Les employés domestiques du Pérou sortent de l'ombre

Stefanie Buyst
01 avril 2015
Il existe 67 millions d'employés domestiques dans le monde. Ils ne bénéficient souvent pas du respect qu'ils méritent et leur travail est souvent sérieusement sous-estimé. Au Pérou, l'injustice reste colossale. Les ONG Solidarité Mondiale et FOS y soutiennent des organisations locales, chargées de les défendre et de lutter pour une protection sociale

Au Pérou, environ 70 % des gens travaillent dans l'économie informelle. Beaucoup montent même un petit commerce ou arrondissent leurs fins de mois comme colporteur. Surtout les femmes sont employées dans le secteur informel ; le plus souvent comme employée de maison. Au Pérou, presque 96 % de l'ensemble des employés domestiques sont des femmes. Il s'agit, le plus souvent, de jeunes filles originaires de la campagne. On leur promet un salaire décent, ainsi que la possibilité d'aller à l'école. La réalité, cependant, est souvent différente : elles travaillent 7 jours sur 7 pour un salaire de misère et ne vont pas à l'école. De plus, elles sont souvent maltraitées par leur employeur, tant mentalement que physiquement.

Le gouvernement n'enregistre ou ne coordonne pas ces emplois informels. Parfois, les gens travaillent comme salariés, mais il n'y a pas de contrat. Le plus souvent, il s'agit ici des couches les plus pauvres ou les moins scolarisées de la population, dont l'ambition est d'entretenir leur famille, tant bien que mal. D'où leur renonciation à toute forme de protection sociale : leurs droits sont deux fois moindres que ceux de quelqu'un qui effectue du travail enregistré. Elles gagnent moins que le salaire moyen d'un employé domestique. Les congés payés relèvent du rêve et ils n'ont pas de temps libres ou très peu quand c'est le cas.

La Convention 189
Au Pérou, l'ONG belge Solidarité mondiale soutient trois partenaires : l'organisation de la jeunesse JOC, un réseau national assurant la promotion de l'économie sociale et solidaire (GRESP), et un syndicat qui lutte pour les droits des travailleurs dans l'économie informelle (CSP).

 

. Parfois, les gens travaillent comme salariés, mais il n'y a pas de contrat

Les trois partenaires se complètent parfaitement. Ensemble, ils sont plus forts : ils échangent des expériences et entreprennent des actions politiques conjointes. Ils luttent, entre autres, pour la ratification de la Convention 189 de l'Organisation internationale du Travail (OIT) au Pérou. La convention précise les circonstances de travail dignes pour le personnel domestique, comme le droit au salaire minimum, aux heures de travail fixées, à la sécurité sociale (y compris en cas de grossesse) et l'affiliation à un syndicat.

IPROFOTH – une initiative de JOC – soutient les employées domestiques depuis plus de 40 ans déjà. C'est la seule organisation du Pérou faite par des employées domestiques pour des employées domestiques. Elle assure, entre autres, la défense de leurs droits, une garde préscolaire, la concertation avec les syndicats, l'enseignement et la formation. Elle organise également des réunions où les femmes peuvent se rencontrer. En cas de licenciement ou de mauvais traitement, elle les aide à trouver un autre travail.

Les employés domestiques du Pérou sortent de l'ombre
© IDWF

"Je ne veux pas que quelqu'un souffre comme j'ai souffert"

Témoignage d’une employée domestique

À 12 ans, Maria de los Ángeles est partie travailler à Lima comme employée domestique, avec sa sœur. Elle est à présent dans l'équipe d'IPROFOTH. Elle confie : "J'ai eu la chance de pouvoir aller à l'école. Mais, en même temps, j'ai été discriminée, battue, et sexuellement abusée. Mais j'ai pu en parler avec un psy. Nombreux sont ceux qui n'ont pas cette possibilité. Je ne veux pas que quelqu'un souffre comme j'ai souffert, donc je renouvelle quotidiennement mon engagement. Pour ce travail, nous ne sommes pas payées : c'est une forme de travail social. Nous voulons que les employées connaissent leurs droits, qu'elles soient reconnues, qu'elles gagnent plus que le minimum et qu'elles puissent étudier.

Les employées vont la plupart du temps à l'école du soir. De jour, elles ne peuvent pas : elles doivent travailler. Avec le soutien de JOC, IPROFOTH passe à l'école du soir pour les sensibiliser à leurs droits. Nous leur apprenons qu'elles peuvent lutter pour leurs droits et que leur travail mérite respect. Certaines fillettes ne savent pas cuisiner, faire la lessive, ni repasser. Elles pensent qu'elles ne valent rien et ont une image très négative d'elles-mêmes. Donc nous organisons également des ateliers autour du respect de soi, pour qu'elles apprennent à s'apprécier.

Nous menons également des campagnes dans le parc, afin de faire savoir qu'elles ne sont pas seules. Par exemple, nous distribuons des porte-clés avec les contacts d'IPROFOTH dessus. Lorsqu'une employée de maison est mise à la porte parce qu'elle entend faire respecter ses droits, elle est invitée à prendre immédiatement contact avec notre organisation. Nous mettons une sorte d'"espace d'accueil à disposition" où elle peut temporairement s'adresser et l'aidons à chercher un autre travail, chez un employeur qui, lui, respectera ses droits.

Les employées domestiques se sentent souvent seules et pensent que la famille dont elles s'occupent est souvent la seule qu'elles ont. Elles ont très peu de temps libre et lorsqu'elles sortent, il y a de fortes chances pour qu'elles rencontrent un homme qui leur promette monts et merveilles. Mais elles finissent, hélas, souvent seules, comme mères isolées. C'est pourquoi nous assurons également une "mechita", une garderie. Tandis que les femmes travaillent de jour, nous gardons leurs enfants à un tarif raisonnable.

IPROFOTH essaie de se financer elle-même (entre autres, par le biais de la garderie), mais cela est loin de suffire pour satisfaire tous les besoins. Nous faisons ce que nous pouvons pour offrir un maximum d'accompagnement et de soutien possible."

 

Qu'est-ce que la protection sociale ?

we are not slaves

La protection sociale renvoie à toute forme de politique qui aborde les risques, la vulnérabilité, l’inégalité et la pauvreté via des systèmes de transferts à la population (en argent ou en nature/services). Elle a donc pour but de protéger les citoyens contre les risques qui peuvent les faire tomber ou les maintenir dans la pauvreté, et ce, en leur permettant de profiter d’une protection, de soins et de services de base et de lever les barrières économiques et sociales qui entravent l'accès à cette protection.

 

La protection sociale englobe : soins médicaux, pensions, toutes sortes d'allocations (de maternité, d'invalidité, familiales, proches parents et chômage ; en cas de maladie, d’ accident de travail et de maladie professionnelle (voir p. 23).
 

 

Travail décent Pérou
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