L’entreprenariat sourit aux lève-tôt

Chris Simoens
15 mai 2018
Abou Simbel Ouattara est le fondateur et CEO de l’énorme complexe avicole Moablaou au Burkina Faso. En 2002, lorsqu'il a voulu moderniser et étendre sa société, il a reçu un prêt de 700 000 euros de la Société belge d'investissement pour les pays en développement (BIO). Il nous raconte son histoire d'entrepreneur prospère en Afrique.

Aujourd'hui, mon entreprise Moablaou produit plus de 150 000 œufs par jour. Ce résultat n’est pas tombé du ciel. J'ai suivi un parcours plutôt atypique en obtenant tout d’abord un brevet simple (brevet d’études du premier cycle- BEPC) qui donne accès aux emplois de base au sein du gouvernement. Je suis ainsi devenu magasinier au Bureau national des céréales.

 

Révolté

 

Grâce au soutien de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), j'ai suivi une formation sur la sécurité alimentaire à Gembloux en 1986 ; ce passage en Belgique m'a révolté. J'ai pu constater de mes propres yeux l'ampleur de l'écart entre la Belgique et le Burkina Faso. En Belgique, les gens faisaient preuve d'ambition et de discipline, pas chez nous. Après mon retour, j'ai dit à ma femme : « Je serai indépendant d'ici un an ! »

En 1987, j’ai donc lancé mon entreprise avec 500 poules pondeuses. En effet, en tant que fils d'agriculteurs, ce domaine était ma passion et j'avais appris de mes parents comment élever de la volaille. J'ai réinjecté le moindre profit dans mon entreprise. Ce n'est qu'en 2000 que j'ai contracté pour la première fois un prêt de 1000 euros qui nous a permis de passer progressivement à 1000 poules pondeuses, puis 3000 et ainsi de suite.

 

J'ai pu constater de mes propres yeux l'ampleur de l'écart entre la Belgique et le Burkina Faso. En Belgique, les gens faisaient preuve d'ambition et de discipline, pas chez nous. Après mon retour, j'ai dit à ma femme : « Je serai indépendant d'ici un an ! »

Abou Simbel Ouattara

Foto Abou Simbel Ouattara
© BIO

En 2002 et 2003, j'ai emprunté un total de 700 000 euros à la Société belge d'investissement pour les pays en développement (BIO). Cela nous a donné l’opportunité de faire grandir l’entreprise. 99 % des éleveurs de poulets au Burkina Faso utilisent des bâtiments ouverts. Mais il fait très sec et chaud chez nous, il n’est pas rare d’avoir une température de 42°C. Durant la période la plus chaude (mai-juin), la mortalité des poulets est donc très élevée. Il est préférable de garder les bêtes dans des bâtiments fermés et maintenus à une température de 25°C, également pour des raisons liées au bien-être animal. Grâce au prêt de BIO, nous avons pu construire deux bâtiments modernes et doubler le nombre de poules pondeuses, passant de 55 000 à 110 000.

 

Revendeurs

 

Notre production de 150 000 à 180 000 œufs par jour est intégralement vendue dans la capitale, à Ouagadougou. Nos clients sont principalement des grossistes et des « revendeurs ». Cette dernière catégorie compte plus de 600 personnes, dont 400 jeunes femmes, qui viennent chercher les œufs juchées sur une bicyclette ou un cyclomoteur. Au total, nous créons des emplois indirects pour 1200 personnes. J'emploie moi-même 600 personnes. Grâce à ma société, nous n'avons plus besoin d'importer des œufs au Burkina Faso. Et parce que les œufs sont riches en protéines, nous contribuons également à la sécurité alimentaire (à un prix abordable).

Nos œufs sont d’une qualité comparable à celle que l’on trouve en Occident. Nous collaborons donc beaucoup avec des entreprises belges. Par exemple, nos poussins viennent de Belgabroed et, pour une alimentation équilibrée des poulets, nous bénéficions de l'assistance technique d'Intraco.

Néanmoins, l'agriculture est le secteur de l'avenir. L'alimentation ne sera jamais démodée, tout le monde doit se nourrir et notre population continue de croître.

Un marché assuré

 

Le manque de personnel dûment formé constitue l'un des principaux obstacles au lancement d'une entreprise. Les écoles d’agriculture existantes ne forment que des généralistes. Aujourd'hui encore, les vétérinaires de chez nous ne peuvent pas se spécialiser dans la volaille. Si vous voulez créer une entreprise dans ce domaine, vous devez avant tout être bien formé. Pour l'instant, cela n'est possible qu'à l'étranger. J’ai donc entre autres (aussi) étudié en Israël.

Je constate également que l'agriculture n'est pas très populaire auprès des jeunes. Ceux qui sont à l'école pour le moment rêvent surtout de devenir fonctionnaires. L'élite - services publics, banques, etc. - ne fait pas non plus de publicité pour l'agriculture. Néanmoins, c’est le secteur de l'avenir. L'alimentation ne sera jamais démodée, tout le monde doit se nourrir et notre population continue de croître. Le marché est donc de toute façon assuré. Tout le monde ne peut pas devenir médecin ou expert en TIC.

 

De plus, en tant qu'entrepreneur, vous devez être prêt à renoncer. Il faut aimer beaucoup travailler. Donc, si vous préférez avoir beaucoup de congés et travailler dans des bureaux climatisés, ne vous lancez pas.

Le Ministre De Croo

 

Mais l'agriculture doit être votre passion. De plus, en tant qu'entrepreneur, vous devez être prêt à renoncer. Il faut aimer beaucoup travailler. Donc, si vous préférez avoir beaucoup de congés et travailler dans des bureaux climatisés, ne vous lancez pas. Il faut avoir un talent pour l’organisation et être discipliné. Mieux vaut commencer petit. Il est également très utile de faire un stage. N'allez pas à une banque pour un prêt avant que votre petite entreprise fonctionne bien. Il ne sert à rien de se précipiter.

En tant qu'entrepreneur, vous ne devez pas vous laisser décourager par les échecs. Dans le secteur du poulet, par exemple, il faut souvent faire face à des maladies. Mais chaque crise est une expérience qui fortifie, il n'y a pas de vie sans risque. Ma dernière crise majeure remonte à mars 2015, lorsque la grippe aviaire a frappé. Depuis lors, je me suis encore mieux organisé, en partie grâce à un rapport de la FAO sur la biosécurité. Moins d'un an plus tard, nous nous étions relevés. En janvier 2016, le ministre belge de la Coopération au développement, Alexander De Croo, a même visité mon entreprise. C'est une source de fierté Après tout, l’homme ne vit pas que de pain !

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