L'égalité des genres dès le berceau

Katelin Raw - VVOB
22 décembre 2017
L’ASBL flamande VVOB et l'ONG africaine FAWE essaient de promouvoir l’égalité de genre au Rwanda, en Zambie et en Afrique du Sud et encouragent les enseignants de maternelle à impliquer de manière proactive tous les élèves - filles et garçons - dans l’élaboration d'une boîte à outils.

L'ODD 4 est axé sur une éducation de qualité ouverte à tous et souligne l'importance de l'égalité des genres à cet égard. En effet, les filles et les jeunes femmes se heurtent encore à d'importants obstacles dans leur volonté d’éducation, plus que les garçons. De nombreuses raisons sont à l’origine de cette situation, l'une d'entre elles est l'échec des gouvernements à transformer les écoles en environnements « sensibles au genre ». Cela signifie que l’on évite non seulement une différence de traitement entre garçons et filles, mais cela implique également un engagement actif en faveur de l’intégration des filles.

En position d’infériorité

Au cours des dernières décennies, de nombreuses organisations et gouvernements ont pris des mesures importantes pour attirer davantage de filles dans les écoles. Néanmoins, on estime que 131 millions de filles dans le monde n'ont pas encore acquis de qualification.

Il s'agit certainement d'un problème lié au sexe : le risque qu’une fille n’aille pas à l’école est une fois et demie plus important que pour un garçon. Ce système maintient les filles et les jeunes femmes dans une position d’infériorité, car chaque année supplémentaire d'éducation entraînerait une augmentation des revenus de 10 à 20 %.

Mais cela maintient aussi toutes les sociétés dans cette situation d’infériorité : certains pays perdent plus d'un milliard de dollars parce qu'ils n'investissent pas autant dans l'éducation de leurs filles que dans celle des garçons (Source : UIP).

Sécurité et encadrement

L'éducation joue donc un rôle considérable dans l'émancipation de millions de filles et de leurs sociétés. Nos efforts en matière d’éducation doivent se poursuivre. Mais nous devons oser être plus proactifs, et pas seulement en matière d'accès à l’éducation.

Les environnements scolaires doivent également être favorables à l’égalité des genres, de sorte que les filles qui vont à l'école ne soient pas oubliées par la suite. Ces enfants ont besoin de se sentir en sécurité et encadrés à l'école, physiquement et psychologiquement. Sinon, malgré les efforts déployés pour leur offrir une éducation, leur apprentissage est réduit à néant.

Vue plongeante sur des enfants jouant à une table .
© VVOB

Tenir compte de l’égalité des genres

L’ASBL VVOB – education for development et le Forum for African Women Educationalists (FAWE) promeuvent l'élaboration d'une boîte à outils favorable à l’égalité des genres pour les instituteurs de maternelle au Rwanda, en Zambie et en Afrique du Sud, en collaboration avec les ministères de l'éducation de ces pays. La boîte à outils sera utilisée dans le cadre de la formation des enseignants et dans les programmes de formation continue.

L'objectif de la boîte à outils - qui sera achevée à la mi-2018 - est d'encourager les enseignants des écoles maternelles à fournir un environnement scolaire favorable à l’égalité des genres, dans lequel tous leurs jeunes élèves puissent se développer au mieux. En effet, en agissant consciemment en faveur de l'égalité des genres en classe, les stéréotypes sexuels peuvent être abordés de manière critique avant qu’ils ne s’intègrent dans le mode de pensée des jeunes enfants.

Nous devons donner aux enfants toutes les possibilités de découvrir leurs propres talents et de former leur personnalité, de regarder le monde avec un esprit ouvert et d'apprendre à composer avec la diversité, sans qu’on les enferme dans leur rôle de fille ou de garçon.

Le rose, une couleur pour les filles ?

Mais les petits enfants se préoccupent-ils vraiment du genre ? Christin Ho, du centre d'expertise sur le genre RoSa ASBL, qui a encadré le développement de la boîte à outils à Lusaka, a répondu par l'affirmative :

« Les enfants sont à l'école la plupart du temps et apprennent très tôt à gérer les incertitudes, les émotions, les difficultés et leurs condisciples. Nous partons du principe que les filles et les garçons ont des chances égales, mais dans la pratique, nous constatons que notre société est pleine de stéréotypes sexistes qui déterminent la manière dont les filles et les garçons doivent se comporter à l'école. Des expressions comme « les filles adorent le rose », « les garçons ne doivent pas pleurer », « les filles jouent avec les poupées et les garçons avec les voitures » poussent les enfants dans une certaine direction. Nous devons donner aux enfants toutes les possibilités de découvrir leurs propres talents et de former leur personnalité, de regarder le monde avec un esprit ouvert et d'apprendre à composer avec la diversité, sans qu’on les enferme dans leur rôle de fille ou de garçon. »

Les premières années d'éducation sont donc cruciales pour développer chez les jeunes enfants une approche sensible au genre, par rapport à eux-mêmes mais aussi aux autres. Cela leur donne la possibilité de poser plus tard des choix en adéquation avec  leurs talents, leurs passions et leur personnalité, et non leur sexe.

Une boîte à outils favorable à l’égalité des genres pour les enseignants de maternelle

 

La boîte à outils a été élaborée par trois groupes de travail (au Rwanda, en Zambie et en Afrique du Sud) dirigés par l’ASBL VVOB et le Forum for African Women Educationalists (FAWE) :

 

VVOB

VVOB – education for development est une association flamande à but non lucratif qui peut se prévaloir de 35 ans d'expérience dans l'amélioration durable des systèmes éducatifs à travers le monde. Grâce à des trajets de renforcement des capacités, nous soutenons des cours de formation initiale et continue pour les enseignants et les chefs d'établissement dans neuf pays (y compris en Région flamande) dans l'enseignement préscolaire, primaire et secondaire général, technique et professionnel. Nous pouvons compter sur le soutien d'institutions financières flamandes, belges, européennes et internationales.

 

FAWE

Le Forum for African Women Educationalists est une ONG panafricaine qui œuvre à l’empowerment des filles et des femmes par l’éducation sensible au genre dans 33 pays africains. Le FAWE promeut l'égalité des genres dans l'éducation grâce au développement de politiques, de pratiques et d'attitudes positives concernant l'éducation des filles.

Comment travailler en classe en tenant compte du genre ?

 

Conseils pratiques pour les professeurs de maternelle

 

Selon Christin Ho, « il faut être conscient des stéréotypes sexistes et les combattre. Diverses approches sont possibles. Dans la classe, les enseignants de maternelle peuvent se poser les questions suivantes : les livres que je lis mettent-ils en scène autant de personnages masculins que féminins ? Les personnages bouleversent-ils les rôles sociaux traditionnels ? Les aires de jeux sont-elles attrayantes pour tout le monde, garçons et filles ? Est-ce que je m’adresse aux élèves en tant que « garçons » et « filles » ? Est-ce que je commets l’erreur d’exprimer des affirmations stéréotypées telles que « les grands garçons ne pleurent pas », « les filles ne peuvent pas se battre, mais doivent être gentilles » ? Est-ce que je m'assure que tous les enfants peuvent découvrir et développer leurs talents ? Est-ce que je parle aux enfants de leurs affirmations stéréotypées ? (Mais) tout commence par un simple déclic, le déclic qui peut tout changer.

D'autres conseils ? www.genderindeklas.be

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