Les coraux vont-ils disparaitre ?

Germain Mottet
29 octobre 2018
Les coraux sont indispensables au bon équilibre des océans. Vont-ils mourir à cause de la pollution et du changement climatique?

Les océans regorgent d’une faune et d’une flore exceptionnelles. Leur fragilité s’est accentuée durant l’ère moderne, avec son lot de pollution et de réchauffement climatique. Les récifs coralliens regroupent également une énorme part de vie. La Grande Barrière de corail compte à elle seule 10% de la biodiversité marine mondiale. Ces petits animaux marins dotés d’un squelette calcaire et de petites tentacules ont une importance non négligeable pour la nature. Le polype (autre nom du corail), vit en se fixant à des minéraux océaniques. Cela explique son importance pour tant d’autres organismes vivants : ceux-ci peuvent s’abriter au sein des massifs coralliens. Ces derniers sont également sources de nourriture et servent de lieu de croissance pour de nombreuses espèces. Environ 25% des êtres sous-marins vivent dans ces récifs.

Leur influence ne s’arrête pas là. La puissance des vagues est en partie absorbée par les récifs le long des côtes, ce qui permet d’éviter l’érosion terrestre et de créer des espaces nouveaux de vie sous-marine (citons par exemple les lagons).

Vue aérienne sur la Grande Barrière de corail.
© Shutterstock

Blanchissement

Cependant, les coraux souffrent depuis 30 ans de blanchissement intense, augmentant le taux de mortalité du corail. Ce blanchissement est consécutif à de trop fortes variations thermiques, qui poussent le corail à rejeter la microalgue lui apportant les nutriments dont il a besoin. L’absence de celle-ci entraîne la décoloration du corail et une fragilité accrue face à de futurs changements de température, causant la mort de l’animal marin. Actuellement, le réchauffement touche tous les océans et les scientifiques prévoient que 90% des coraux seront détruits d’ici 2050.

Malgré tout, les coraux peuvent survivre au blanchissement, et les recherches récentes ont montré qu’ils guérissaient  à une profondeur de 40 mètres. Face à un réchauffement permanent, il n’y a pas de garantie pour l’avenir des récifs coralliens. Bien que l’UNESCO ait retiré la Barrière de corail du Belize de la liste des sites menacés, sur les 29 sites du patrimoine mondial, 15 ont connu des stress thermiques depuis 2014.

Des coraux blanchis en Thaïlande
© Shutterstock

60 millions de dollars

D’un point de vue scientifique, l’immunologie du corail est le point de départ pour comprendre leur santé et mieux les conserver. Début 2018, le gouvernement australien débloquait 60 millions de dollars pour protéger et étudier les coraux. Insuffisant pour s’attaquer au cœur du problème : le réchauffement climatique. La régulation naturelle passe par là. Nous pouvons également aborder l’importance des oiseaux marins dont les déjections permettent d’alimenter le corail. Mais les répercussions de la destruction du corail s’étendent bien au-delà des eaux. Il en va également de la préservation de milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans le tourisme.

 

Élevage de coraux

Diverses actions ont d’ores et déjà été adoptées pour lutter contre la disparition des coraux. Les étudiants Edouard Vangangel et Julien Glinne ont fondé Ecopora, une ferme d’élevage de coraux en Belgique. L’intérêt ? Cultiver le corail via la technique du bouturage directement en Belgique, afin d’éviter le prélèvement et le transport des coraux. On estime qu’aujourd’hui 1,6 millions de coraux sont ainsi arrachés de leur milieu naturel dans le cadre de la décoration d’aquarium (aquariophilie). Cette culture locale offre aux coraux de meilleures conditions de croissance et évite la dégradation de leur milieu naturel.

On estime qu’aujourd’hui 1,6 millions de coraux sont ainsi arrachés de leur milieu naturel dans le cadre de la décoration d’aquarium (aquariophilie).

Un second projet fut mis en place entre 2012 et 2016 par le Professeur Igor Eeckhaut (université de Mons) le long des côtes nord et sud-ouest de Madagascar. L’objectif était de développer l’aquaculture, respectueuse de l’environnement, en construisant des bassins destinés à l’algoculture et à la coralliculture. Un appui scientifique a permis d’étudier le suivi de la culture d’algue et de corail pour la rendre plus efficiente. Cette activité procure maintenant aux populations locales un revenu alternatif à ceux de la pêche et de la chasse.

Le rapport de l’UNESCO indique qu’en cas de statu quo, les coraux continueront de subir un blanchissement annuel, avant une période de rémission limitée. Cette situation entrainerait une dégradation de leurs conditions de vie et mettrait à mal tout l’écosystème corallien. Comme prévu dans l’Accord de Paris, une augmentation limitée à 1,5°C empêcherait quant à elle le blanchissement annuel des 29 récifs coralliens de la Liste du patrimoine mondial, assurant à ces derniers un avenir durable.  

Les crèmes solaires, un poison caché pour les océans et les coraux

 

Si notre santé nous oblige à nous protéger des rayons UV, les crèmes solaires se répandent facilement dans les océans. Les filtres chimiques qui composent ces crèmes participent à la détérioration des coraux. Bien sûr, laisser tomber les crèmes n’est pas la solution, mais certaines marques cherchent à modifier leurs produits afin de les rendre moins polluants. La solution la plus durable reste donc encore à trouver, mais nous pouvons agir en diminuant notre temps d’exposition au soleil, en se protégeant avec un parasol ou une couche de vêtements ou encore en limitant l’application de crème de manière raisonnable.

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