Les Belges produisent de la bière en Afrique

Toon De Clerck
06 décembre 2018
La saturation croissante du marché belge de la bière pousse les entreprises actives dans le secteur brassicole à chercher d’autres débouchés. Le continent africain a longtemps échappé à leur attention, mais la tendance s’inverse peu à peu, une situation qui profite aussi aux Africains.

Il n’y a rien de plus belge que la bière. Pourtant, les Belges en boivent de moins en moins. Des groupes tels que AB InBev et Brouwerij Haacht observent une baisse de la consommation de bière en Belgique, due essentiellement au recul de la bière classique, la pils.

Des campagnes de sensibilisation comme «Tournée Minérale» ont entraîné une nette diminution de la consommation de Stella et de Jupiler dans les cafés et restaurants. La pils doit céder la place aux variantes sans alcool ou aux bières spéciales telles que la Karmeliet, la Kwak ou la Delirium Tremens. Le marché belge de la bière s’est diversifié. Malgré un volume total à la baisse, le secteur reste dynamique.

Cette position de force se reflète également dans les exportations. Les bières belges ont la cote. L’industrie cherche en permanence de nouveaux débouchés, y compris en Afrique subsaharienne. Les investissements en Afrique rapportent et offrent des opportunités au continent.

 

Afrique subsaharienne

Boortmalt, une entreprise belge siégeant à Anvers et faisant partie des plus grands producteurs de malt au monde, a déjà élargi ses horizons au continent africain. En Ethiopie, elle a investi dans une nouvelle malterie, qui sera opérationnelle à partir de 2020 et créera environ 300 emplois.

Tekening van geplande brouwerij in Ethiopië
Le projet de brasserie de Boortmalt en Ethiopie

Le groupe n’a pas rencontré de grandes difficultés dans le cadre de ses investissements en Afrique. Il n’a pas eu affaire à la corruption ; seul le choix de la localisation exacte lui a donné un peu de fil à retordre. Le PDG Yvan Schaepman explique : «Trouver un emplacement approprié n’a pas été une mince affaire. La région d’Oromia était idéale, pour des raisons logistiques et pour la facilité à extraire de l’énergie géothermique. Cependant, les tensions politiques ont fortement ralenti le processus. Nous avons donc décidé de nous établir dans un parc industriel du gouvernement situé dans la région d’Amhara.»

Avant de s’implanter en Afrique, Boortmalt a évalué la possibilité de cultiver de l’orge (la base du malte et de la bière) sur place. Des études incitaient même à accroître la production d’orge. «Nous collaborons avec des associations locales et des coopératives d’agriculteurs, ce qui nous permet d’atteindre jusqu’à 40 000 familles éthiopiennes. Nous diffusons des connaissances avec les autorités locales afin de stimuler la production d’orge, ce qui entraîne également une amélioration des rendements d’autres espèces cultivées par les agriculteurs, telles que le froment ou le sorgho», déclare Schaepman.

Nous collaborons avec des associations locales et des coopératives d’agriculteurs, ce qui nous permet d’atteindre jusqu’à 40 000 familles éthiopiennes. Nous diffusons des connaissances avec les autorités locales afin de stimuler la production d’orge, ce qui entraîne également une amélioration des rendements d’autres espèces cultivées par les agriculteurs, telles que le froment ou le sorgho

Yvan Schaepman, ceo Boortmalt

Focus sur les Objectifs de Développement durable

La multinationale AB InBev, établie à Louvain, entrevoit également des opportunités en Afrique. L’augmentation de la population et l’urbanisation créent d’excellentes conditions de croissance. En 2015, AB InBev a fusionné avec l’entreprise sud-africaine SABMiller pour s’implanter sur le continent. En 2018, le géant de la bière a investi 100 millions de dollars dans une nouvelle brasserie en Tanzanie.

AB InBev lie ses investissements en Afrique aux Objectifs de Développement durable (ODD) de l’ONU. La multinationale participe à des projets pour l’amélioration de l’approvisionnement en eau, la consommation responsable, les emballages durables, la réduction des émissions de carbone et la lutte contre la corruption. De plus, elle soutient la production locale d’une boisson zambienne à base de manioc.

Par conséquent, les investissements en Afrique subsaharienne contribuent fortement à l’essor économique de la région et créent des emplois supplémentaires. Il convient toutefois de poser quelques bémols.

AB Inbev participe à des projets pour l’amélioration de l’approvisionnement en eau, la consommation responsable, les emballages durables, la réduction des émissions de carbone et la lutte contre la corruption. De plus, elle soutient la production locale d’une boisson zambienne à base de manioc.

Opportunités et risques

La hausse des investissements dans l’industrie de la bière en Afrique n’est pas si anodine. En Afrique du Sud, par exemple, un débat houleux fait rage sur l’alcool. Le syndrome d'alcoolisation fœtale (une anomalie congénitale due à la consommation d’alcool durant la grossesse) constitue un problème majeur. Cette affection touche pas moins de 111 nouveau-nés sur 1000. Il s’agit du taux le plus élevé au monde. En outre, environ 56 % des accidents de la route mortels sont dus à l’alcool.

Les critiques soulignent que AB InBev souhaite avant tout faire des bénéfices en incitant à consommer des bières moins chères et en persuadant de nouveaux groupes – surtout les femmes – de boire de la bière. Ils ajoutent que la place réservée aux projets de soutien aux ODD est marginale.

Le fait est que l’Afrique offre bel et bien des opportunités économiques aux entreprises belges. Grâce entre autres aux campagnes de sensibilisation menées par le secteur de la bière, les risques sont limités et la population locale profite donc également de ces investissements.

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