Le puzzle d'une Europe neutre pour le climat

Chris Simoens
26 mars 2019
La Commission européenne a élaboré une stratégie détaillée pour atteindre la « neutralité climatique » d'ici 2050. Comment entend-elle y parvenir ?

La Commission européenne présente sa stratégie dans un document de 393 pages. Dans « L'UE neutre pour le climat en 2050 », nous avons déjà donné un aperçu général de cette stratégie. Nous présentons ici un certain nombre d'éléments pour chaque secteur qui illustrent la manière dont la Commission a l'intention de parvenir à la neutralité climatique.

Bien sûr, nous ne pouvons pas être exhaustifs à cet égard. Nous sommes seulement en mesure de donner une idée de l'orientation souhaitée par la Commission. Dans tous les cas, chaque secteur devra fournir des efforts et toutes les pièces du puzzle seront indispensables.

 

Puissance électrique

  • Les énergies renouvelables – solaire, éolienne, géothermique, océanique, etc. – permettent d' « électrifier » le système énergétique à grande échelle, que ce soit au niveau de l'utilisateur final (industrie, bâtiments, transports) ou de la production de carburants sans carbone (« e-carburants ») et de matières premières pour l'industrie.
  • L'électricité peut être stockée dans des batteries (améliorées) et de l'hydrogène gazeux.
  • Toute l'électricité doit être produite sans carbone d'ici 2050, et plus de 80 % doit provenir de sources renouvelables.

 

Une voiture électrique en train de charger.
© Shutterstock

Industrie

  • La plupart des gaz à effet de serre issus de l'industrie proviennent d’un traitement thermique : vapeur, eau chaude, procédés à haute température. On peut les réduire (1) en augmentant l'efficacité énergétique et (2) en passant à des sources d'énergie à faible émission ou sans carbone (électricité produite à partir d'énergies renouvelables, biomasse durable, combustibles synthétiques et hydrogène gazeux).
  • Un quart des émissions industrielles proviennent de procédés tels que les réactions chimiques (c'est-à-dire sans combustion). Ceux-ci ne peuvent être réduits qu'en renouvelant les procédés et en capturant et stockant le carbone émis (voir ci-dessous).
  • Mettre davantage l'accent sur la réutilisation et le recyclage (« économie circulaire ») et mieux coordonner différents secteurs. Cette méthode est essentielle pour les matériaux critiques tels que le cobalt, les terres rares et le graphite. Elle rend l'UE moins dépendante des autres pays.
  • Utilisation de nouveaux matériaux (composites dont la production nécessite moins d'énergie, bioplastiques, etc.) et de matériaux traditionnels comme le bois. L’utilisation d’un ciment plus résistant permettra de réduire la quantité requise de matière.
  • Les gaz fluorés utilisés pour le refroidissement des réfrigérateurs, les installations de refroidissement et la climatisation sont remplacés par des gaz climatiquement neutres. L'élimination progressive – d'ici 2019 pour les pays riches, d'ici 2028 pour les pays pauvres – a déjà été réglementée au niveau international.
  • Les installations industrielles doivent être renouvelées ou complètement remplacées (= la « prochaine révolution industrielle »).
  • Les consommateurs peuvent demander des produits et services respectueux du climat et de l'environnement.

 

Beaucoup de vélos à Amsterdam.
© iStock

Transport

  • Un changement profond du système de transport par (1) des véhicules plus efficaces, des véhicules (électriques) et des infrastructures à émissions faibles ou nulles ; (2) le passage à long terme à des carburants alternatifs sans carbone (hydrogène gazeux, bio-méthane, e-carburants, etc.) ; et (3) un système de transport plus efficace incluant l'utilisation du numérique, la tarification intelligente, les voitures automotrices, etc.
  • Utilisation beaucoup plus fréquente des transports publics à faible émission de carbone, des voitures partagées et des déplacements sans émission de carbone (marche à pied, vélo, etc.), habiter plus près du lieu de travail...
  • Transport par drones et vélo.
  • Rendre le trafic ferroviaire (marchandises et passagers) plus attractif par rapport au trafic aérien en tenant compte des coûts externes – les dommages causés à l'environnement ; les trains à grande vitesse devraient devenir une alternative à part entière aux avions pour les déplacements sur de courtes et moyennes distances. Cela nécessite des adaptations de l'infrastructure (réseau transeuropéen de base (RTE-T) et système européen de gestion du trafic ferroviaire (ERTM)).
  • Rendre le transport par voie fluviale et maritime plus attractif, électrification de la navigation sur de courtes distances, etc.
  • Trafic aérien plus efficace, utilisation d’e-carburants, moins de déplacements professionnels grâce aux vidéoconférences.
  • Batteries plus efficaces pour permettre de parcourir de longues distances (camions, avions, etc.).

 

Irrigation goutte à goutte des vignes en Espagne.
© iStock

Agriculture

  • Au sein de l'UE, l'agriculture est la principale source de gaz à effet de serre, à l’exclusion du carbone (méthane, oxyde nitreux). C'est inévitable.
  • Se concentrer sur l'agriculture de précision et la numérisation pour une irrigation et une fertilisation très ciblées.
  • Travail du sol adapté pour un meilleur stockage du carbone (pas de labourage, couverture des sols…), fermentation sans oxygène du fumier et des déchets agricoles pour la production de biogaz et d'électricité, alimentation adaptée du bétail pour réduire les émissions de méthane, etc.
  • Production d'engrais chimiques et de carburants à base d'énergie renouvelable.
  • Réduction de la consommation de viande et de la taille des élevages.
  • Systèmes de mixtes tels que l’agroforesterie (arbres avec des cultures et/ou le bétail) et la combinaison du bétail avec des cultures.
  • Utilisation accrue des eaux intérieures et de la mer pour la production d'algues et autres aliments riches en protéines.
  • L'agriculture peut fournir des matériaux (« biomasse » comme le bois, le chanvre, etc.) pour les biocarburants, le biogaz et l'isolation.

 

Bâtiments

  • Isolation optimale des bâtiments, meilleurs matériaux d'isolation, consommation d'énergie rationnelle (réduire légèrement le chauffage, ne chauffer que les pièces nécessaires, etc.)
  • Des applications intelligentes telles que chauffer votre maison plus efficacement avec votre smartphone.
  • Conversion complète aux sources de chaleur renouvelables : électricité, réseaux de chaleur (incinérateurs, chaleur résiduelle des entreprises, etc.), chaleur solaire, gaz renouvelable comme le biogaz, l’hydrogène gazeux et le méthane (à base d'électricité renouvelable). Le gaz renouvelable a pour avantage de permettre la conservation des réseaux de gaz existants.
Reboisement d'un terrain.
© iStock

Stockage naturel et artificiel du carbone

  • Il subsistera toujours une certaine quantité d'émissions de gaz à effet de serre. C'est pourquoi le stockage naturel et artificiel du carbone est nécessaire. Aujourd'hui encore, le CO2 peut être extrait directement de l'air à l'aide de très grandes pales (« direct air capture »).
  • Reboisement ou restauration de forêts dégradées, restauration de zones humides et de tourbières, entre autres.
  • Réutiliser les terres agricoles abandonnées pour la production de bois ou d'autres matériaux.
  • Un meilleur travail du sol (sans labourage, couverture du sol, compost et matières organiques...) permet à la terre de retenir beaucoup plus de carbone.
  • Le CO2 peut être utilisé comme matière première pour les plastiques, les matériaux de construction et les combustibles synthétiques, etc.
  • Le CO2 peut se stocker de façon permanente dans le sol.
  • Il reste encore beaucoup de recherches et d'essais de démonstration à effectuer.

 

La stratégie de l'UE ne suppose pas un monde à venir idéal dans lequel la majorité de la population est végétarienne ou ne parcourt que de courts trajets. Cela signifie que le chaque individu, par ses choix, dispose d’un « pouvoir » non négligeable.

Bien entendu, les gouvernements et les entreprises doivent fournir un cadre et des produits appropriés. Néanmoins, les choix que pose chaque personne peuvent certainement influencer notre évolution. Par exemple, en demandant des produits respectueux du climat et de l'environnement, en mangeant moins de viande, en limitant les déplacements en voiture, en voyageant moins souvent, moins loin, plus lentement et plus longtemps, etc. Ce n'est qu'en unissant nos efforts que nous pourrons atteindre les objectifs climatiques.

 

Ne manquez pas de lire l’article « L'UE neutre pour le climat en 2050 ».

Autres pistes

 

D'autres organisations ont également travaillé sur des stratégies de lutte contre le réchauffement climatique, dont la Fondation européenne pour le climat, un groupe de fondations, qui se concentre spécifiquement sur l'Europe.

 

Citons également Drawdown, une initiative de Paul Hawken, qui présente sur son site web clairement structuré les 100 mesures les plus efficaces en faveur du climat. Les cinq premières mesures sont : (1) remplacer les gaz réfrigérants fluorés par des gaz climatiquement neutres ; (2) installer l'énergie éolienne sur le continent ; (3) réduire le gaspillage alimentaire ; (4) privilégier une alimentation plus végétale ainsi que (5) restaurer et préserver les forêts tropicales.

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