur permettant d'aller à l'école. »

« Cependant, aucun système de contrôle au monde ne peut exclure à 100 % le travail des enfants dans l'ensemble de la chaîne et au sein de toutes les exploitations certifiées. Les membres de la coopérative peuvent dissimuler les travailleurs les plus jeunes. Si nous voulons vraiment éradiquer toutes les formes de travail des enfants, nous avons besoin d'une coalition forte de tous les acteurs, incluant  les communautés locales et les gouvernements. »
 

 

Aucun système de contrôle au monde ne peut exclure à 100 % le travail des enfants dans l'ensemble de la chaîne et au sein de toutes les exploitations certifiées.

Daria Koreniushkina

Attrayant pour les agriculteurs

Pourquoi les agriculteurs devraient-ils faire l'effort d'obtenir un tel label ? Parce qu'ils en profitent ! « Notre programme aide les agriculteurs à rendre leurs activités plus pérennes en leur donnant la perspective d'une meilleure entreprise », déclare Mme Koreniushkina. « Cela permet d’établir aussi des liens sur le long terme entre commerçants. »

Par ailleurs, les agriculteurs peuvent de surcroît approfondir leurs connaissances en matière de gestion d’exploitation. « Ils apprennent à améliorer le sol, à optimiser leurs récoltes et à s'adapter aux changements climatiques. Il en résulte des produits de meilleure qualité et des revenus plus sûrs. » 

De meilleures conditions de vie et de travail sont également bénéfiques pour l'agriculteur. « Nos lignes directrices en matière de santé et de sécurité, de droits des travailleurs, de protection de l'environnement et d'éducation, entre autres, contribuent à accroître la productivité. Car si les travailleurs se sentent en sécurité avec des règles les protégeant, , leur entreprise se renforce par conséquent. »

Une formation solide est donc la clé du succès chez UTZ. Mme Koreniushkina déclare : « Bien entendu, nous ne pouvons pas former individuellement plus d'un million d'agriculteurs. C'est pourquoi nous utilisons l'approche "train-the-trainer". Nos représentants dans chaque pays forment des ONG locales et des conseillers techniques qui travaillent pour les commerçants et les entreprises de la chaîne d'approvisionnement. Ces "formateurs" forment à leur tour les agriculteurs. » 

 

Une femme fait sécher des fèves de cacao (Assin, Ghana).
© Rainforest Alliance

Attrayant pour les entreprises

Il est également intéressant pour les entreprises d’obtenir un label UTZ. « Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à l'origine des produits et à leur mode de fabrication qu’il souhaite le plus responsable possible. Une entreprise dotée d'un label peut répondre à ce marché en pleine croissance. Un nombre croissant d’entreprises utilisent des produits certifiés, même de grands acteurs comme Mars et Nestlé. Bien entendu, elles doivent se conformer strictement à toutes les conditions avant de pouvoir utiliser notre label. »

 

Fusion avec Rainforest Alliance

UTZ a fusionné en janvier 2018 avec Rainforest Alliance, le label principal pour le thé et les bananes. « Les deux organisations ont beaucoup en commun », explique Mme Koreniushkina. « Nous développons actuellement une nouvelle organisation. Ce travail devrait aboutir à un programme de certification unifié qui sera publié fin 2019. Nous avons fusionné pour maximiser notre impact et offrir de meilleures perspectives d’avenir aux gens et à la nature. L'entreprise responsable doit devenir la nouvelle norme. » L'organisation élargie continue de vivre sous le nom de Rainforest Alliance.

Le label Fairtrade International, assez connu, présente des similitudes et des différences avec UTZ. « Cela nous donne clairement une approche différente pour augmenter les revenus des agriculteurs », explique Mme Koreniushkina. « Fairtrade soutient les agriculteurs en fixant un prix minimal et une prime. Nous nous concentrons en revanche sur les bonnes pratiques agricoles qui permettent aux agriculteurs de produire efficacement plus de récoltes de meilleure qualité sur des surfaces réduites. Cela augmente leurs revenus et renforce également la position des petits agriculteurs sur le marché, y compris à long terme. »

La nouvelle Rainforest Alliance élargie se concentre principalement sur le cacao, le café, le thé, les bananes et les produits forestiers. Mais le label essaie aussi de se faire une place dans les secteurs des fruits tropicaux, des noisettes, des herbes, des épices et de la vanille. 

Bref, choisir UTZ – et d'autres labels fiables – permet de soutenir une agriculture plus durable et plus juste, tout en protégeant la nature et les travailleurs. 
 

 

Beyond chocolate

 

Rainforest Alliance a signé la charte Beyond Chocolate. Il s'agit d'une initiative du ministre de la Coopération au Développement Alexander De Croo visant à rendre le chocolat belge totalement durable. De nombreux acteurs, des supermarchés aux multinationales, ont rejoint les rangs.

 

« Nous voulons aider tous les partenaires de Beyond Chocolate à tenir leurs engagements », déclare Mme Koreniushkina. « En tant que membre de la Living Income Community of Practice, nous travaillons sur une valeur de référence crédible et solide garantissant un revenu de subsistance aux petits cacaoculteurs en Côte d'Ivoire et au Ghana, les principaux producteurs dans le monde. Et nous désirons renouveler continuellement la certification du cacao. Ceci devrait aboutir au programme unifié d'UTZ et de Rainforest Alliance en fin 2019. »
 

 

Un Belge à la base d'UTZ

 

Nick Bocklandt

 

Dans les années 1990, le Belge Nick Bocklandt a dirigé la plantation de café El Volcán au Guatemala. Il voulait en faire une plantation modèle, non seulement en travaillant dans le respect de l'environnement, mais aussi en établissant des relations très étroites avec son personnel. Marchant chaque jour sur les pentes de la plantation, il a construit une petite école et un centre de santé. Mais peu importe les efforts investis, son café passait malgré tout inaperçu à la foire de New York...

 

C'est pourquoi Bocklandt s'est mis en tête de trouver un moyen de sortir du lot. Il a d’abord invité des torréfacteurs comme Rombouts à sa plantation de café pour leur vendre directement sa production. Enfin, avec Ward de Groote de la compagnie Ahold, il a développé le concept d'Utz Kapeh (= « bon café » en langue k'iche'), préfigurant ainsi la créationd'UTZ. Ce label a été officiellement lancé en 2002. 
 

Commerce équitable Café Cacao
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