Le travail des enfants : une problématique tenace

Koen Detavernier - 11.11.11
01 avril 2016
Qu’ils cassent des pierres en Inde ou extraient le cobalt dans le Sud du Congo, ces enfants sont soumis à des conditions de travail scandaleuses. Même si elles suscitent l’indignation publique et l’attention des médias, les histoires bouleversantes qui nous parviennent ne représentent malheureusement que la partie émergée de l’iceberg.
Un enfant porte des poissons au bout d'un bâton
© ILO/A. MIrza

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 168 millions d’enfants travaillent dans le monde. Une baisse d’un tiers depuis 2000, mais ce chiffre reste bien trop élevé. Plus de la moitié (85 millions) exercent un travail risqué. La majorité des enfants travaillent en Asie et dans la région du Pacifique Sud : près de 78 millions ou 9,3% des enfants. En Afrique subsaharienne, ce pourcentage est plus important : plus de 21% ou 59 millions . Le secteur de l’agriculture en occupe le plus grand nombre (98 millions ou 59% des enfants qui travaillent), suivi du secteur des services (54 millions) et de l’industrie (12 millions). Le plus souvent dans l’économie informelle.

Que faut-il entendre par travail des enfants?

Ce phénomène ne désigne pas le travail occasionnel, après l’école, pour venir en aide à ses parents à la maison ou dans les champs, voire pour se faire de l’argent de poche. Les activités visées sont celles qui privent les enfants de leur jeunesse, mettent leur éducation et leur développement en péril, sont lourdes, dangereuses et indignes.

 

Enfants confectionnant des chapeaux circulaires
© ILO

La problématique du travail des enfants ne pourra être résolue que par une approche cohérente et structurée. Les conventions internationales (OIT) et les législations nationales interdisant le travail des enfants, à tout le moins les tâches lourdes et dangereuses, ne suffisent pas dans nombre de pays. Pourtant, la législation reste une arme essentielle dans ce combat.

 

Les casseurs de pierres en Inde gagnent 2 roupies par pierre (3 centimes d’euro)

Parents défavorisés

L ’insécurité d’existence et des moyens insuffisants chez les parents constituent une cause souvent négligée. Les casseurs de pierres en Inde gagnent 2 roupies par pierre (3 centimes d’euro) : un salaire journalier de 3 euros pour 100 pierres. Un revenu insuffisant pour élever des enfants et mener une vie décente. Les enfants servent fréquemment à compléter le revenu familial. Si le salaire parental venait à disparaitre pour cause de maladie ou autre, les enfants ont alors un rôle vital – au sens propre – à jouer. Ceux-ci n’ont alors d’autre choix que de remplacer les parents comme soutien de famille. Une sécurité sociale renforcée et l’augmentation des revenus pour tous constituent donc des cibles-clés pour lesObjectifs de développement durable.

Une éducation accessible et de qualité est aussi essentielle. Pourquoi envoyer ses enfants à l’école s’ils n’y apprennent rien, qu’elle est trop coûteuse ou trop distante?

Des enfants trient des poissons sur un présentoir
© ILO/Trong Thang

Pour changer la donne, toutes ces causes doivent être traitées et tous les acteurs concernés doivent travailler de concert. Suite au remue-ménage médiatique autour de l’utilisation de pavés venant d’Inde pour l’aménagement du Korenmarkt de Gand en 2015, l’ONG 11.11.11 et la fédération belge des entrepreneurs de la pierre naturelle ont rassemblé plusieurs parties concernées (1). La fédération a pris les devants avec son initiative « pierre naturelle équitable ». Il ressort déjà que les audits (se basant sur de courtes visites sur place) pouvant mener à l’attribution d’un label, n’auront jamais qu’un effet limité. L’entièreté de la chaine de fabrication doit être vérifiée et chaque acteur doit prendre ses responsabilités.

Si les mécanismes de contrôle sont primordiaux, sans meilleures conditions de travail, revenus plus élevés pour les parents, protection sociale complète et enseignement de qualité et accessible, aucun de ces mécanismes ne sera suffisant.

(1) Les autorités belges se battent également contre le travail des enfant en soutenant des ONG telles que 11.11.11 et UNICEF.

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