Le régime idéal pour l'homme et la planète

Marloes Humbeeck
02 avril 2019
Notre alimentation a un impact énorme sur notre santé et celle de notre planète. C'est pourquoi 39 scientifiques ont cherché un consensus sur la définition exacte d'une alimentation saine et durable. La célèbre revue scientifique The Lancet a publié leurs conclusions.

Au total, il a fallu 3 ans pour mettre au point le « régime idéal pour la planète et sa population croissante ». La recherche a été menée par 37 experts de 16 pays différents actifs dans divers domaines, tels que la santé, l’agriculture et les sciences politiques. Leur conclusion ? Si nous suivons tous le régime proposé, d'ici 2050, nous serons en mesure de nourrir sainement et durablement l’ensemble de la population mondiale.

 

L'alimentation actuelle n'est pas durable

 

Aujourd'hui, plus de 820 millions de personnes ne mangent pas à leur faim. Sachant que la population mondiale ne fait que croître – elle devrait atteindre les 10 milliards en 2050 –  assurer un régime complet à l’ensemble de la planète représentera un plus grand challenge encore au cours des décennies à venir. D’autant plus que de toutes les activités humaines, l’industrie alimentaire est celle qui exerce la plus grande pression écologique.

Nous avons besoin d'une révolution sans précédent qui change le système alimentaire mondial.

Tim Lang

« Les aliments que nous consommons et notre mode de production déterminent la santé de la planète et de ses habitants », déclare le professeur britannique Tim Lang, l'un des responsables de l'étude. « Nous continuons à gaspiller de la nourriture, à manger de grandes quantités de viande et à importer des fruits et légumes de pays lointains. Ce n'est plus tenable. Nous avons besoin d'une révolution sans précédent qui change le système alimentaire mondial », dit Lang.

Une transformation alimentaire majeure

 

Selon la recherche, cette révolution devrait prendre la forme d'une « transformation alimentaire majeure ». Tous les acteurs de la chaîne alimentaire, qu'ils soient producteurs, commerçants, vendeurs ou consommateurs devront y concourir.

Il faudra notamment que la production alimentaire se concentre sur des cultures qui nécessitent moins de terres et de ressources tout en étant plus bénéfiques pour la santé. L'industrie de la viande devra réduire son ampleur. Car diverses études montrent qu'une diminution de la consommation de viande rouge (viande bovine, porcine, ovine et caprine), comme c’est l’usage avec les traditions alimentaires méditerranéennes, amoindrit le risque de maladies cardiaques et de diabète et allonge l’espérance de vie. De plus, la production de viande rouge exige une énorme quantité de terre et d'eau. Les légumes, les céréales et les fruits ont un impact beaucoup plus faible sur l'environnement (voir graphique).

Un graphique qui représente l'impact des légumes, du poisson et de la viande sur l'environnement.
© The Lancet

Aujourd'hui, nous produisons en masse les mêmes variétés de céréales servant le plus souvent de nourriture pour les bovins. Mais nous devrions plutôt nous concentrer sur des cultures plus nutritives. Là encore, la priorité est accordée aux légumes, aux fruits et aux noix. Ces aliments nécessitent moins de terres et sont plus sains.

La recherche souligne également l'importance des mers et des océans dont les ressources doivent être préservées en évitant les impacts négatifs sur la vie marine. Le poisson fournit 20 % des apports alimentaires quotidiens à environ 3,1 milliards de personnes. Des activités telles que la surpêche et la pollution de l'eau doivent donc être combattues activement.

Enfin, il nous incombe de lutter contre le gaspillage alimentaire. Rien qu'en Europe, nous gaspillons 8,8 millions de tonnes de nourriture chaque année. Pour produire ces aliments, nous avons besoin d'énormes quantités d'eau et d'énergie. Il est donc urgent d'arrêter de jeter de la nourriture parfaitement utilisable sur une planète de plus de 7 milliards d'habitants. Des mesures doivent être prises aux niveaux international, national et individuel.

Adaptez votre régime alimentaire

 

Que faire à notre échelle afin d'aider les chercheurs à atteindre leur but ? Ajuster notre régime alimentaire en profondeur. L'étude recommande de réduire de moitié la consommation de viande rouge et de sucre. On leur préférera les noix, les légumineuses, les légumes et les fruits dont la consommation devrait être doublée par rapport à la moyenne mondiale actuelle. Cela dit, l'être humain n’a pas besoin de viande et de poisson. Il peut parfaitement s'en passer.

Toutefois, ces lignes directrices varient considérablement d'une région à l'autre. En Amérique du Nord, les habitants consomment en moyenne 6,5 fois plus de viande que la quantité journalière recommandée dans l'étude, alors qu'en Asie du Sud, ils ne consomment que la moitié de cette quantité. En Afrique subsaharienne, les gens mangent 7,5 fois la quantité recommandée de féculents, comme le riz principalement.

C'est la première fois qu'un si grand nombre de scientifiques du monde entier parviennent à un consensus d'une telle ampleur.

Ce régime correspond en grande partie au nouveau triangle nutritionnel proposé en 2017 par l'Institut flamand pour une vie saine. Cependant, la recherche du Lancet accorde davantage d'attention à l'aspect durable de l'alimentation. En outre, c'est la première fois qu'un si grand nombre de scientifiques du monde entier parviennent à un consensus d'une telle ampleur.

La transition vers une alimentation plus saine basée sur une agriculture durable est de la plus haute importance pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). De plus, selon le Professeur Walter Willett, le régime proposé est également appréciable, flexible et varié : « Il ne s'agit pas d'un régime restrictif, mais d'une façon de manger saine, savoureuse et appétissante. Vous pouvez créer un repas de mille façons. » À essayer absolument !

À quoi ressemble le régime alimentaire ?

 

Sur la base d'un apport de référence de 2 500 kcal par jour. 

 

Glucides : 232 grammes par jour de produits céréaliers (blé, riz, céréales...) et 50 grammes par jour de légumes-tubercules/légumes riches en amidon

Légumes : 300 grammes par jour

Fruits : 200 grammes par jour

Produits laitiers : 250 grammes (soit un verre de lait par jour)

Viande : 14 grammes de viande rouge par jour

Volaille : 29 grammes par jour

Œufs : 13 grammes par jour (soit environ un œuf par semaine)

Poisson : 28 grammes par jour

Haricots, pois chiches, lentilles et autres légumineuses : 75 grammes par jour

Noix : 50 grammes par jour

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