Les alternatives du Sud pour un monde « plastic free »

Sophie Carreau
20 novembre 2019
Le plastique a imprégné tous les aspects de notre vie de tous les jours. Son impact sur l’environnement et la santé des individus est énorme. Dans le Sud, les pays se mobilisent pour pallier l’utilisation du plastique à travers différents projets d’économie circulaire. Glo.be vous en présente 5.

On ne vous apprendra rien en vous disant que le plastique génère une quantité de déchets qui n’est jamais entièrement traitée. Ces déchets finissent ensuite dans des dépotoirs ou polluent d’autres endroits, mettant ainsi à mal l’environnement. Ce n’est pas seulement le manque d’un système recyclage efficace qui cause cette impressionnante quantité de déchets, mais aussi le manque d’un système de recyclage rentable.

En 2015, le monde a produit 7,8 milliards de tonnes de plastique – ce qui signifie plus d’une tonne de plastique par personne en vie aujourd’hui.

Dans le Sud, on a pris le taureau par les cornes et, grâce au FEM, des projets durables sont menés pour réduire les conséquences de l’utilisation du plastique et tirer des leçons de ceux-ci.

Qu’est-ce que le FEM ?

 

Le FEM est le fonds pour l’environnement mondial. Il est le mécanisme financier de divers traités environnementaux de l’ONU. Les traités les plus importants sont ceux sur le climat, la biodiversité ainsi que sur la lutte contre la désertification. Il offre, entre autres, un soutien financier, technique et stratégique aux communautés et organisations de la société civile porteuses de projets pour protéger l’environnement. La Belgique lui verse chaque année 15 millions d’euros.

1. En Inde

 

L’Inde fait face à un terrible défi en termes de gestion des déchets, en raison d’une urbanisation tentaculaire. Depuis 2008, le bénéficiaire du projet, Sarthak Karmis, travaille avec les « chiffonnières ». Celles-ci sont principalement des femmes, pauvres et analphabètes, venant de castes sociales marginalisées. Elles ramassaient des déchets dans des décharges ou ailleurs, pour récupérer les biens et les matériaux recyclables ou réutilisables. Le projet de Sarthak Karmis consistait à les organiser en groupes et ainsi renforcer leurs capacités de collecte, de tri et de traitement des déchets.

En s’alliant aux gouvernements locaux et grâce au soutien du FEM, les chiffonnières ont désormais 230m2 de centre de collecte de déchets. Elles ont également été formées pour créer des sacs à partir de plastique usagé, vendus ensuite dans des expositions en Inde, et gagnent désormais entre 3 et 11 dollars par jour en revendant les déchets plastiques récoltés. Ceux-ci sont ensuite utilisés pour faire des routes plus résistantes à l’érosion.

Des femmes indiennes ramassent les ordures dans une décharge.
© Shutterstock

2. En Jamaïque

En Jamaïque, la mauvaise gestion des déchets a mené à la destruction des écosystèmes marins, d’eau douce et côtiers. Le récif corallien a aussi été endommagé de manière permanente. Brûler les déchets ménagers libère, d’une part, des gaz toxiques polluants dans l’air et cause, d’autre part, l’érosion des sols. Ceux-ci, remplis de nutriments, atteignent ensuite l’océan. Les nutriments ainsi que les déchets plastiques et en verre qui flottent à la surface de l’océan réduisent la lumière disponible pour les coraux et les empêche de réaliser la photosynthèse correctement. Cette situation met également en danger d’autres espèces animales.

L’objectif était de sauver le récif corallien de Négril et de promouvoir sa restauration. Le projet était constitué de deux phases. Premièrement, l’éducation des citoyens sur la gestion des déchets et l’implémentation d’un système cohérent de recyclage qui détournerait des tonnes de plastique de l’océan. Deuxièmement, des produits ont été réalisés à partir de matières recyclées, comme par exemple une maison entière en verre.

 

3. En Gambie

Le plastique est utilisé dans tous les ménages gambiens, surtout à cause des importations bons marchés. Ceci a, comme souvent, un impact important sur l’environnement.

Le projet a été mis en place dans trois communautés rurales. Des femmes y ont été formées en recyclage, en marketing, en entrepreneuriat et en comptabilité afin de répondre aux perspectives commerciales offertes par le recyclage des déchets plastiques. Dans un premier temps, l’objectif était d’améliorer le statut économique et social de ces femmes, tout en leur offrant une meilleure connaissance des conséquences des déchets plastiques sur leur santé et sur l’environnement. A long terme, le projet tente de réduire la consommation de produits en plastique, plutôt que de les rendre plus « commercialisables », même dans leurs formes recyclées.

 

4. Au Ghana

Au Ghana, la gestion des déchets a presque atteint le point de non-retour. La savane au nord du pays souffre d’une pauvreté extrême. À cause de cela, la jeunesse et les personnes handicapées ont tendance à migrer vers la partie sud du pays.

Une ONG locale (GOWIC) a décidé de faire d’une pierre deux coup, en résolvant la question de la pauvreté et de la migration des personnes handicapées, ainsi que celle de la gestion des déchets. Elle leur a donné, dans trois districts du pays, la capacité de gérer les déchets plastiques : ils ont été formés pour la collecte et la transformation des déchets en sacs de courses, en portefeuilles, en chapeaux et en paillassons. Ceux-ci sont ensuite vendus, car ils ont également suivi une formation en commerce.

Cette initiative contribue donc à l’amélioration globale de la qualité de vie de la population, tant d’un point de vue économique que d’un point de vue sanitaire, tout en diminuant leur empreinte écologique.

 

5. Au Burundi

Au Burundi, dans la commune de Muravya, il devenait urgent de reboiser le parc national Kibira. Les arbres avaient en effet été abattus par les braconniers et les populations locales pendant la guerre de 1993.

Durant la guerre, des communautés entières ont fui les conflits pour vivre dans la forêt, où ils ont survécu en mangeant les fruits des arbres appelés les Prunus Africana. Les survivants ont donc créé l’association Dukingirikibira (« laissez-nous protéger notre forêt »). Cette association a lancé plusieurs activités, comme replanter des Prunus Africana et empêcher de futurs actes de déforestation.

Au cours de ce projet, une méthode innovatrice évitant l’utilisation du plastique a été développée pour procéder à la reforestation. Au lieu de repiquer de jeunes arbres dont les racines sont emballées dans des sacs plastique remplis de terre, les membres de l’association ont décidé d’utiliser des sacs faits à partir d’écorces de bananier. Les jeunes arbres sont ensuite plantés avec les sacs d’écorces, qui se décomposent et servent ensuite d’engrais organique.

 

Pour un futur « plastic free »

L’idée centrale derrière ces projets est la suivante : un jour, nous n’aurons plus à considérer le plastique comme un déchet. Grâce à un changement d’attitude dans notre production et notre consommation de plastique, en nous tournant vers l’économie circulaire, en étant inventifs, nous pourrions vivre dans un monde où le plastique produit est réutilisé et où nous n’aurions plus à nous inquiéter de la pollution de nos sols, nos rivières et nos océans.

 

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