L’énorme potentiel de la diaspora africaine

Joël Tabury
27 mars 2019
Marie Chantal Uwitonze a fondé en 2015 l’African Diaspora Network in Europe (ADNE). Cette organisation faîtière implique les Africains de la diaspora dans le développement du continent africain. Glo.be a rencontré cette experte ambitieuse et passionnée.
 

Pourquoi cette initiative, comment est-elle née?

Le Réseau de la Diaspora africaine en Europe (African Diaspora Network in Europe) est né pour pallier la faible implication des diasporas dans les politiques de développement. Ensuite, il était important de combattre la stigmatisation de la migration et des africains vivant en Europe. Beaucoup de personnes en Europe confondent les réfugiés, les migrants économiques, les personnes venues faire leurs études en Europe et ceux qui travaillent dans leurs pays d’accueil comme experts.

Les diasporas ont un énorme potentiel inexploité en matières de création d'emplois et de renforcement des capacités, d’entrepreneuriat, de financement du développement, de transfert de connaissance, de compétences et de technologies.

Vous le savez, les envois de fonds de la diaspora sont 3 fois plus importants que l’aide publique au développement. Or la diaspora reste marginalisée en tant qu’acteur. Les enjeux auxquels font face nos deux continents exigent de ne laisser personne à la traîne. Il faut associer les diasporas à la recherche de solutions durables.

Dans ce sens, notre organisation vise à créer des synergies et à mener un dialogue avec les autres partenaires de développement dans les pays d’accueil et dans les pays d’origine.

Qui visez-vous par cette initiative?

Beaucoup de personnes de la diaspora veulent lancer des projets de développement durable dans leur pays d’origine mais il n y a pas assez d’instruments pour faciliter cette contribution.

Il faut accompagner ceux qui veulent repartir en les aidant à se connecter aux systèmes locaux pour créer des synergies, investir, joindre une entreprise ou une administration etc.

Nous œuvrons à créer une dynamique d’accompagnement de ces initiatives et à faciliter les échanges entre la diaspora et les institutions des pays d’origine comme ceux des pays d’accueil.

Nous sommes aussi membres du Policy Forum on Development, la plateforme mise en place par la Commission européenne pour faciliter la concertation avec la société civile et les autorités locales.

Quel écho rencontre-t-elle dans les diasporas? Dans les pays d'origine? Dans les pays européens?

Depuis la création de notre réseau en 2015, beaucoup de diasporas s’intéressent à ce qui se passe au sein des institutions. La Commission européenne vient d’ailleurs d’adopter un instrument de financement de projets de développement de la diaspora (Facility for Diaspora). C’était une de nos recommandations contenues dans la déclaration de 2015 au Sommet de la Valette sur la migration. 

De son côté, l’Union africaine reconnait la diaspora comme étant la 6ème région du continent. Beaucoup de pays ont, depuis longtemps, créé, dans les ministères des affaires étrangères ou séparément, des département dédiés à la diaspora (Rwanda, Sénégal, Mali, Nigeria, Ethiopie, Togo…).

Cette meilleure compréhension des diasporas est indispensable pour l’interculturalité et le vivre ensemble.

Quelles actions concrètes soutenez-vous?

Nous sommes en train de créer une base de données d'experts de la diaspora africaine, qui servira de ressource centralisée pour différents projets de développement. Des personnes qualifiées, où qu’elles soient, pourront ainsi participer au renforcement des capacités des institutions publiques, des entreprises, des hôpitaux, des industries, des écoles et des universités etc.

De nombreuses start-ups innovantes émergent dans la diaspora pour améliorer le niveau de vie des populations et les rapprochent des services publics (santé, éducation, énergie, transport). Au Nigéria, l'application « Find A Med », développée par un expert de la diaspora en 2015, permet aux usagers de trouver le centre de santé le plus proche et de créer un profil médical. Cela facilite le diagnostic  en cas d'urgence. L’application a permis  au pays de contenir la crise Ebola en permettant de diffuser des informations sur les symptômes et en alertant les médecins plus rapidement.

Nous travaillons également sur un projet de création d’un « fonds de la diaspora » qui devrait permettre d’investir dans des projets communautaires durables et de fournir des moyens de financement supplémentaires pour des start-ups.

Nous avons lancé le mouvement « She Solidarity » pour permettre aux femmes migrantes et celles de la diaspora de rencontrer les femmes décideuses publiques et privées pour parler des problèmes spécifiques auxquelles elles font face.

Quels rôles ces diasporas peuvent-elles jouer?

Les diasporas connaissent les cultures et les contextes sociaux de leur pays d’origine. Elles maîtrisent également plusieurs compétences obtenues en Europe. Elles peuvent participer de façon constructive au dialogue et à l’élaboration de politiques de développement.

La Semaine de la Diaspora, célébrée à l’initiative de l’ADNE, vise à mettre en valeur ce potentiel qui confirme que la diversité participe à la réussite de nos deux continents. En marge de cette cérémonie est remis le prix de l’Entrepreneuriat de la diaspora africaine pour couronner des solutions innovantes pour le développement en Afrique.

 

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Marie Chantal Uwitonze

 

Après une scolarité au Rwanda, Marie Chantal Uwitonze obtient son diplôme en droit international et diplomatie à l’Ecole Nationale d’Administration d’Alger. Elle a ensuite travaillé avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) avant de revenir dans son pays.

 

Elle arrive fin 2010 en Belgique pour poursuivre des études à l’UCL et décroche deux Masters, l’un en sciences politiques, diplomatie et gestion des conflits et l’autre en coopération au développement.

 

Marie Chantal Uwitonze

 

A partir de 2014, elle rejoint Louis Michel au Parlement Européen en tant que conseiller politique en charge de la commission développement et de l’assemblée parlementaire ACP-UE. Au sein des institutions européennes, elle participe aussi à des groupes de réflexion se penchant sur des questions liées au racisme mais aussi liées à la culture. Elle publie en 2014 l’ouvrage « Union européenne, acteur du maintien de la paix en Afrique : succès et limite d’un engagement ». Elle s’intéresse également à la gestion des ressources naturelles en Afrique et s’investit particulièrement dans le dossier sur les minerais de conflit en 2015 et dirige la rédaction du livre « Les ressources naturelles en Afrique, une bénédiction » de Louis Michel.

 

Ses expériences passées lui donnent l’envie de s’investir plus concrètement encore et souhaite se muer en une actrice du changement. Elle crée alors en 2016 son propre bureau de consultance, Mach Consulting, un cabinet de conseil spécialisé en relations UE-Afrique et ACP-UE. »

 

Elle est également l'auteur du livre «Les clés d'un parcours réussi» consacré à l'autonomisation des jeunes et des femmes.

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