L'éducation à la citoyenneté mondiale : aller plus loin que la journée du gros pull

Wouter Bulckaert
13 juin 2019
[INTERVIEW] « La démocratie, la diversité, la durabilité sont des thèmes auxquels les élèves sont sensibilisés en classe au quotidien », déclare Jan Verschueren de Kleur Bekennen. « A l'école, les conditions sont donc idéales pour travailler sur l'éducation à la citoyenneté mondiale». Mais de quoi s'agit-il exactement ? Comment procédez-vous ? Et la journée du gros pull s'inscrit-elle également dans ce contexte ?
Portret Jan Verschueren
Jan Verschueren

Qu'est-ce que l'éducation à la citoyenneté mondiale ?

Grâce à l'éducation à la citoyenneté mondiale (ECM), vous formez les élèves à devenir des citoyens critiques et responsables. Conscients de l'importance de la solidarité internationale, ces jeunes apportent une contribution active et engagée pour un monde plus juste.

En effet, la jeune génération ne vit pas détachée de notre monde. Pauvreté, réfugiés, changement climatique, terrorisme... les adolescents s'en sont forgé une idée dès leur enfance. L'ECM enseigne aux élèves que les citoyens ne sont pas impuissants et qu’ils détiennent le pouvoir de poser des questions, de chercher des réponses, d'agir.

De nombreux établissements scolaires abordent déjà l'ECM, souvent de manière inconsciente. Les écoles primaires accordent traditionnellement beaucoup d'attention aux thèmes mondiaux tels que les déchets, l'eau, la mobilité ou les droits de l'enfant, ou se penchent sur des sujets d'actualité tels que les réfugiés ou le terrorisme. Dans l’enseignement secondaire aussi, les adolescents remarquent l'influence grandissante sur leur environnement des événements qui se produisent ailleurs dans le monde.

Grâce à l'éducation à la citoyenneté mondiale (ECM), vous formez les élèves à devenir des citoyens critiques et responsables. Conscients de l'importance de la solidarité internationale, ces jeunes apportent une contribution active et engagée pour un monde plus juste.

Quels sujets ressortent de l'ECM ?

Vous pouvez aborder l'ECM en classe sous 8 angles différents. En mettant l'accent sur le développement durable (1), vous apprenez à vos élèves à prendre en compte les besoins des générations actuelles sans mettre en danger les générations futures. Vous pouvez également discuter de l'économie et de la consommation mondiales (2)afin d’enseigner aux jeunes que notre prospérité dépend de systèmes mondiaux complexes que nous pouvons influencer par des choix politiques mais aussi comportementaux.

Parler de démocratie et de citoyenneté (3) revient à promouvoir des droits et obligations identiques pour tous ainsi que la participation politique. Ces thèmes sont étroitement liés aux cours sur les droits de l'homme (4), d'une part, et sur la justice sociale (5), d'autre part.

En outre, les leçons sur la migration (6) font également partie du cadre de l'ECM. Ce thème dépasse la question des réfugiés, car les populations peuvent aussi se déplacer pour des raisons écologiques. Le cours peut aussi s'axer sur la diversité et l'interculturalité (7), une réalité qu'illustre parfaitement notre société devenue hyper-diversifiée. Enfin, les discussions portant sur la paix et les conflits (8) relèvent également de l'ECM. Ces 8 points de vue sont donc fortement interconnectés.

 

L'ECM va donc bien au-delà d'une journée du gros pull ou d'une action pour une bonne cause ?

Les actions caritatives sont tout à fait louables, surtout si au-delà d’un événement ponctuel, elles servent point de départ idéal pour l'ECM.. Si la démarche s'intègre dans la vision de l'école et la culture scolaire, les classes peuvent analyser l'action : quels sont les problèmes que l'action veut régler ? Pourquoi y investir de l'argent ? Pourquoi les bénéficiaires de l'aide croulent-ils sous les problèmes ?

Cette approche permet une analyse critique du problème. Les élèves mettent ainsi en pratique leurs compétences en leur qualité de citoyens du monde. Évitez donc de fustiger l'animation qui sous-tend les actions caritatives ; souvent, des enseignants très engagés sont à l'origine de ces initiatives, mais ils se retrouvent parfois isolés.

Des actions de ce type doivent donc faire partie d'un tout. Outre la volonté de récolter des fonds, elles doivent surtout contribuer au projet pédagogique de votre école. Présentée de la sorte, la démarche peut convaincre d'autres collègues qui travaillent également sur les mêmes objectifs à atteindre. L'ECM peut devenir une politique scolaire qui donne aux élèves la possibilité d’y participer pleinement.

Pas besoin d'inviter en classe un orateur venu du fin fond de la Colombie pour parler du Sud. Les ONG souhaitent aussi se débarrasser de ce cliché en faveur d'une plus globale. Aujourd'hui, les écoles ont l'avantage d'avoir le monde à portée de main. Enfants étrangers, allophones, réfugiés, personnes défavorisées... À présent, il est beaucoup plus facile d'inscrire l'ECM à l'ordre du jour de vos cours.

 

L'objectif n'est pas de faire de vos élèves des « super-citoyens du monde ». Il n'est pas souhaitable de créer des êtres se sentant moralement supérieurs qui ne se permettent pas d’être pris à défaut.

Comment encourager les élèves à devenir des citoyens du monde ?

Une leçon d'ECM ne se limite pas à la transmission de connaissances. Il s'agit également de former des compétences. Cognitive, en enseignant la pensée critique aux élèves, à se distancier de ses propres préjugés. Vous leur apprenez à penser de manière systémique et à placer les faits dans le contexte d'un ensemble plus vaste.

De plus, vos élèves développent leurs compétences socio-émotionnelles  : empathie, respect et sens des responsabilités. Ils apprennent à gérer consciemment les valeurs et émotions. Enfin, ils doivent apprendre à faire des choix, à agir pour un monde meilleur.

En qualité d'enseignant, vous pouvez stimuler cet engagement. Apprendre aux élèves à prêter attention à l'injustice, à l'égalité des chances, à l'importance de la solidarité. Pour qu'ils ne regardent plus le monde de manière neutre, mais qu'ils veuillent y prendre part activement.

 

Être un citoyen du monde cohérent : un rôle complexe...

L'objectif n'est pas de faire de vos élèves des « super-citoyens du monde ». Il n'est pas souhaitable de créer des êtres se sentant moralement supérieurs qui ne se permettent pas d’être pris à défaut. On pense aux commentaires tels que : « Oui, tu portes des vêtements issus du commerce équitable et tu achètes tes légumes chez un agriculteur biologique. Mais tu voyages au Maroc en avion. Tu es un bel exemple de citoyen du monde ! »

Non, les élèves doivent apprendre à faire face à ce monde complexe et à poser des choix. Non seulement en tant que consommateurs, mais aussi en tant que citoyens. Les gens choisissent leur voie mais on peut leur inculquer les compétences nécessaires pour penser de manière critique et ainsi se faire une place (ou adopter une attitude) dans cette société mondiale complexe. Éducation ne doit jamais rimer avec endoctrinement.

 

Cet article a déjà été publié par Klasse.

 

Kleur Bekennen accompagne les acteurs éducatifs dans la diversité de l'éducation à la citoyenneté mondiale et les aide à se familiariser avec ce domaine afin qu'ils fournissent un travail de qualité. Son équivalent francophone est Annoncer la Couleur. Dans les deux cas, il s'agit d'initiatives de la Coopération belge au Développement.

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