Le «xylarium»: trésor caché de l’AfricaMuseum

Helena Spriet
16 décembre 2019
L’AfricaMuseum à Tervuren abrite une collection unique de bois tropicaux. Hans Beeckman, spécialiste du bois, a fourni à Glo.be des explications détaillées sur ce matériau essentiel pour l’économie et l’écologie.

Qu’est-ce qu’un xylarium ?

Imaginez une bibliothèque, composée non pas de livres mais d’échantillons de bois, qui servent de matériau d’étude en biologie, en sciences de la culture (figures en bois…) et en technologie. « Le bois occupe une place centrale au sein des écosystèmes et dans l’économie », affirme Hans Beeckman, responsable du xylarium de l’AfricaMuseum. Le bois dur tropical rencontre un franc succès pour sa qualité et sa durabilité. Il se prête par conséquent à une grande variété d’applications, entre autres dans le secteur du bâtiment (fenêtres, portes, revêtement de façade…).

 

Top 5 mondial

Le gigantesque xylarium de Tervuren est presque unique au monde. « Il ne s’agit pas vraiment d’une compétition, mais disons que nous faisons partie du top 5 », déclare modestement Hans Beeckman. Tervuren possède la plus grande collection en ce qui concerne l’Afrique, avec un total de 83 000 échantillons provenant de 13 000 essences différentes. La collection continue à s’enrichir davantage jour après jour.

Tervuren possède la plus grande collection en ce qui concerne l’Afrique, avec un total de 83 000 échantillons provenant de 13 000 essences différentes.

Une longue rangée d'étagères avec des échantillons de bois.
© AfricaMuseum

Origine coloniale

L’histoire du xylarium de Tervuren commence avec la fondation de l’AfricaMuseum, à l’époque coloniale sous Léopold II. La collection de bois figurait parmi les pièces de l’exposition universelle de 1897. À cette époque, la Belgique était le troisième pays industrialisé au monde après la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Le secteur économique occupait une place importante et Léopold II souhaitait, avec l’inauguration de l’AfricaMuseum, convaincre l’industrie et le public belges de l’importance de la colonie. Un large éventail de produits issus de la colonie ont donc été mis à l’honneur : richesses minérales, produits agricoles et donc également aussi des bois tropicaux.

 

Vers une nouvelle motivation

Au fil du temps, la raison d’être du xylarium a changé. Les opportunités pour l’industrie belge étaient déterminantes dans la phase initiale et durant l’ensemble de la période coloniale. Après la décolonisation, l’importance scientifique du bois n’a cessé de croître. Dans les années 1960, l’accent était principalement mis sur la recherche taxonomique et l’identification : qu’est-ce qui caractérise tant le bois ? Comment distinguer les différentes essences ?  « Depuis les années 1990, nous suivons le courant écologique. Le bois est de loin le matériau le plus important ou, du moins, le plus présent au sein des écosystèmes. Pour bien connaître une forêt et étudier sa dynamique, il faut donc s’intéresser à l’étude du bois », explique Hans Beeckman.

Les formations sont suivies principalement par des agents des douanes du port d’Anvers. Nous entendons bien sûr proposer ces cours en Afrique.

Hans Beeckman

Formation pour les douaniers

La recherche sur le bois a connu une dynamisme considérable ces dernières années. Le grand intérêt pour cette branche a vu le jour dans le cadre de l’écologie forestière, mais le thème de l’importation légale et illégale de bois dans l’Union européenne retient aujourd’hui également une attention particulière. C’est pourquoi l’AfricaMuseum organise des formations pour les agents des douanes.

Les inspecteurs et les douaniers du port d’Anvers doivent s’assurer que les cargaisons ne contiennent pas de bois abattu illégalement. Ils vérifient si les informations sur le document d’importation correspondent au bois transporté. Ils doivent naturellement pouvoir reconnaître les essences de bois ou, à tout le moins, transmettre les échantillons.

Les formations se déroulent donc généralement à l’AfricaMuseum sous la houlette du directeur de laboratoire de biologie du bois, Hans Beeckman. « Elles sont suivies principalement par des agents des douanes du port d’Anvers. Nous entendons bien sûr proposer ces cours en Afrique », explique-t-il. Ainsi, le xylarium pourra contribuer à la sauvegarde des forêts tropicales.

 

Coopération belge au Développement

La biologie du bois prouve également son utilité dans le domaine de l’écologie. Pour comprendre le mécanisme de développement d’une forêt à travers le temps, il faut connaître le cycle de vie des arbres ainsi que leur teneur en CO2. À cette fin, les scientifiques analysent des couches très fines de bois à l’aide d’un microscope.

La teneur en carbone contenue dans une forêt est facilement calculable. Il suffit de diviser en deux la quantité de bois dans la forêt et on obtient la quantité de carbone. Les techniques propres à la biologie du bois peuvent donc également s’appliquer à la recherche sur le carbone. « C’est ce qui rend notre projet pertinent dans le contexte du changement climatique », déclare Hans Beeckman. « La forêt tropicale humide concentre environ 50 % de la totalité du carbone, alors qu’elle représente 14 % de l’ensemble des forêts. » On peut donc la considérer comme l’eldorado des chercheurs dans le domaine du climat.

Précisément en raison de toutes ces applications, le xylarium et la recherche sur le bois bénéficient du soutien de la Coopération belge au Développement.

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