Le Prix Nobel de la paix met à l’honneur la lutte contre les violences sexuelles

Germain Mottet
12 novembre 2018
Le viol comme arme de guerre, tel est l’objet du combat qui anime le Dr Denis Mukwege depuis des années. Le gynécologue congolais, qui vient en aide aux femmes victimes de viol, a été récompensé pour son œuvre. Le Prix Nobel de la Paix lui a été décerné le 5 octobre 2018, ainsi qu’à Nadia Murad, ex-otage de l’Etat islamique, qui se bat contre les persécutions à l’encontre du peuple yézidi.

Au sein de l’hôpital du Dr Denis Mukwege, les patientes se suivent et se ressemblent depuis bientôt vingt ans. Victimes de la présence des groupes armés dans l’Est de la République démocratique du Congo, les femmes sont devenues peu à peu un « outil de destruction mentale ». En violant femmes et jeunes filles, ces bandes s’attaquent ainsi aux familles, fragilisent les communautés, et brisent les repères de toutes les générations. Tout l’équilibre sociétal est alors atteint.

Pour raconter la vie de celui qui a été guidé par sa foi inébranlable, la Coopération belge au Développement a soutenu la production du documentaire « L’homme qui répare les femmes » de Thierry Michel et Colette Braeckman, sorti dans les salles en 2015. Ce film rapporte notamment la tentative d’assassinat dont Denis Mukwege fut la cible en 2012.

Après un exil forcé et un retour au pays quelques mois plus tard, il remporte le Prix Right Livelihood en 2013 et le Prix Sakharov en 2014. Il vit aujourd’hui dans son hôpital de Panzi, dans le Sud-Kivu et à la frontière avec le Rwanda, protégé en permanence par les forces de l’ONU. La Belgique s’est beaucoup engagée pour soutenir son action et veiller à ce que sa sécurité soit assurée.

La Coopération belge au Développement a soutenu la production du documentaire « L’homme qui répare les femmes » de Thierry Michel et Colette Braeckman.

Les ministres Alexander De Croo et Didier Reynders ont tenu à saluer l’attribution du Nobel de la Paix à ces deux représentants la lutte contre les violences sexuelles en tant qu’armes de guerre. Denis Mukwege s’est notamment élevé contre les violences pédophiles perpétrées en temps de guerre dans son pays. Un premier procès a vu le jour fin 2017, le tribunal militaire congolais condamnant 12 miliciens à la prison à perpétuité pour plusieurs viols, notamment sur mineurs. La liste de ces crimes contre l’humanité reste encore fort longue, et il est très difficile de coincer les coupables. Cependant, Denis Mukwege se félicite du nombre croissant de femmes osant témoigner. Son hôpital leur offre un soutien non seulement médical, mais également psychologique et juridique.

En 2011, le Dr Mukwege s’était déjà vu attribuer le Prix Roi Baudouin pour le développement en Afrique. La Belgique soutient également le Dr Mukwege et sa Fondation Panzi, gérée par la Fondation Roi Baudouin.  Actuellement, l’hôpital de Panzi accueille encore jusqu’à 150 femmes violées par mois. Un nombre certes en diminution, mais qui fait réagir. Seule une transition durable vers la paix permettrait de venir à bout de ce mal.

Mais dans l’attente, le Docteur Mukwege, tout comme Nadia Murad d’ailleurs, plaide à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations-Unies pour que ces crimes ne restent pas impunis. Point commun des discours des deux derniers Prix Nobel de la Paix : Un appel à l’engagement international pour la répression des violences sexuelles perpétrées durant les conflits armés. 

Point commun des discours des deux derniers Prix Nobel de la Paix : Un appel à l’engagement international pour la répression des violences sexuelles perpétrées durant les conflits armés. 

Qui est Nadia Murad ?

Portrait Nadia Murad
Nadia Murad

Cette ancienne otage de l’Etat islamique lutte également contre les violences sexuelles. La communauté yézidie a été une cible privilégiée du groupe terroriste. Enlevée en 2014, après l’exécution des hommes et femmes âgées de son village, Nadia Murad est vendue comme esclave sexuelle. Durant sa captivité, entre viols et torture, elle passe entre les mains de différents maîtres. Elle parvient à s’échapper de Mossoul vers le Kurdistan. Elle raconte son périple dans son livre « Pour que je sois la dernière » et milite activement pour que le massacre des Yézidis soit reconnu comme génocide. Elle est devenue ambassadrice de l’ONU pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

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