Les bodas-bodas à l’ère numérique

Launy Dondo
04 mai 2018
Habité par cet esprit d’entreprendre et cette envie de m’investir dans des projets remplis de sens, j’ai toujours apprécié goûter à l’aventure et découvrir de nouveaux horizons. Chaque projet et chaque rencontre m’ont énormément appris et m’ont donné l’expérience nécessaire pour cofonder SafeBoda. Aujourd’hui, notre start-up grandit et se développe de jour en jour.

Qui ?

Maxime Dieudonné, jeune wallon de 33 ans

 

Quoi ?

Co-fondateur de Safeboda, organisation de mototaxis sécurisés

 

Pourquoi ?

Améliorer la sécurité routière en Ouganda et promouvoir le port du casque en donnant des formations aux Bodas-Bodas.

Mon parcours personnel

Après des études de sciences économiques et un intérêt prononcé pour la microfinance, c’est lors de mon stage en Argentine dans une institution de micro-crédit que j’ai pu le mieux appréhender cette thématique. En 2008, à l’époque de la crise financière, j’ai co-créé une plateforme de rencontre avec des entrepreneurs sociaux d’Amérique latine qui pouvaient bénéficier de supports financiers pour lancer leurs entreprises sociales. J’ai pu découvrir le rôle utile que pouvait jouer la finance pour répondre à des besoins sociétaux.

Alors que je travaillais dans un environnement plus classique, chez Deloitte durant deux ans et demi, cette envie d’exercer un métier avec plus de sens continuait de résonner en moi. J’ai donc décidé de mettre mes compétences au service de One Acre Fund qui m’a attribué un projet au Rwanda. One Acre Fund est une organisation américaine spécialisée en micro-crédit qui apporte des outils concrets pour les agriculteurs : formations, produits et techniques agricoles pour optimiser les rendements, solutions solaires, pastilles d’eau potable, etc.

Vivre durant deux ans et demi dans les campagnes rwandaises m’a permis de découvrir le côté opérationnel et concret du terrain. Jusque-là, mes connaissances étaient principalement théoriques. Cette perspective plus américaine, où les risques représentent des opportunités, m’a permis de découvrir une dynamique entrepreneuriale, autre que celle plus conservatrice des entreprises européennes. Ce fut très enrichissant de travailler sur des projets pilotes qui, même en cas d’échec, nous servaient d’outils d’apprentissage pour la suite.

Cette perspective plus américaine, où les risques représentent des opportunités, m’a permis de découvrir une dynamique entrepreneuriale, autre que celle plus conservatrice des entreprises européennes.

Safeboda

En arrivant en Ouganda en 2014, j’ai fait l’expérience du mototaxi local, plus communément appelé «Boda Boda», moyen le plus facile et le plus utilisé pour se déplacer en ville. Ce fût une expérience terrifiante car il s’agit d’une industrie tout à fait informelle et extrêmement dangereuse: tout le monde pouvait devenir conducteur de taxi Boda Boda en 24h, en achetant juste une moto et en prenant des passagers sans fournir de casque. A ce problème une solution m’a semblé évidente : créer une organisation pour améliorer la sécurité routière et promouvoir le port du casque, tout en donnant des formations aux Bodas-Bodas.

Pour mener à bien ce projet, j’ai eu la chance de rencontrer mes deux partenaires : Alastair,  ami écossais rencontré précédemment au Rwanda et Ricky, lui-même conducteur de mototaxi, mais avant tout entrepreneur dans le sang qui avait déjà sa petite société de mototaxi à Kampala. Parallèlement, l’augmentation de l’utilisation des smartphones nous a donné l’idée de nous inspirer d’un modèle de type Uber pour connecter les taxis aux passagers. Utiliser une application permet aux passagers de ne pas devoir négocier le prix, de payer avec son téléphone (mobile money) et est accessible à tous. Safeboda a pu ainsi voir le jour en 2014 et on compte aujourd’hui plus de 1000 bodas-bodas sur notre plateforme, tous fiers ambassadeurs de la marque, et une technologie solide qui permet de faciliter la rencontre entre les conducteurs et les passagers.

A ce problème une solution m’a semblé évidente : créer une organisation pour améliorer la sécurité routière et promouvoir le port du casque, tout en donnant des formations aux Bodas-Bodas.

Formation de conducteurs de mototaxi
© M. Dieudonné

L’impact sur la sécurité routière

En Ouganda, les accidents de la route sont la deuxième cause de mortalité, après le HIV Sida. Ils sont principalement dus à un manque de respect du code de la route (port du casque, etc.).  Mais l’Ouganda est loin d’être un cas isolé et ce secteur reste informel dans beaucoup de pays comme le Kenya, la Tanzanie, le Nigéria ou d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Avec SafeBoda, nous avons trouvé une solution commerciale à un des problèmes de société les plus pressants. Nous avons pu attirer des partenaires et investisseurs solides et avons connu une croissance exponentielle en 2017. Nous sommes maintenant en train d’étendre nos opérations à Nairobi au Kenya et planifions d’être présent dans 3 pays d’ici fin 2018. Notre objectif est de continuer de grandir rapidement avec SafeBoda et de couvrir toute la région d’ici 5 ans.

Entreprenariat Traffic
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