Les drones sont-ils utiles dans les crises humanitaires?

Axel Bromberg - WFP
09 juin 2017
Les drones sont souvent associés à un contexte militaire ou considérés comme des jouets, mais leur utilisation positive dans le secteur humanitaire gagne du terrain.

Bien que la technologie des drones fait face à de nombreux défis, elle offre des opportunités significatives pour les acteurs de l’aide d'urgence. Lorsque survient une catastrophe, sauver des vies peut dépendre de l’efficacité avec laquelle les premiers intervenants parviennent à obtenir des données précises. Les drones sont les outils par excellence pour collecter ces informations cruciales et potentiellement salvatrices.



Des drones en cas d'urgence

La valeur ajoutée de l'utilisation de drones dans les situations d'urgence a souvent été reconnue au sein de la communauté humanitaire. Une récente étude de la Swiss Foundation for Mine Action (FSD) démontre que la majorité des travailleurs humanitaires professionnels émet un avis positif sur l'utilisation des drones dans des opérations de secours humanitaires.

Ces appareils offrent en effet de nombreux avantages dont l'ensemble de la communauté humanitaire peut bénéficier. Avec leurs commandes à distance et caméras haute résolution, les drones peuvent balayer, enregistrer et cartographier de grandes zones en un temps relativement court. Les travailleurs humanitaires sont ainsi en mesure d’évaluer les dégâts après une catastrophe naturelle et de déterminer quels secteurs ont le plus besoin d'aide.

Ces missions de repérage et d’évaluation ont déjà eu lieu par le passé. L'organisation humanitaire Medair avait les plus grandes difficultés à fournir une assistance dans les zones les plus touchées aux Philippines après le passage du typhon Haiyan en 2013. Les images satellite alors disponibles étaient dépassées et de mauvaise qualité et aucune carte détaillée n'était disponible. Par conséquent, des drones ont été utilisés afin de prendre des images du terrain en haute résolution, ce qui a permis de repérer les zones où l’aide était la plus indispensable.

La même situation s’est produite à la suite du tremblement de terre au Népal en 2015. Plusieurs organisations humanitaires ont utilisé des drones pour recueillir des données et des images détaillées. Certaines zones sinistrées ont ainsi pu être cartographiées, et les dégâts ont pu être estimés avec davantage de précision. Cette information a permis aux travailleurs humanitaires d’apporter un soutien plus ciblé et efficace.



Défis futurs

Malgré l'utilisation croissante des drones dans l'aide humanitaire, leur application fait encore face à de sérieux défis. La plupart des travailleurs humanitaires ne possèdent pas l'expérience nécessaire ou ne sont pas suffisamment formés pour travailler avec des drones. D'autres se soucient d’un lien avec les opérations militaires. Cela a même incité le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) à décourager l’utilisation de drones dans les zones de conflits. Une des plus grandes difficultés, cependant, réside dans l'absence d'un cadre clair permettant une approche coordonnée de la communauté humanitaire.

Par exemple : personne ne savait exactement combien de drone teams étaient actives au Népal après le tremblement de terre en 2015. Selon Patrick Meier du Humanitarian UAV Network, un certain nombre d'équipes humanitaires ont décidé de communiquer les unes avec les autres afin de mieux coordonner leur travail, mais beaucoup d'autres ne l'ont pas fait. Certaines drone teams ont même montré des réticences à partager leurs plans de vol ou leurs données. Cela a conduit à une frustration partagée par les communautés locales, le gouvernement et d'autres organisations humanitaires.

En outre, il est apparu que de nombreuses drone teams ignoraient les lois et règlements nationaux. Certaines ne savaient pas que l'autorisation légale du gouvernement était requise pour travailler. D'autres ont oublié d'informer les communautés locales qu'elles avaient reçu l'autorisation légale du gouvernement. Dans certains cas, cela a semé la confusion et entraîné des retards inutiles.

La technologie des drones joue aujourd'hui un rôle de plus en plus important, mais le nombre de défis qu’elle comporte augmente en parallèle. Par conséquent, il existe un besoin urgent d'un cadre afin de relever ces défis. Les acteurs humanitaires doivent collaborer de manière coordonnée avec les autorités locales et le secteur privé, mais également entre eux.



La voie à suivre

À l'heure actuelle, il n'existe aucune plate-forme de coordination, mais les premiers pas en ce sens ont déjà été entrepris. Afin d’aider les organisations humanitaires et d'autres acteurs à utiliser la technologie des drones, le programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), en partenariat avec le gouvernement belge, a lancé un projet pilote d'une année afin de développer l'utilisation coordonnée des drones dans le cadre des secours apportés lors d’une catastrophe (voir encadré). De cette façon, les initiateurs espèrent mieux exploiter les avantages des drones.

workshop drones à Bruxelles

La Belgique travaille à une utilisation plus efficace des drones

En collaboration avec le PAM, la Belgique souhaite utiliser les drones plus efficacement dans les actions humanitaires. La Coopération belge au Développement a organisé un premier atelier début février 2017. Il a rassemblé des experts des secteurs humanitaire, universitaire, public et privé. Pendant deux jours, les intervenants ont discuté des nombreux défis et des opportunités potentielles. Immédiatement, ils ont jeté les bases d'un certain nombre d'ateliers qui auront lieu plus tard cette année dans des pays exposés aux catastrophes. Ertharin Cousin, directeur du PAM, et Alexander De Croo, ministre belge de la Coopération au développement, ont assisté à la dernière journée de l'atelier afin de souligner l'importance des partenariats dans la technologie et l'innovation.Le PAM considère la Belgique comme un partenaire de premier plan pour des projets axés sur l'innovation et la technologie dans la lutte contre la faim. Le programme humanitaire du PAM qui utilise des drones en est un bon exemple. En 2016, la Belgique a versé plus de 28 millions d’euros à des projets du PAM qui fournissent une assistance à quelque huit millions de personnes dans huit pays.

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